Le secteur de la gestion de patrimoine connaît un véritable bouleversement avec le développement de solutions automatisées. On compte aujourd'hui une dizaine de robots conseillers sur le marché belge. Si les premiers à s'être lancés sont des start-up ou des spécialistes de l'investissement en ligne, de grandes banques comme Belfius ou BNP Paribas Fortis disposent aujourd'hui aussi de leur robot conseiller.
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Le secteur de la gestion de patrimoine connaît un véritable bouleversement avec le développement de solutions automatisées. On compte aujourd'hui une dizaine de robots conseillers sur le marché belge. Si les premiers à s'être lancés sont des start-up ou des spécialistes de l'investissement en ligne, de grandes banques comme Belfius ou BNP Paribas Fortis disposent aujourd'hui aussi de leur robot conseiller. Outre la numérisation de l'économie, ce développement repose sur deux innovations du siècle dernier. La première et la plus importante, ce sont les fonds indiciels (ETF, trackers, etc.). Contrairement aux fonds classiques gérés activement par une équipe, ces produits se contentent de copier un indice de référence. Les plus connus sont les indices en actions comme le Stoxx Europe 600 ou le S&P 500 américain, mais il existe aussi des indices pour les marchés des obligations ou des matières premières. Les premiers fonds indiciels ont été lancés dans les années 1970, notamment par The Vanguard Group, fondé en 1974 par John Bogle. Les premières années, cette gestion dite passive est restée assez confidentielle, mais la tendance s'est accélérée depuis le début de ce siècle. Les fonds indiciels pèsent aujourd'hui plus de 11.000 milliards de dollars. Cet engouement résulte de la double constatation que plus de 90% des fonds actifs font moins bien que leur indice de référence et que les fonds indiciels sont nettement moins coûteux en termes de frais. La plupart des ETF affichent ainsi des frais de 0,1% à 0,5% par an contre une moyenne de plutôt 1% à 2% pour les fonds actifs. L'agence Bloomberg épingle aussi que Vanguard gère plus d'un quart des actifs de l'ensemble du secteur des fonds aux Etats-Unis, alors qu'elle ne représente que 5% des revenus du secteur. L'autre innovation remise au goût du jour par les robots conseillers est la théorie moderne du portefeuille, présentée en 1952 par Harry Markowitz, prix Nobel d'économie en 1990. Cette théorie d'élaboration de portefeuilles est basée sur la diversification. Elle postule notamment que les différents titres d'un portefeuille doivent être sélectionnés et pondérés selon leur corrélation afin d'obtenir le meilleur couple risque-rendement possible. La plupart des acteurs se basent sur cette théorie (y apportant des ajustements et/ou en y adjoignant un comité de gestion) car elle permet d'automatiser la gestion via des algorithmes. Ce qui permet de réduire les coûts, tout comme le recours aux fonds indiciels. Pour Better Finance, la Fédération européenne des investisseurs et des usagers des services financiers, "le succès des robots conseillers repose sur leur capacité à maintenir des coûts bas, et à cet égard, ils ne déçoivent pas. Leurs services restent bien moins chers que ceux de leurs homologues traditionnels, tels que les banques, les conseillers financiers et les gestionnaires d'actifs." Lors de sa dernière enquête annuelle, Better Finance épinglait également que "la plupart des robots conseillers examinés affirment clairement ne pas être sujets aux mêmes conflits d'intérêts que les conseillers traditionnels, dont la plupart sont rémunérés par des commissions pour la vente de certains produits. Outre le coût peu élevé des services offerts par les robot conseillers, la quasi-absence de commissions ou d'avantages financiers se traduit aussi généralement par des produits moins chers." Ces coûts réduits rendent aussi la solution automatisée bien plus accessible avec des seuils d'investissement de 50 à 5.000 euros. Beaucoup proposent en outre des plans d'investissement réguliers afin de pouvoir commencer par de