S'il existe quelques produits qui affichent des actifs sous gestion importants (notamment chez Schroders, Templeton ou BlackRock), la plupart des autres fonds affichent une taille modeste.
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S'il existe quelques produits qui affichent des actifs sous gestion importants (notamment chez Schroders, Templeton ou BlackRock), la plupart des autres fonds affichent une taille modeste.Les raisons de ce désintérêt sont multiples. Premièrement, la performance annualisée moyenne des 10 meilleurs fonds sur une période de cinq ans a été de seulement 2,3 %, en dépit d'un rebond significatif depuis le début 2015. Et sur 10 ans, pratiquement tous les fonds affichent encore une performance négative, dans ce qui constitue une décade perdue pour cette région. Deuxièmement, la performance a été souvent très erratique d'un fonds à l'autre, comme le prouve la disparité des performances depuis le début 2017 en fonction de l'exposition du gestionnaire sur l'un ou l'autre pays. Troisièmement, les dernières années ont été marquées par l'effondrement suivi du redressement spectaculaire du marché russe, qui a provoqué beaucoup de volatilité pour les fonds qui étaient massivement exposés sur ce pays. Chez Frankklin Templeton, le flambeau de la gestion du fonds Templeton Eastern Europe a récemment été transféré de Mark Mobius vers Grzegorz Konieczny, un vétéran du groupe (depuis 1995) basé en Roumanie. " Le secteur de l'Europe émergente est très large et diversifié, avec une variété d'opportunités d'investissement, explique Grzegorz Konieczny. Il faut toutefois rester très sélectif sur les sociétés et sur les différents pays, comme le démontre la performance des différents marchés depuis le début 2017. " Alors que l'indice WIG20 de la Bourse polonaise s'est apprécié d'environ 25 %, le marché russe affiche une performance négative. Sur le long terme, seul le fonds Schroders ISF Emerging Europe affiche actuellement une performance qui lui permette de se voir décerner cinq étoiles chez Morningstar. Son gestionnaire, Moshin Memon, estime que les conditions restent plus favorables pour assister à une performance plus soutenue durant les prochains mois. Investir sur les marchés d'Europe émergente nécessite de prendre des décisions importantes sur quelques marchés qui dominent largement les capitalisations de cette zone géographique. La Russie est bien entendu le premier nom qui vient à l'esprit. Pour Chris Colunga, le cogestionnaire du fonds BlackRock Emerging Europe, la faiblesse des prix pétroliers et les relations difficiles avec les Etats-Unis ont pesé sur les perspectives du marché russe : " Le pays s'est toujours ajusté à cette situation, et la banque centrale dispose d'une marge de manoeuvre pour baisser ses taux. Dans le même temps, la croissance des résultats est désormais en train d'accélérer, et nous pensons que le moment est désormais opportun pour augmenter son exposition sur la Russie ". Moshin Memon, lui, dit apprécier les sociétés qui ont une bonne gouvernance, comme Sberbank " qui profite de la hausse des taux d'intérêt intervenue dans ce pays ces dernières années ", mais aussi sur des groupes davantage exposés sur l'augmentation des dépenses de consommation. La Turquie est un autre nom qui cause le plus d'interrogations, notamment en raison des remous politiques qu'elle connaît, avec un gouvernement qui a augmenté fortement ses dépenses afin de soutenir l'économie, au prix d'une accélération de l'inflation et d'une hausse des taux d'intérêt. Les actions turques ont en effet lourdement corrigé et affichent désormais une valorisation déprimée, ce qui rend ce pays très attractif pour les gestionnaires de fonds. Moshin Memon apprécie plus particulièrement les exportateurs, qui profitent pleinement de la faiblesse de la lire turque. " En outre, le marché turc reste très liquide avec des valorisations faibles et une démographie en forte expansion qui reste un atout de long terme pour la croissance économique du pays. " La Pologne est aussi un des autres grands marchés de la région. Et le moins que l'on puisse dire est que la performance enregistrée en 2017 a surpris quelques spécialistes, comme le souligne Grzegorz Konieczny : " Le pays fait face à un défi budgétaire et le gouvernement populiste a l'intention de privatiser les fonds de pension qui sont également les principaux détenteurs d'actions polonaises. Dans le courant de l'année, le gouvernement a toutefois émis moins de messages négatifs à l'encontre du secteur privé tandis que la croissance économique est restée soutenue. " Enfin, la Grèce fait aujourd'hui partie de ce groupe de pays, avec des perspectives qui sont stabilisées. Moshin Memon indique avoir toujours été exposé sur le pays, mais précise que son positionnement pourrait se renforcer durant les prochains mois. " Les investissements directs en provenance de l'étranger sont en augmentation ces derniers mois. Si le secteur bancaire passe avec succès les stress tests durant les prochains mois, cela constituera un signal très positif pour les sociétés exposées sur ce pays. " Un avis partagé par Chris Colunga chez BlackRock, qui souligne que si le pays parvient à rétrouver le soutien de ses créditeurs, " et dans ce cas de figure, les actions grecques sont extrêmement bon marché ". Les meilleurs gestionnaires prennent aussi des positions sur des marchés plus confidentiels, comme le Kazakhstan ou la Roumanie. Moshin Memon (Schroders) souligne à ce titre que ce dernier pays affiche actuellement la croissance la plus rapide au niveau de l'Union européenne, notamment grâce à un important flux d'investissements en provenance de l'étranger, ce qui compense un climat politique qui vise aujourd'hui à revenir en arrière sur plusieurs réformes économiques et à augmenter les dépenses budgétaires. Chez Franklin Templeton, Grzegorz Konieczny fait remarquer que la Roumanie pourrait quitter d'ici trois ans le groupe des marchés frontières pour entrer dans le groupe des marchés émergents " et qu'en dépit des récents dérapages budgétaires qui seront probablement corrigés prochainement, le pays a encore une chance de remplir les conditions pour rentrer dans la zone euro d'ici 2022 ". Grzegorz Konieczny souligne encore que, dans leur ensemble, " les économies d'Europe de l'Est ont réalisé de bonnes performances ces dernières années, avec une progression soutenue de la consommation domestique et une croissance globale qui a également constitué un facteur de soutien. Et dans l'ensemble, la plupart de ces marchés ont ignoré les incertitudes concernant le Brexit sur l'Union européenne ". En outre, la tendance est aujourd'hui à un renforcement des investissements à long terme en direction des pays d'Europe centrale, notamment sous l'impulsion du plan de développement de la Chine (One Belt One Road). De son côté, Moshin Memon pointe que les salaires affichent une progression rapide dans plusieurs pays, avec des taux de chômage historiquement bas dans plusieurs pays. " Ces marchés devraient rester bien orientés durant les prochains trimestres, notamment grâce au bon contexte économique dans la zone euro. Nous comptons aujourd'hui profiter du redressement des taux d'intérêt en nous positionnant sur les valeurs bancaires dans différents pays, ainsi que sur la hausse des dépenses en infrastructure. "