L'Europe n'a qu'un seul mot à la bouche : austérité. La réduction de son endettement est sa priorité première. Mais sans croissance l'austérité n'a que chance de déboucher sur les résultats escomptés. Or, la zone euro est à nouveau en récession. Les Etats-Unis par contre se braquent sur leur croissance et pour l'heure ils affichent une croissance du PIB d'un peu plus de 2%. " Conscients de la difficulté de faire redémarrer une économie où l'excès d'endettement privé ôte à la politique monétaire une grande partie de ses effets, les Etats-Unis ont, à la différence de l'Europe, maintenu jusqu'à présent le soutien budgétaire en place " ", relève Florence Pisani, économiste chez Dexia Asset Management.

" Si l'échec de la stratégie européenne est désormais patent, le succès du pari américain n'en est pas pour autant assuré. D'abord, pour ramener le taux de chômage sous les 6 %, les Etats-Unis ont encore plus de 5 millions d'emplois à créer ; au rythme de 150 000 par mois, ce sous-emploi ne sera pas résorbé avant... début 2015! Ensuite, le marché immobilier est loin d'avoir retrouvé son état normal et les ventes sur saisies vont pendant encore de longs mois peser sur les prix immobiliers. En attendant, la situation des plus défavorisés a toutes les chances de continuer à se détériorer. ", ajoute-t-elle. Elle relève également que la reprise américaine est fragile et les autorités américaines n'ont plus d'outils à leur disposition pour relancer la machine. " Les taux directeurs sont en effet au plancher et, après trois années de déficit public autour de 10 % du PIB, le levier budgétaire peut difficilement à nouveau être sollicité. "

Et si la croissance américaine ne reprend pas un peu de hauteur le problème de la dette américaine risque de devenir ingérable. " Le principal risque est que l'Etat ne puisse poursuivre sa stratégie de retour graduel à l'équilibre budgétaire. Ce qu'il faut redouter ici n'est pas une éventuelle " pression " des marchés : si les taux obligataires menaçaient de remonter brutalement, la Réserve fédérale n'hésiterait pas à intervenir, le Federal Reserve Act lui donnant explicitement mission de maintenir " des taux d'intérêt à long terme modérés ". A l'instar de l'Europe, les Etats-Unis ont d'abord à faire face à un risque politique. En 2013, le Budget pourrait devenir très restrictif en raison de l'expiration programmée des baisses d'impôts Bush, mais aussi de diverses mesures de soutien mises en place pendant la crise de 2007-09 : à législation inchangée, le resserrement serait de près de 4 points de PIB. Bien sûr, le plus probable est qu'un compromis entre démocrates et républicains permette d'éviter ce " choc budgétaire ". Mais le débat sur le relèvement du plafond de la dette à l'été 2011 rappelle que, là-bas aussi, une impasse politique peut vite mener au drame... ", conclu-t-elle.

Karine Huet

L'Europe n'a qu'un seul mot à la bouche : austérité. La réduction de son endettement est sa priorité première. Mais sans croissance l'austérité n'a que chance de déboucher sur les résultats escomptés. Or, la zone euro est à nouveau en récession. Les Etats-Unis par contre se braquent sur leur croissance et pour l'heure ils affichent une croissance du PIB d'un peu plus de 2%. " Conscients de la difficulté de faire redémarrer une économie où l'excès d'endettement privé ôte à la politique monétaire une grande partie de ses effets, les Etats-Unis ont, à la différence de l'Europe, maintenu jusqu'à présent le soutien budgétaire en place " ", relève Florence Pisani, économiste chez Dexia Asset Management." Si l'échec de la stratégie européenne est désormais patent, le succès du pari américain n'en est pas pour autant assuré. D'abord, pour ramener le taux de chômage sous les 6 %, les Etats-Unis ont encore plus de 5 millions d'emplois à créer ; au rythme de 150 000 par mois, ce sous-emploi ne sera pas résorbé avant... début 2015! Ensuite, le marché immobilier est loin d'avoir retrouvé son état normal et les ventes sur saisies vont pendant encore de longs mois peser sur les prix immobiliers. En attendant, la situation des plus défavorisés a toutes les chances de continuer à se détériorer. ", ajoute-t-elle. Elle relève également que la reprise américaine est fragile et les autorités américaines n'ont plus d'outils à leur disposition pour relancer la machine. " Les taux directeurs sont en effet au plancher et, après trois années de déficit public autour de 10 % du PIB, le levier budgétaire peut difficilement à nouveau être sollicité. " Et si la croissance américaine ne reprend pas un peu de hauteur le problème de la dette américaine risque de devenir ingérable. " Le principal risque est que l'Etat ne puisse poursuivre sa stratégie de retour graduel à l'équilibre budgétaire. Ce qu'il faut redouter ici n'est pas une éventuelle " pression " des marchés : si les taux obligataires menaçaient de remonter brutalement, la Réserve fédérale n'hésiterait pas à intervenir, le Federal Reserve Act lui donnant explicitement mission de maintenir " des taux d'intérêt à long terme modérés ". A l'instar de l'Europe, les Etats-Unis ont d'abord à faire face à un risque politique. En 2013, le Budget pourrait devenir très restrictif en raison de l'expiration programmée des baisses d'impôts Bush, mais aussi de diverses mesures de soutien mises en place pendant la crise de 2007-09 : à législation inchangée, le resserrement serait de près de 4 points de PIB. Bien sûr, le plus probable est qu'un compromis entre démocrates et républicains permette d'éviter ce " choc budgétaire ". Mais le débat sur le relèvement du plafond de la dette à l'été 2011 rappelle que, là-bas aussi, une impasse politique peut vite mener au drame... ", conclu-t-elle.Karine Huet