petites sommes plutôt que les déposer sur un compte d'épargne qui ne rapporte quasiment plus rien. L'autre avantage des solutions de gestion automatisée est leur relative simplicité, comme nous l'explique Corentin Scavée, cofondateur et head of customer satisfaction chez Easyvest. "Chaque investisseur commence par réaliser une simulation de plan d'investissement sur notre site. Il se soumet à une courte série de questions concernant son objectif et horizon d'investissement, son appétit pour le risque et les sommes qu'il veut mobiliser initialement et progressivement. L'investisseur dispose alors directement d'un plan détaillé déterminant le profil de risque optimal et l'allocation correspondante. Tous les portefeuilles recommandés sont composés des mêmes briques élémentaires, à savoir un fonds indiciel d'actions mondiales et un autre comportant des obligations gouvernementales de la zone euro. L'expérience financière et la taille du patrimoine n'impactent pas la composition du portefeuille recommandé." Better Finance souligne toutefois que "malgré leur coût réduit et leur facilité d'accès pour les investisseurs non professionnels, il est important de garder à l'esprit que les robots conseillers ont recours à des produits et des services qui nécessitent que les clients aient des connaissances financières et soient familiers avec certains concepts financiers afin d'appréhender pleinement les solutions proposées." Comme tout placement, un investissement via un robot conseiller doit donc être mûrement réfléchi. L'investisseur doit notamment prendre conscience que les algorithmes basés sur la théorie moderne de portefeuille sont destinés à améliorer un peu le rendement ajusté aux risques sur le long terme. Mais ils n'offrent pas de réelle protection contre la volatilité des marchés comme l'explique notamment Corentin Scavée. "Notre approche de l'investissement consiste à suivre le marché, que ce dernier soit haussier ou baissier, précise-t-il. Essayer de timer le marché, comme le font les gestionnaires actifs traditionnels, est à nos yeux vain, source de stress élevé et néfaste pour le rendement à long terme. Les baisses de marché substantielles (plus de 20%) se produisent tous les trois à quatre ans et font partie intégrante du parcours d'un investisseur qui doit s'y préparer. Nous passons dès lors un temps considérable à expliquer à nos clients que les Bourses suivent une tendance haussière sur le long terme, mais qu'à court terme, tous les scénarios sont possibles et que rien n'est prévisible." Enfin, ne foncez pas tête baissée vers le premier robot conseiller venu ou ne vous focalisez pas uniquement sur son volet "frais". Même si les principes de base sont souvent comparables, chaque acteur tente de singulariser son offre. Easyvest propose par exemple également des produits de pension complémentaire pour les indépendants/dirigeants d'entreprise: engagement individuel de pension (EIP), pension libre complémentaire des indépendants (PLCI), convention de pension pour travailleur indépendant (CPTI), contrat Inami. Pour ses profils dynamique, modéré ou défensif, Birdee dispose, lui, de trois options thématiques: petites et moyennes capitalisations, entreprises biotechnologiques et sociétés immobilières. Saxo Bank Wealth Care propose pour sa part une option Durable+ pour ses différents profils, alors que d'autres robots conseillers ont directement recours à des fonds indiciels intégrant des critères de durabilité. Par exemple BNP Paribas Fortis ou Birdee. Quant à Keyprivate, il a étendu la gamme d'actifs dans les portefeuilles avec des ETF sur l'or et les métaux industriels en plus des traditionnels marchés des actions et des obligations. Enfin, mentionnons le plan d'investissement de MeDirect, qui se distingue à plusieurs titres. Tout d'abord, il est basé sur des fonds actifs de grands gestionnaires (Legg Mason, Robeco, Comgest, BGF, etc.) - qui ont toutefois plutôt fait moins bien que les indices de référence depuis 2016. Ensuite, MeDirect s'est allié à Morningstar, spécialiste de l'évaluation des fonds, pour la gestion.