L'épargne ne rapporte plus rien. Pire, elle perd même de la valeur sous l'effet de l'inflation. Un phénomène que décrivait déjà le célèbre économiste John Maynard Keynes il y a un siècle dans Les conséquences économiques de la paix, ouvrage rédigé après qu'il eut quitté les négociations du Traité de Versailles. " Par une inflation constante, les gouvernements peuvent à l'insu de tous confisquer secrètement une part importante de la richesse de leurs citoyens. "
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L'épargne ne rapporte plus rien. Pire, elle perd même de la valeur sous l'effet de l'inflation. Un phénomène que décrivait déjà le célèbre économiste John Maynard Keynes il y a un siècle dans Les conséquences économiques de la paix, ouvrage rédigé après qu'il eut quitté les négociations du Traité de Versailles. " Par une inflation constante, les gouvernements peuvent à l'insu de tous confisquer secrètement une part importante de la richesse de leurs citoyens. " Cette " confiscation " atteint toutefois des sommets. En Belgique, le rendement de l'OLO à 10 ans est de -0,2% alors que l'inflation est ressortie à 2,34% en 2018 (voir graphique ci-contre). Selon une étude d'Eric Dor, directeur des études économiques de l'école de commerce IESEG, un cercle vicieux est même en train de s'installer. Plus les taux baissent, plus les ménages épargnent - pour les vieux jours - et plus cela fait pression sur les taux. " Les banques ne doivent pas se battre pour attirer cet argent. Il rentre tout seul. " Fin juin, les dépôts (à vue, d'épargne ou à terme) des ménages belges atteignaient ainsi le montant record de 387,1 milliards, selon la Banque nationale de Belgique. M. et Mme Tout-le-Monde rechignent à investir. Christopher Klein, auteur de plusieurs best-sellers financiers en Allemagne et fondateur de financepreneur.fr, relaie ainsi les conclusions de Christine Bortenlänger, directrice générale du think tank Deutsches Aktieninstitut. " Malheureusement, de nombreux préjugés à l'encontre de l'investissement en actions persistent, constate-t-elle. Une grande partie de la population estime que c'est compliqué, risqué et ne convient qu'aux personnes qui ont beaucoup d'argent. L'investissement en actions est comme M. Tur Tur, le conducteur de locomotives, dans les aventures de Jim Bouton et de Lucas ( célèbre roman jeunesse de Michael Ende, l'auteur de "Une histoire sans fin", Ndlr). De loin, M. Tur Tur semble énorme et redoutable, mais plus on s'approche, plus il devient petit et modeste. Quiconque aborde le sujet des actions aura la même expérience. " Pour Christopher Klein, ce comportement face aux placements contribue largement à accentuer les inégalités. " Le fait que 1% de la population possède plus de 99% de la richesse mondiale et que seulement 26 personnes sur Terre ( suivant la dernière étude d'Oxfam, Ndlr) sont plus riches que la moitié la plus pauvre de l'humanité ne peut être simplement attribué au fait que les riches sont des gangsters ou vivent grâce à de l'argent sale. " C'est le " système monétaire et financier que nous avons construit qui est le déclencheur. Un système qui a ses failles, mais qui ne devrait pas évoluer fortement au cours des 20 à 30 prochaines années, selon l'auteur allemand. Il est certain qu'il y aura encore des crises, mais elles ne conduiront pas à l'effondrement du système et ont même plutôt tendance à le renforcer. Les grandes entreprises, les banques d'investissement ou les investisseurs profitent des crises. " Ils rachètent en effet à vil prix les actifs vendus par ceux qui paniquent et n'appréhendent pas le long terme. Christopher Klein n'entend certainement pas résoudre l'épineux problème des inégalités avec son livre, mais son " objectif est de donner à tout un chacun les mêmes opportunités ", de donner les clés pour sortir du cercle vicieux de l'épargne qui se déprécie. " La perspective d'accumuler une fortune sans grand effort semble si utopique qu'elle n'est guère discutée dans la société. Elle n'est abordée et mise en oeuvre que par très peu de personnes - généralement financièrement libres. Tout cela pour le plus grand plaisir de l'Etat. Après tout, il veut éviter que toute une génération ne prenne une retraite anticipée à l'âge de 45 ans. " Première étape : délaisser les produits d'épargne classiques pour les capitaux dont vous n'avez pas besoin avant longtemps. L'inflation en effet n'est pas près de disparaître selon l'auteur allemand. " Il doit y avoir de l'inflation, grâce à la création monétaire des banques centrales, afin que l'économie continue à croître ", d'inciter les ménages à consommer et de réduire le poids relatif des dettes publiques. " Une bonne partie de la monnaie créée par les banques