On sait depuis quelques mois déjà que le nombre de factures émises par des PME, probablement vouées à rester impayées, a augmenté depuis l'éclatement de la pandémie. En 2018, ces impayés concernaient 2% des factures en moyenne. En 2021, le chiffre avait atteint un alarmant 12%, a révélé le baromètre des PME. Une tendance que confirme la nouvelle étude sur les comportements de paiement, baptisée Payment Study, effectuée par Altares Dun & Bradstreet, numéro un au Benelux de la collecte, du traitement et de la fourniture de données relatives aux entreprises. D'après cette enquête consacrée aux paiements professionnels menée dans 14 pays d'Europe après la crise sanitaire, 56% des factures adressées à des sociétés belges sont acquittées avec retard.
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On sait depuis quelques mois déjà que le nombre de factures émises par des PME, probablement vouées à rester impayées, a augmenté depuis l'éclatement de la pandémie. En 2018, ces impayés concernaient 2% des factures en moyenne. En 2021, le chiffre avait atteint un alarmant 12%, a révélé le baromètre des PME. Une tendance que confirme la nouvelle étude sur les comportements de paiement, baptisée Payment Study, effectuée par Altares Dun & Bradstreet, numéro un au Benelux de la collecte, du traitement et de la fourniture de données relatives aux entreprises. D'après cette enquête consacrée aux paiements professionnels menée dans 14 pays d'Europe après la crise sanitaire, 56% des factures adressées à des sociétés belges sont acquittées avec retard. "Ce chiffre paraît dramatique, mais il faut le nuancer, souligne Joris Peeters, chief data scientist chez Altares Dun & Bradstreet. Certains pays d'Europe ont un délai de paiement fixé à 60 jours, voire à 90. Chez nous, il est de 30 jours, ce qui augmente le risque d'être victime de ce que l'on considère comme un retard de paiement. Peut-être nos délais sont-ils un peu courts?" C'est en Irlande que les entrepreneurs doivent se montrer les plus patients: 32,7% des clients professionnels paient dans les délais légaux (60 jours, Ndlr). En Suisse, 71,8% des factures sont acquittées à temps. Aux Pays-Bas, le chiffre est de 72,2%. En Pologne, de 74,8% et en Slovaquie, de 76,4%. La palme revient au Danemark, où 90% des entreprises s'acquittent de leurs factures dans les délais. Pourquoi un tel écart avec la Belgique? "C'est notamment une question de culture, commente Joris Peeters. Les Scandinaves sont nettement plus ponctuels en tout que les Belges et les autres Européens. Même pendant la crise sanitaire, ils ont continué à payer correctement et à temps leurs fournisseurs et leurs partenaires en affaires, ce qui n'a pas toujours été le cas, tant s'en faut, chez nous et dans les autres pays de l'Union." Question de culture, donc, mais aussi parce que les Danois savent que les bons comptes font les bons fournisseurs, y compris en temps de crise. Indépendamment du pays dans lequel elles opèrent, les grandes, petites et micro-entreprises européennes affichent des comportements de paiement radicalement différents. Nos plus petites PME liquident dans 46,9% des cas leurs factures avant l'échéance, un chiffre qui tombe à 12,4% chez leurs toutes grandes soeurs. "Celles-ci sont plus lentes, confirme Joris Peeters. Les paiements doivent souvent passer par une série de processus et être validés par plusieurs personnes ; dans les sociétés de plus petite taille, les procédures sont plus rapides et plus légères." Mais tout n'est pas noir dans le plat pays, où 1,5% seulement des factures sont payées à plus de 90 jours. Même si d'autres nations font mieux encore. Au Danemark, encore lui, et en Finlande, c'est le cas de 0,2% des factures à peine. La Belgique fait en outre partie des trois pays, parmi les 14 examinés, au sein desquels la ponctualité des entreprises progresse le plus rapidement. En 2019, les acheteurs étaient 39,8% à payer dans les délais, un nombre qui s'est accru de 4,2% depuis. En haut de la liste figurent les Pays-Bas où 5% d'entreprises de plus qu'il y a trois ans se montrent ponctuelles. Bien que 25,8% des sociétés bataves affichent, elles, des retards.Les progrès enregistrés par la Belgique viendraient-ils du fait que la législation s'est resserrée, fermant un certain nombre de possibilités de laisser s'éterniser les impayés? Renforcée le 1er février dernier, la loi concernant la lutte contre le retard de paiement dans les transactions commerciales stipule, par exemple, que le délai de paiement commence désormais à courir dès la livraison du service ou produit. Et si elle autorise les professionnels à conclure d'autres accords, il ne faut pas que l'attente dépasse pas 60 jours, qu'importent le contrat ou les conditions générales de vente. "Il est trop tôt pour mesurer les retombées de ces changements, estime Joris Peeters. Le législateur a voulu aider les entreprises à lutter contre leurs problèmes de liquidités, au profit d'un assainissement du climat du monde entrepreneurial, ce qui devrait encourager les investissements. Je pense néanmoins que leur influence ne sera tangible que dans la version 2023 de l'étude." Reste à voir également à quelle vitesse et avec quelle diligence les débiteurs belges se plieront aux nouvelles règles. Quels conseils donner aux PME et aux start-up désireuses de convaincre leurs grands clients de faire preuve de ponctualité? "Plus l'entreprise est grande, plus son pouvoir sur ses fournisseurs est important, répond l'expert. Il est donc crucial de conclure des conventions claires mais aussi de connaître la loi et les droits qu'elle accorde aux entrepreneurs en termes de recouvrement des factures et de délais de paiement." Joris Peeters évoque ici, entre autres, le droit à une compensation et à des intérêts de retard, de même que le droit à récupérer les produits non payés. "Les PME sont de la sorte en mesure de contrôler et de protéger leur trésorerie ; c'est nécessaire, puisqu'elles doivent elles-mêmes pouvoir payer leurs fournisseurs." La réalité commerciale n'incite- t-elle pas les petites sociétés à se montrer plus souples que nécessaire de peur de perdre leurs grands clients? Joris Peeters: "C'est tout à fait exact. Peut-être pourraient-elles se fédérer? Si toutes les PME, micro-entreprises et start-up s'entendaient pour dénoncer les grands clients chroniquement retardataires, elles pèseraient d'un poids certain dans la balance, ce qui pourrait peut-être faire changer les choses."