En dépit d'une situation budgétaire souvent meilleure que dans les économies occidentales, les marchés émergents restent une proposition d'investissement relativement risquée, avec une propension à sous-performer fortement lorsque la volatilité augmente et que le dollar se renforce.
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En dépit d'une situation budgétaire souvent meilleure que dans les économies occidentales, les marchés émergents restent une proposition d'investissement relativement risquée, avec une propension à sous-performer fortement lorsque la volatilité augmente et que le dollar se renforce. " Nous sommes actuellement dans une phase intéressante sur cette classe d'actifs, la stabilisation du dollar ayant permis un redressement des cours durant les derniers mois, indique Richard Titherington, head of emerging markets equities chez JP Morgan Asset Management. Vous êtes aujourd'hui compensé adéquatement pour le risque que vous prenez. En plus, nous attendons un redressement des attentes bénéficiaires pour l'année prochaine. " Pour Xavier Hovasse, gestionnaire de fonds sur les actions émergentes chez Carmignac, " la politique de la Réserve fédérale américaine restera centrale pour cette classe d'actifs, et un dollar stable ou faible restera prépondérant pour une bonne performance ". L'accord commercial limité conclu entre la Chine et les Etats-Unis a permis une certaine accalmie, comme le montre le bon début d'année enregistré par la plupart des fonds exposés sur cette classe d'actifs. Durant la prochaine décennie, la croissance économique dans les marchés émergents sera deux fois plus rapide que dans les pays développés. En outre, ces pays sont nettement moins fragiles qu'il y a 20 ans, avec des réserves monétaires qui ont grimpé fortement et un endettement privé qui reste faible. " En dépit de ces éléments favorables, cette classe d'actifs affiche encore une décote d'environ 20% par rapport aux marchés développés ", constate Nicole Vettise, gestionnaire de portefeuille en actions émergentes chez Franklin Templeton. Sur une période de cinq ans, les meilleurs fonds exposés sur les marchés asiatiques ont dégagé des progressions annualisées qui dépassent 10% voire 11%, alors que le meilleur fonds exposé sur l'ensemble de la classe d'actifs émergents n'a pas dégagé une progression supérieure à 9,5%. Jusqu'au début 2020, l'Asie restait donc la locomotive boursière de la classe d'actifs. Le principal changement pour cette région a été la modification dans la composition de l'activité économique, qui n'est plus aussi dépendante du commerce international et des matières premières, au contraire des autres grands pays émergents comme la Russie, le Brésil ou l'Afrique du Sud. Nicole Vettise constate ainsi que " le poids de la nouvelle économie a augmenté dramatiquement, les pays asiatiques dominant aujourd'hui les pays développés dans les dépôts de brevets au niveau international ". Cette poussée technologique n'est en outre pas près de se ralentir, avec huit millions d'ingénieurs qui sortent chaque année des universités chinoises. Richard Titherington apprécie le processus de transformation de l'économie chinoise, qui rend le pays moins dépendant des exportations. " Les investisseurs ont tendance à exagérer l'importance des exportations sur les perspectives de croissance futures de ce pays, dit-il. Il faut également noter que ce type de transition n'est pas propre à la Chine, mais se produit dans nombre d'autres marchés asiatiques. " Parmi les secteurs qui bénéficient de cette transition, on peut citer la consommation, les soins de santé, les sociétés financières, l'immobilier ou la technologie. " L'Asie est une région que les investisseurs ne devraient plus ignorer, estime également Joanna Kwok, gestionnaire du fonds JPMorgan-Asia Growth. Nous visons les sociétés qui seront les vainqueurs structurels sur le long terme en Asie, avec une préférence pour les valeurs domestiques qui seront peu impactées par les incertitudes liées à la guerre commerciale. " Chez Nordea 1-Emerging STARS Equity, Juliana Hansveden, gestionnaire principale du fonds, est également exposée sur les changements démographiques dans les économies émergentes ou la digitalisation des sociétés. " En Chine, environ 250 millions de personnes vont intégrer la classe moyenne durant les prochaines années, avec des perspectives qui restent donc favorables pour les sociétés exposées sur le secteur de la consommation ", explique-t-elle. Parmi les pays que Xavier Hovasse apprécie dans son fonds Carmignac Emergents, il pointe notamment le marché brésilien qui devrait bénéficier de la mise en place de la réforme des retraites, avec un ratio dette/PIB qui devrait se stabiliser. " Le pays aura toutefois besoin d'une croissance économique autour de 2% pour garder le pays sur une trajectoire positive ", précise Xavier Hovasse. Ce dernier apprécie également les actions défensives indiennes (notamment les financières) dans un contexte où la croissance économique devrait se ralentir autour de 4 à 5% par an, avec une pondération tournant autour de 11,4% des actifs sous gestion. Les actions coréennes représentent pour leur part 17,4% des encours, en raison d'une combinaison de facteurs (baisse du won, endettement public faible, pas touché par la hausse des tarifs engendrée par la guerre commerciale) qui font de ce pays une proposition attractive dans le contexte actuel. " Dans l'ensemble, Carmignac Emergents restera exposé à 75% sur les actions asiatiques. L'Asie est la région où les pays émergents sont vraiment en train de progresser ; alors que dans d'autres ( Amérique latine, Russie, Afrique du Sud, Ndlr), c'est un peu le contraire qui se produit ", ajoute le gestionnaire. Il apprécie notamment la montée en puissance des leaders technologiques dans la région, aidés par une vague incessante de nouveaux ingénieurs qui sortent des universités.