Le mois de juin est traditionnellement marqué par les prévisions semestrielles des grands gestionnaires d'actifs. Cette année, l'exercice est particulièrement difficile alors que l'épidémie de coronavirus continue de s'étendre dans le monde et que la crise économique va pousser la plupart des régions dans une récession profonde. Nous avons (virtuellement) assisté aux présentations de plusieurs grands gestionnaires (Invesco, Aberdeen Standard, Capital Group, DWS, NN IP) durant les 15 derniers jours, afin de présenter les grandes tendances qui se dessinent en termes d'allocation des portefeuilles pour la deuxième partie de l'année.
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Le mois de juin est traditionnellement marqué par les prévisions semestrielles des grands gestionnaires d'actifs. Cette année, l'exercice est particulièrement difficile alors que l'épidémie de coronavirus continue de s'étendre dans le monde et que la crise économique va pousser la plupart des régions dans une récession profonde. Nous avons (virtuellement) assisté aux présentations de plusieurs grands gestionnaires (Invesco, Aberdeen Standard, Capital Group, DWS, NN IP) durant les 15 derniers jours, afin de présenter les grandes tendances qui se dessinent en termes d'allocation des portefeuilles pour la deuxième partie de l'année. Entre les mois de janvier et avril, la croissance globale s'est contractée d'environ 12%. Pour l'ensemble de l'année, la totalité des économies développées seront en récession, avec une contraction de la croissance globale attendue entre -6% et -8% selon les différents gestionnaires. Jeremy Lawson, chef économiste chez Aberdeen Standard Investments, souligne que l'impact à long terme sera également important. " La croissance globale restera durablement inférieure de 5% par rapport à la situation que nous aurions eu en l'absence de la pandémie ", assure-t-il. La crise sanitaire a également acté un changement d'équilibre entre les politiques monétaires et budgétaires, à l'avantage de ces dernières. Le maintien des taux sur des niveaux planchers sera prépondérant dans la capacité des gouvernements à éviter des politiques d'austérité qui seraient particulièrement dommageables. Pour Robert Lind, économiste chez Capital Group, " il sera politiquement et socialement très difficile pour les gouvernements occidentaux de mettre en place les mêmes politiques d'austérité que par le passé ". L'autre impact de la pandémie va être de renforcer la pression sur le mouvement de globalisation, qui avait déjà largement marqué le pas ces dernières années. Plus particulièrement, les tensions entre les Etats-Unis et la Chine vont se raviver, même si Joe Biden venait à être élu à la présidence vers la fin de l'année. " Les fondamentaux qui alimentent les tensions entre les deux pays ne vont pas disparaître ", constate Jeremy Lawson. Il est aujourd'hui difficile de savoir clairement quel sera l'impact à long terme sur les tensions inflationnistes, avec des risques haussiers tant que baissiers qui ont été déclenchés suite à la crise sanitaire. La hausse du chômage et la baisse des cours pétroliers constituent des facteurs déflationnistes à court terme, tandis que l'expansion monétaire et la déglobalisation constitueront des facteurs inflationnistes sur le long terme. Pour Valentijn van Nieuwenhuijzen, CIO chez NN Investment Partners, " tous les scénarios que nous prenons en considération pointent vers une augmentation des pressions déflationnistes pour les prochains mois. Contrairement aux autres crises récentes, il existe toutefois différents facteurs qui permettent de penser que le contexte pourrait devenir plus inflationniste à plus long terme, un scénario que nous n'avions plus vu depuis 30 ans ". Certains secteurs vont être structurellement touchés par cette crise, comme le tourisme, les restaurants ou les compagnies aériennes. Pour les stratégistes, cette crise ne va faire qu'accélérer des tendances qui étaient déjà présentes sur les marchés, et de citer plus particulièrement le domaine de l'écologie (soutenue par des plans gouvernementaux ambitieux en Europe), des nouvelles organisations du travail (digitalisation de l'espace de travail), des soins de santé (médecine à distance) et de la globalisation des services (et de la déglobalisation au niveau manufacturier). " Notre allocation va donc privilégier des secteurs de croissance comme la technologie, notamment les valeurs qui bénéficient de l'explosion du télétravail et des mesures de distanciation sociale, indique Stefan Kreuzkamp, global CIO chez DWS. Nous sommes également sélectifs sur certaines valeurs cycliques qui bénéficieront d'un regain d'activité économique durant les prochains mois. " Valentijn van Nieuwenhuijzen constate que l'environnement reste aujourd'hui très incertain à l'abord du second semestre. " Les sociétés qui ont adopté des pratiques durables ont toutefois dégagé d'excellentes performance financières et boursières durant la crise, et nous pensons qu'elles continueront de bien performer. A l'inverse, celles qui ne prennent pas de mesures pour augmenter leur durabilité auront le plus de problèmes pour survivre car les personnes qui contrôlent le capital vont de plus en plus exiger qu'elles changent leur approche. " Dans l'ensemble, les valorisations des différents marchés sont considérées comme étant normales ou chères, comme c'est le cas aux Etats-Unis. De sorte qu'un consensus semble aujourd'hui s'être formé sur les perspectives des actions asiatiques. " Nous privilégions les actions japonaises pour leur rendement élevé et pour le dommage économique limité de la crise sanitaire, tandis que les marchés émergents devraient profiter de la stabilisation des cours pour les matières premières, indique Paul Jackson, global head of allocation research chez Invesco. Un changement de leadership aux Etats-Unis ne constituera pas nécessairement une mauvaise chose pour les Bourses, les données historiques montrant que la performance boursière est supérieure lorsque le parti démocrate dirige les affaires du pays. " Dans les pays développés, les rendements des placements monétaires et des obligations souveraines sont à des niveaux jamais atteints depuis plusieurs siècles, et l'activité des banques centrales sur les derniers mois n'a rien fait pour améliorer la situation. " La recherche de rendement va forcer les investisseurs à regarder les marchés émergents ou la dette d'entreprise ", indique Jeremy Cunningham, responsable des investissements obligataires chez Capital Group. Toutefois, même si les valorisations sont plus intéressantes qu'en janvier dernier, nous ne sommes pas positionnés agressivement sur cette dernière classe d'actifs. " Une opinion partagée par Stefan Kreuzkamp, qui estime qu'il faut accorder sa préférence aux acteurs de meilleure qualité (notation BBB et supérieure), notamment " ceux qui ont reçu un support implicite ou explicite des autorités politiques ou monétaires ". Il recommande ainsi les maturités courtes aux Etats-Unis, ainsi que les banques périphériques en Europe. Sur le haut rendement, il apprécie les émetteurs plus cycliques qui disposent d'une bonne position de liquidité, tout en restant à l'écart de ceux menacés par un risque de refinancement. " Nous apprécions également à plus long terme les obligations qui protègent contre une remontée de l'inflation ", dit-il. " En combinant nos scénarios positifs et négatifs, la dette d'entreprise semble aujourd'hui disposer du meilleur potentiel, avec toutefois quelques réserves sur le haut rendement où des niveaux encore plus attractifs pourraient être atteints dans le futur, indique Paul Jackson. Jour après jour, nous voyons les entreprises annoncer des licenciements et des chiffres catastrophiques, et nous pensons qu'il y aura un impact économique qui va venir frapper la consommation et les flux de trésorerie des entreprises, et par ricochet provoquer des défauts dans les émetteurs les plus risqués et fragiles. " Dans ce contexte, la sélection d'émetteurs de qualité restera au centre d'une bonne stratégie sur les marchés obligataires.