centrales n'atterrit toutefois pas dans l'économie réelle, mais sur les marchés financiers, créant une inflation du prix des actifs ", comme on a pu le constater ces 10 dernières années. D'après Christopher Klein, cette corrélation entre évolution de la masse monétaire et indices boursiers date d'ailleurs de bien plus longtemps. Dans son ouvrage, il retrace ainsi l'évolution du Dax allemand et de la masse monétaire depuis 1959. Un parallèle également évident aux Etats-Unis ( voir graphique plus bas). Mais s'il est nécessaire d'investir afin d'assurer sa " liberté financière ", cela ne s'improvise pas ( lire l'encadré " les erreurs à éviter " plus bas). Dans son ouvrage Millionnaire avec la stratégie du paresseux, Christopher Klein s'est concentré sur une méthode qui ne devrait pas rogner trop de votre temps - les " coûts d'information ", c'est-à-dire le temps passé à faire des recherches, étant aussi à prendre en considération, selon l'auteur allemand. N'espérez toutefois pas découvrir une formule miracle à appliquer scrupuleusement sur les marchés financiers, telles ces analyses qui tentent de faire corréler certaines formes particulières de graphiques avec l'évolution future des cours. Au contraire, d'après l'auteur, il n'est pas nécessaire d'essayer de prédire l'orientation des Bourses. Une conclusion que partagent d'ailleurs de plus en plus de spécialistes. Dans son ouvrage Dieu ne joue pas aux dés en Bourse, Jan Longeval, ancien responsable du département Institutional Asset Management chez Degroof Petercam, soulignait ainsi que " 99 % des investisseurs privés et plus de 85 % des OPCVM (sicav et fonds communs de placement) gérés activement obtiennent de moins bons résultats après frais que la Bourse. " Pour investir, Christopher Klein recommande de s'inspirer du paresseux. Beaucoup d'inactivité, très peu de mouvements et surtout très lents. L'objectif n'est pas de devenir le nouveau Loup de Wall Street, mais de profiter de la hausse à long terme des Bourses, soutenue notamment par la politique des banques centrales. Si l'on prend l'exemple de l'indice le plus complet possible, le MSCI ACWI IMI qui rassemble 8.846 actions des quatre coins du monde, il affiche un rendement annualisé de 6,88% depuis sa création en 1994. On ne fait pas fortune avec un rendement d'à peine 7%, pensez-vous sûrement. C'est là qu'intervient un certain Albert Einstein. Alors qu'on lui demandait un jour quelle était, selon lui, la plus grande invention de l'humanité, le plus célèbre physicien de l'histoire n'a en effet pas répondu la roue mais ce qu'on appelle " les intérêts composés ", c'est-à-dire les intérêts simplement réinvestis dans le capital de départ pour devenir à leur tour porteurs d'intérêts ( lire l'encadré " La huitième merveille du monde "). Pour comprendre l'importance de ces intérêts composés, il faut se replonger plus de 500 ans en arrière quand Luca Pacioli, père de la comptabilité moderne, exposa la célèbre Règle des 72. Cette dernière permet d'estimer rapidement le temps nécessaire avant que la valeur d'un investissement ne double. Pour ce faire, il suffit de diviser 72 par le rendement attendu en pour cent. Imaginons par exemple que votre placement rapporte du 10%, il faudrait environ 7,2 années (72 divisé par 10) pour que sa valeur double. Avec notre rendement historique des Bourses mondiales de 6,88%, cette valeur doublera, elle, tous les 10,5 ans. Après 42 ans, l'investissement initial est ainsi multiplié par 16. Pour Christopher Klein, " les intérêts composés poussent l'économie à croître et font que les richesses sont très mal redistribuées. Mais ils constituent aussi pour tout un chacun la meilleure possibilité d'accumuler une fortune sans trop d'efforts ". Evidemment, pour ce faire, il est indispensable d'investir à long terme afin d'atteindre la courbe d'envol de la croissance exponentielle. Tout en sachant, bien sûr, que plus le rendement est élevé, plus cette courbe est atteinte rapidement. Comme il n'y a aucune chance pour que vous puissiez profiter de cette croissance avec un livret rapportant du 0,11%, mieux vaut donc " maximiser l'effet des intérêts en diversifiant intelligemment vos placements et en obtenant ainsi le rendement le plus élevé possible ", explique l'auteur allemand. Attention, toutefois, l'objectif n'est pas de dénicher les nouveaux Apple, Google, Microsoft ou Amazon parmi la cohorte de sociétés technologiques actives dans l'intelligence artificielle, de l'économie collaborative ou la blockchain. Christopher Klein préconise au contraire un investissement qui ne fait pas d'étincelles : les fonds gérés passivement. Contrairement à un fonds géré activement, le gestionnaire du fonds passif ne tente pas de faire mieux