La première conclusion que l'on peut tirer de la campagne électorale aux Etats-Unis est qu'elle a accru la volatilité des marchés. Donald Trump a redurci son discours par rapport à la Chine. Le Congrès américain, partagé entre les démocrates (majoritaires à la Chambre) et les républicains (Sénat), n'a pas réussi à adopter un nouveau plan de relance, chaque camp cherchant avant tout à faire passer son message électoral.
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La première conclusion que l'on peut tirer de la campagne électorale aux Etats-Unis est qu'elle a accru la volatilité des marchés. Donald Trump a redurci son discours par rapport à la Chine. Le Congrès américain, partagé entre les démocrates (majoritaires à la Chambre) et les républicains (Sénat), n'a pas réussi à adopter un nouveau plan de relance, chaque camp cherchant avant tout à faire passer son message électoral. Le processus électoral a pourtant bien commencé pour les Bourses, la victoire de Joe Biden lors des primaires démocrates ayant éloigné le spectre d'un président socialiste en la personne de Bernie Sanders. "Donald Trump est toutefois le préféré des marchés financiers", souligne Deepak Puri, responsable des investissements pour Deutsche Bank en Amérique du Nord. Le 8 novembre 2016, l'annonce de sa victoire avait pourtant été fraîchement accueillie. Les Bourses mondiales avaient immédiatement plongé. Paul Krugman, prix Nobel d'économie en 2008, prévoyait une récession globale. Illustrant le choc de la défaite d'Hillary Clinton, les spécialistes de Candriam titraient "Elections américaines : le jour d'après" au petit matin en Europe. Les marchés ont toutefois rapidement appris à apprécier Donald Trump. Le S&P 500, l'indice américain élargi, affiche ainsi un gain de 60% depuis le 8 novembre 2016. En Bourse, le mandat de Donald Trump a donc été très profitable bien que ses tweets intempestifs aient régulièrement provoqué des pics de volatilité.Jusqu'à la pandémie, la bonne santé de Wall Street reflétait l'évolution de l'économie américaine. Les Etats-Unis ont même battu leur record de la plus longue période d'expansion entre 2009 et 2019. Alors que le cycle économique s'essoufflait, Donald Trump a relancé la conjoncture grâce à sa réforme fiscale (entrée en vigueur en 2018) "considérée comme le fil rouge de sa politique économique", selon Manuel Maleki, économiste pour les Etats-Unis chez Edmond de Rothschild. Deepak Puri insiste également sur l'impact de la dérégulation. "Le Federal Register, qui rassemble toutes les régulations ayant un impact d'au moins 100 millions de dollars, comptait 96.000 pages et environ 4.000 régulations à la fin du second mandat de Barack Obama. Donald Trump l'a réduit de 20%, le faisant passer à 75.000 pages et un peu plus de 3.000 régulations." Cette dérégulation a facilité la vie des entreprises, notamment des PME, selon le CIO de Deutsche Bank à New York. On a peine à le croire aujourd'hui mais il y a moins de huit mois, la principale crainte aux Etats-Unis était ainsi une surchauffe de l'économie avec un taux de chômage de 3,5%, au plus bas depuis 50 ans. Entre 2017 et 2019, la Réserve fédérale américaine (Fed) avait relevé ses taux et réduit la voilure de son bilan, gonflé par des années d'assouplissement quantitatif. Même si l'économie américaine a connu une terrible récession cette année à cause du Covid-19, forçant la Fed à de nouveau assoupir sa politique, les marchés préfèrent donc la continuité de Donald Trump sur le plan économique. Le fantasque président n'a en effet pas annoncé de révolution de palais. "Le programme économique de Donald Trump reprend les mêmes thèmes qu'en 2016", observent ainsi les spécialistes de Candriam. Joe Biden entend par contre changer de cap. Il prévoit ainsi d'annuler la réforme fiscale de l'actuel président, ce qui ferait notamment rebondir le taux d'imposition des sociétés aux Etats-Unis de 21% à 28%. "Le candidat démocrate promet (aussi) de relever le salaire minimum horaire à 15 dollars", contre 7,25 dollars actuellement au niveau fédéral. Globalement, Deepak Puri estime ainsi que les bénéfices du S&P 500 seraient réduits de 6% à partir de 2022 en cas de victoire démocrate, tablant sur le fait que les impôts ne seraient pas relevés directement en 2021 dans un contexte sanitaire toujours difficile. Pour autant, l'avis majoritaire est que les Bourses ne chuteraient pas en cas de victoire de Joe Biden. L'histoire des marchés nous enseigne d'ailleurs que la période post-électorale est traditionnellement assez favorable (voir graphique "Evolution du S&P 500 avant et après les élections") qu'il y ait ou pas de changement de parti au