Le segment obligataire est rarement l'objet d'innovations majeures, et encore moins en matière de dette souveraine. Depuis quelques années, de nombreux gestionnaires ont toutefois lancé des fonds visant une exposition sur les green bonds. Le fonds NN IP Green Bonds a dégagé la meilleure performance durant les 12 derniers mois, et nous avons récemment rencontré son gestionnaire, Bram Bos, à l'occasion de son passage à Bruxelles.

Alors que l'ensemble du marché représentait moins de 100 milliards d'euros en 2016, il dépasse désormais 380 milliards, et cette croissance exponentielle ne devrait pas se ralentir. " Le marché des obligations vertes est désormais plus grand que celui du haut rendement européen ", explique Bram Bos. D'après le gestionnaire, les besoins liés au changement climatique devraient rapidement faire progresser ce marché au-delà des 1.000 milliards d'euros " afin d'avoir un impact sensible sur l'environnement, soit deux à trois fois la taille actuelle du marché ".

Infrastructure

Dans la pratique, plus de 50% des sommes levées par les obligations vertes seront consacrées à la mise en place de sources d'énergie renouvelable (parcs éoliens, installations photovoltaïques, etc), contre 20% pour des initiatives liées aux transports publics (train, tram, bus électrique, etc.) et 20% pour la construction d'immeubles efficients d'un point de vue énergétique. Un grand nombre de pays européens (y compris la Belgique) ont ainsi annoncé ou lancé des émissions obligataires vertes ces dernières années.

Au niveau géographique, le marché des obligations vertes reste essentiellement une affaire européenne, le Vieux Continent représentant plus de 60% des encours. " C'est un marché qui a vu le jour en Europe, se rappelle Bram Bos. Il fut soutenu par la mise en place de réglementations favorables à la transition écologique et par l'émergence d'investisseurs intéressés par les investissements socialement responsables. L'Asie devrait toutefois jouer un rôle croissant durant les prochaines années, avec notamment la Chine qui est en train de se positionner pour assainir son économie. " A l'inverse, les Etats-Unis et l'Amérique latine restent en retrait sur ce marché, par manque d'incitants publics.

Bram Bos (NN ip green bonds) © pg

Les gouvernements ne sont toutefois pas les seuls à se positionner sur ce marché, et de nombreuses entreprises ont emboîté le pas pour réaliser des investissements verts, par exemple pour financer des sources d'énergies renouvelables ou pour investir dans la construction d'installations plus respectueuses de l'environnement. " Les émissions peuvent ainsi concerner un groupe télécom qui cherche à remplacer son réseau en cuivre par de la fibre optique, qui est nettement plus efficiente énergétiquement ", cite Bram Bos. Au niveau des entreprises, les principaux segments représentés sont notamment des utilities (eau, électricité, etc) et des banques.

Rapport d'impact

" Nous avons analysé de nombreuses données et nous n'avons pas trouvé de différences dans la performance financière des obligations vertes par rapport aux obligations traditionnelles, poursuit le gestionnaire. On peut donc affirmer que mettre ces obligations dans le portefeuille ne se fera pas au détriment du rendement. En outre, en étant exposé sur des émissions dotées d'un objectif positif, on évitera un risque de réputation. "

Le rendement d'une obligation verte émise par un Etat souverain ou par une entreprise sera donc rigoureusement identique à celui d'une obligation normale. La seule différence vient de l'utilisation qui en sera faite. " Les fonds investis dans un green bond doivent être exclusivement affectés à un projet ayant un impact environnemental positif. Ils doivent aussi être séparés des sommes que l'émetteur aurait pu recevoir par ailleurs et faire l'objet de rapports réguliers, dans lesquels les investissements réalisés devront être détaillés. Ce rapport d'impact est obligatoire, afin que les investisseurs puissent avoir une assurance quant la politique suivie. "

Institutionnels

La majorité des fonds présents sur le segment des obligations vertes dispose d'un historique relativement récent, notamment celui de NN Investment Partners. NN IP Green Bonds est toutefois rapidement devenu le plus important de son segment, avec des actifs sous gestion qui approchent les 600 millions d'euros. " C'est le plus grand fonds de placement actuellement disponible sur le marché, assure Bram Bos. Mais nous sommes encore loin d'avoir un problème de capacité. Il faudrait que nos actifs sous gestion grimpent jusqu'à 1% du marché (soit plus de 3,5 milliards d'euros) pour avoir une taille qui pourrait nous empêcher de gérer librement nos positions. "

Les investisseurs dans le fonds NN Green Bonds étaient initialement des gestionnaires de fortunes et des banquiers privés, pour des clients soucieux d'affecter leur patrimoine à des projets ayant un impact positif. " Depuis l'année dernière, nous avons toutefois remarqué que les institutionnels, et notamment les fonds de pension, ont commencé à s'intéresser à cette classe d'actifs. "

Sélection de titres

Sa philosophie d'investissement sera basée sur une sélection fondamentale des différentes positions afin de dégager une performance supérieure au marché dans toutes les circonstances. Mais avec une grille de critères bien précise. " Nous réaliserons systématiquement une évaluation de chaque émission en interne, garantit Bram Bos. Au niveau global, nous estimons qu'environ 15% des émissions ne sont pas si vertes que ça, par exemple parce que la société qui émet les obligations est un producteur de pétrole qui continue d'investir massivement dans la production d'énergie fossile. Il faut donc être très vigilant. "

Enfin, la sélection des positions utilisera également un filtre ESG afin d'éviter les émissions de sociétés affichant des notes insuffisantes et celles qui font l'objet de controverses. " Nous publions chaque mois un rapport d'impact pour les investisseurs, qui délivre beaucoup de données concrètes quant à la manière dont est investi l'argent, décrit notre exposition aux "UN PRI" ( Principes pour l'investissement responsable des Nations unies, Ndlr), ou donne des exemples concrets d'émissions sur lesquelles nous avons investi durant le mois écoulé. Ceci permet de rendre tangible notre stratégie ". Le portefeuille comporte actuellement 136 lignes provenant de 90 émetteurs différents. " Ce fonds aura tendance à avoir un taux de rotation des positions inférieur à celui d'un fonds obligataire traditionnel. "

Rendements

L'objectif des gestionnaires sera bien entendu de maximiser le rendement, avec une exposition sectorielle qui va sous- pondérer les émissions gouvernementales pour privilégier la dette d'entreprise afin de dégager un rendement qui reste attractif. " La faiblesse des rendements constitue une barrière à l'entrée pour les investisseurs, indique encore Bram Bos. Nous avons récemment lancé un second fonds sur les obligations vertes, géré de la même manière, mais en privilégiant une duration courte afin d'atténuer l'impact d'une hausse des taux d'intérêt. "