Petite nouveauté en 2020 pour le fonds de la famille Capital atWork : Ivan Nyssen, qui le gérait depuis sa création en 1998, partage à présent le pouvoir avec Filip Bruynooghe et Christophe Pirson, qui l'assistent depuis plusieurs années déjà. Pourtant, si le fonds attire aujourd'hui spécialement l'attention, c'est en raison d'une performance 2019 pour le moins remarquable : +37,8 %.
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Petite nouveauté en 2020 pour le fonds de la famille Capital atWork : Ivan Nyssen, qui le gérait depuis sa création en 1998, partage à présent le pouvoir avec Filip Bruynooghe et Christophe Pirson, qui l'assistent depuis plusieurs années déjà. Pourtant, si le fonds attire aujourd'hui spécialement l'attention, c'est en raison d'une performance 2019 pour le moins remarquable : +37,8 %.TRENDS-TENDANCES. Vous n'êtes probablement pas le seul gestionnaire à s'estimer plus ou moins " contrarian ". Il est par contre rare qu'un fonds ose arborer cette étiquette. Pourquoi et comment ? IVAN NYSSEN. Ma vision remonte à la lecture d'un livre : Contrarian Investment Strategies, par le gestionnaire de fonds américain David Dreeman. Il insistait sur le fait que pour réaliser la meilleure performance, il faut acheter au plus bas. La juste valorisation d'une entreprise est depuis toujours notre base de travail chez Capitalatwork. Il faut pour cela se projeter dans le futur, ce qui constitue clairement la difficulté de base de notre métier. Par ailleurs, il ne faut pas seulement acheter bon marché, mais ne pas hésiter à racheter si l'action redevient attrayante. Etre " contrarian ", c'est surtout acheter bon marché... quand les autres n'osent pas ! I.N. En effet. Et pour être capable d'acheter quand le marché est inquiet, il faut bien connaître son dossier. Il faut avoir étudié l'entreprise très sérieusement, de manière à avoir le discernement nécessaire. Ce dernier est pour moi la qualité essentielle d'un gestionnaire. Il doit savoir que ce n'est pas tout à fait vrai, ou que c'est moins grave qu'on le prétend, etc. Etre contrarian, ce n'est ni un style, ni une mode. C'est une discipline, basée sur l'essence même de ce que sont la finance et les placements. Un exemple d'achat au son du canon ? I.N. La plupart ( sourire) ! Je citerais Visa en exemple. C'est une valeur que je suivais depuis des années, mais que j'estimais un peu trop chère. Et la voici qu'elle perd soudain près de 15 % au printemps 2014. Prétexte : l'épidémie Ebola qui sévissait alors en Afrique de l'Ouest. Elle fut très grave, c'est vrai ( plus de 11.000 morts recensés, Ndlr), mais elle n'allait évidemment pas faire s'effondrer le tourisme mondial et encore moins la consommation. Nous avons alors acheté cette valeur devenue, non pas bon marché, mais un peu moins chère. Je pourrais également citer Apple, en chute de quelque 65 % en 2008, soit le double du marché, alors que la société était parmi les plus saines du monde sur le plan financier ! Nous avons alors acquis pas mal de titres. Même chose au moment de la disparition de Steve Jobs et encore aux plus bas de l'an dernier. Une valeur surprend un peu dans le portefeuille : le groupe français Vinci. FILIP BRUYNOOGHE. C'est un bel exemple d'entreprise mal comprise par le marché. Comme 80 % du chiffre d'affaires provient de son métier de base qui est la construction, c'est cette étiquette-là que le marché lui colle, avec le caractère cyclique et la faible valorisation qui l'accompagnent. En réalité, la construction ne représente que 20 % du cash-flow d'exploitation (Ebitda). C'est l'autre activité du groupe, à savoir les concessions autoroutières, qui constitue grosso modo 20 % du chiffre d'affaires et 80 % du cash-flow ! Or, cette activité-là est fort peu cyclique. Il faut savoir que l'Ebitda des concessions autoroutières frise les 70 %. Par ailleurs, cette activité est en belle croissance, grâce à une forte diversification dans la gestion aéroportuaire et ceci au niveau mondial. Vinci gère, par exemple, Gatwick, à Londres. I.N. Un autre exemple de positions contrarian, qui date de 2019 : les actions Blackstone, notre première position en début d'année, et Apollo. Elles ont cartonné l'an dernier, avec des hausses respectives de 87 % et 94 %. Nous connaissons bien ces deux groupes, puisque ce sont des professionnels de la gestion d'actifs, surtout en private equity. Nous les estimions très sous-évalués pour des raisons plutôt techniques que fondamentales. Ces groupes avaient en effet le statut de partnership et ne pouvaient dès lors entrer dans les indices boursiers. Or, ces indices constituent un gros moteur des performances boursières, compte tenu de l'importance prise par les fonds indiciels. De plus, leur fiscalité était fort compliquée, ce qui rebutait la plupart des investisseurs. Pourtant, il était question depuis quelque temps que Blackstone et Apollo adoptent le statut d'entreprise " Inc. ", précisément pour bénéficier d'un cours de Bourse plus avantageux. C'est ce qui a été annoncé officiellement début 2019, avec l'envol boursier que j'ai cité. D'autres postes du portefeuille ont également très bien performé l'an dernier : 37 % pour Vinci, 43 % pour Visa, 54 % pour Alibaba et 86 % pour Apple. Votre portefeuille, quasiment constitué à 100 % d'actions, est investi aux deux tiers en titres américains et pour 8 % seulement en valeurs émergentes. Cela semble vraiment peu... F.B. Il faut corriger avec la répartition géographique du chiffre d'affaires réalisé par les entreprises. Sur cette base, nous avons calculé qu'on se situe quasiment à 40 % sur les marchés émergents. I.N. Quand on achète l'action belge AB InBev, on n'achète ni la Belgique ni même l'Europe, mais le monde entier. Outre Alibaba et Tencent, le portefeuille comporte de plus petites positions en Ping An, le premier assureur chinois, ou encore en JD.Com, le spécialiste chinois de la logistique. Nous sommes, par contre, sortis de Softbank, le premier actionnaire d'Alibaba. Le portefeuille est également axé sur la Chine par le biais de Las Vegas Sands. Ce groupe américain est le premier opérateur de casinos dans le monde et son principal centre de profit est Macao. Votre portefeuille comporte-t-il une autre action belge qu'AB InBev ? I.N. Nous détenons également Solvay. Ce n'est pas la performance la plus brillante, mais nous avons acheté à des cours très favorables, quand le marché doutait un peu des activités de base. C'est cela, être contrarian !