pouvoir. Marko Kolanovic, stratégiste chez JP Morgan et gourou de plus en plus écouté à Wall Street, estime même que le S&P 500 pourrait bondir à 4.000 points en cas de vague bleue avec une victoire de Joe Biden et un Congrès entièrement démocrate. A court terme, la principale explication est simplement la levée des incertitudes. Ce qui fait dire à William De Vijlder, directeur de la Recherche économique du groupe BNP Paribas, que le pire des résultats serait un résultat contesté. Sans vainqueur au soir du 3 novembre, les marchés seraient précipités dans le doute. La paralysie du système politique priverait l'économie américaine d'un plan de relance qui se fait de plus en plus attendre. Cette même crainte de l'incertitude explique la grande volatilité des marchés après l'annonce du test positif au Covid-19 de Donald Trump. Si les investisseurs ont tout intérêt à espérer un résultat clair au soir de l'élection, "un pouvoir politique divisé ne serait pas forcément mauvais pour les marchés d'actions", souligne Deepak Puri. Quand la Chambre des représentants est aux mains de l'opposition par rapport à la présidence et au Sénat, comme c'est le cas actuellement, l'indice S&P 500 affiche un gain de près de 14% par an. Au cours des prochaines années, une opposition républicaine à Joe Biden freinerait les démocrates, notamment dans leur volonté de scinder les grands groupes financiers ou technologiques. A l'opposé, si Donald Trump l'emporte, une opposition démocrate limiterait le pouvoir du président, l'une des principales craintes s'il l'emporte étant qu'il durcisse à l'extrême sa rhétorique isolationniste. Mais l'exercice a ses limites. On constate ainsi que les performances sont beaucoup plus faibles en présence d'un président républicain et d'un Congrès dont les deux chambres sont contrôlées par les démocrates. Dans un tel scénario, le processus décisionnel risque d'être paralysé.D'un point de vue purement boursier, les investisseurs attendent également les résultats des élections pour ajuster leur positionnement sectoriel. Si tant Donald Trump que Joe Biden veulent soutenir l'économie, le premier privilégie une baisse des impôts et le second une hausse des dépenses. Ces dépenses viseraient notamment à investir dans la transition énergétique et les infrastructures, deux secteurs qui profiteraient donc d'une victoire démocrate. En matière de dépenses, les républicains favorisent traditionnellement l'aérospatial et la défense. Entre 2016 et 2020, le budget de base du département de la Défense est ainsi passé de 522 à 633 milliards de dollars. Donald Trump nourrit aussi de grandes ambitions pour les programmes spatiaux. En matière de santé, les démocrates veulent conforter et étendre la réforme de Barack Obama, ce qui profiterait en premier lieu aux prestataires de soins de santé comme les exploitants d'hôpitaux, tels HCA Healthcare ou Tenet Healthcare Corporation. Cela serait également favorable aux organismes d'assurance maladie (HMO) comme Cigna ou UnitedHealth Group, qui est devenu l'action la plus importante de l'indice Dow Jones.Donald Trump ne semble pas (encore ? ) avoir renoncé à sa promesse de 2016 de démanteler l'Obamacare. Les deux principaux candidats à l'élection présidentielle se rejoignent par contre sur un point : continuer à limiter le prix des médicaments délivrés sur ordonnance. Les marchés s'attendent aussi à voir croître la régulation en cas de victoire démocrate, ce qui serait néfaste aux secteurs des énergies fossiles, des banques et des technologies. Ce dernier se montre pourtant très généreux envers Joe Biden. Selon Wired, les employés d'Alphabet, Amazon, Apple, Facebook, Microsoft et Oracle ont donné près de 5 millions de dollars à la campagne du candidat démocrate, contre à peine 235.527 dollars pour Donald Trump. On peut y voir un aspect culturel, la Silicon Valley étant située en Californie, un Etat largement démocrate. Une victoire démocrate aurait aussi des avantages, en facilitant notamment le recrutement de talents étrangers. Mais le secteur technologique a plus à perdre en cas de victoire démocrate. Une faction importante du parti veut scinder les géants technologiques - même si Joe Biden fait partie des modérés à ce niveau. Donald Trump a une relation compliquée avec la Silicon Valley. Mais globalement, il est plus enclin à défendre le leadership mondial des groupes américains. D'une part, en n'imposant pas de scissions forcées qui pourraient profiter aux concurrents chinois. D'autre part, en montant au créneau chaque fois qu'un pays étranger veut imposer une taxe numérique, comparable à une déclaration de guerre commerciale pour le fantasque président.