que les marchés boursiers. Il se contente de dupliquer un indice de référence. Son principal avantage se situe dans les frais exigés, compris entre 0,15% et 0,50% par an, alors qu'ils sont généralement entre 1% et 2% pour les fonds actifs destinés aux investisseurs particuliers. Des frais moindres qui ne se ressentent pas sur la performance. Au contraire, même. En 2007, le célèbre investisseur et milliardaire Warren Buffett avait parié 1 million de dollars que le fonds passif Vanguard S&P 500 (dupliquant l'indice américain S&P 500) ferait mieux qu'une sélection de hedge funds sur une période de 10 ans. Seul Ted Seides, de la société de gestion Protégé, avait répondu à l'invitation. Fin 2017, le Vanguard S&P 500 affichait une hausse de 126% sur 10 ans contre à peine 36% en moyenne pour la sélection de hedge funds de Ted Seides ( lire aussi l'encadré " Des gérants pas plus efficaces que le hasard ? "). Avant de vous précipiter chez votre banquier, il est toutefois indispensable de définir vos besoins. Il existe des milliers de fonds passifs. La première distinction se situe au niveau de leur forme et de leur négociabilité. On retrouve d'une part les fonds indiciels et, de l'autre, les ETF ( exchange traded funds, fonds négociés en Bourse). Les premiers sont des fonds de placement classiques dont la valeur est calculée une fois par jour, un prix de référence servant aux opérations d'achat et de vente. De l'autre, on retrouve les ETF qui peuvent s'échanger en permanence en Bourse. Ils offrent aussi la possibilité d'être short, c'est-à-dire d'évoluer inversement à l'indice de référence. Pour les " paresseux ", il n'y a pas réellement de différence entre fonds indiciel et ETF, le point le plus important résidant à nouveau dans les frais de gestion. Pour les investisseurs institutionnels, ceux des fonds indiciels sont traditionnellement moins chers, mais un particulier doit également tenir compte des frais d'entrée. Notez que ces derniers se limitent aux frais de transaction en Bourse pour les ETF. La famille des ETF compte également plusieurs branches en fonction de leur méthode de réplication, c'est-à-dire la façon dont ils dupliquent l'indice de référence. Les plus simples dans leur construction sont les ETF physiques : le gérant achète précisément les titres composant l'indice et ajuste leur pondération en permanence pour y correspondre au plus juste. Christopher Klein souligne toutefois que cet exercice n'est possible qu'avec des indices comptant relativement peu de valeurs comme le Dax 30, le Cac 40 ou le Bel 20. Il devient impossible pour les indices riches de plusieurs centaines, voire milliers, de titres qui ont l'avantage d'offrir une plus grande diversification. Celui qui se serait contenté du Bel 20 aurait par exemple souffert en 2008 de la surpondération des valeurs dans l'indice bruxellois. La seconde méthode de réplication est l'échantillonnage. Christopher Klein explique que dans cette méthode, l'ETF cherche surtout à ajuster ses positions sur les principales valeurs composant l'indice alors qu'il accepte une certaine tolérance pour les plus petites, n'ajustant pas ses positions en permanence. Il en résulte de petits écarts par rapport à l'indice, mais aussi des coûts moins élevés. La méthode la moins coûteuse est toutefois la réplication synthétique. L'ETF n'achète alors pas les titres, mais engage une opération de swap (crédit croisé) avec une contrepartie. La crise de 2008 a montré que ces contreparties n'étaient pas infaillibles, mais les règles européennes prévoient désormais le dépôt de garanties, la perte maximale étant désormais légalement limitée à 10%. Pour Christopher Klein, il n'y a pas réellement de formule idéale. Tout dépend de vos besoins. De par sa structure, un ETF synthétique ne peut par exemple payer de dividendes si vous cherchez un placement vous permettant d'améliorer votre retraite. Le second élément à tenir à l'oeil est évidemment les frais : attention de bien identifier ce qui relève des frais de gestion annuels, des frais d'entrée/coûts de transaction, et des éventuels droits de garde de titres. Soulignons enfin que si les ETF sur les actions sont les plus connus, il en existe bien d'autres. Vous pouvez ainsi également investir en obligations, en immobilier, en matières premières, en or, dans un portefeuille mixte, de façon durable, etc. Et parmi les actions, vous avez le choix entre des indices de référence très vastes, comme le Stoxx 600 européen ou le MSCI mondial, ou des références sectorielles. Dans son livre, Christopher Klein présente ainsi ses quatre ETF favoris dans pas moins de 15 thèmes différents. A vous de choisir, puis de jouer, en continuant d'user patiemment de la stratégie du paresseux...