Le premier fonds indiciel coté en Bourse a vu le jour en 1993, avec le lancement du SPDR - prononcez " Spider " - S&P 500 Trust ETF par State Street Global Advisors. Ce tracker répliquait les performances de l'indice S&P500 des 500 plus grandes entreprises américaines. Le Spider américain est toujours l'ETF le plus grand et le plus populaire au monde.
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Le premier fonds indiciel coté en Bourse a vu le jour en 1993, avec le lancement du SPDR - prononcez " Spider " - S&P 500 Trust ETF par State Street Global Advisors. Ce tracker répliquait les performances de l'indice S&P500 des 500 plus grandes entreprises américaines. Le Spider américain est toujours l'ETF le plus grand et le plus populaire au monde. Mais depuis 2018, les investisseurs belges ne peuvent plus investir dans le plus ancien ETF au monde. " C'est très regrettable pour eux, mais la réglementation européenne interdit désormais aux courtiers de vendre des produits pour lesquels ils ne peuvent présenter de Kid (Key Information Document, document d'information clé) européen ", explique Hans Heytens, directeur de la recherche et gestionnaire pour la société anversoise Merit Capital. La réglementation a ainsi contraint les intermédiaires belges à retirer de leurs catalogues des milliers d'ETF pour lesquels un tel document n'est pas disponible. Il s'agit principalement d'ETF américains. " Ce sont souvent les trackers les plus liquides, poursuit Hans Heytens. Mais aussi ceux qui facturent les frais les plus bas. A présent, les investisseurs en sont parfois réduits à se tourner vers des équivalents européens un peu plus chers. Mais il arrive même que ceux disposant d'un Kid n'existent pas, ce qui coupe de facto l'accès à certains actifs. Je présume que le lobby des banques - qui aiment vendre leurs propres fonds - n'est pas étranger à la mise en place de cette réglementation. " Pour Jan Longeval, conseiller financier indépendant, les ETF sur actions américaines ne sont de toute manière pas intéressants pour les investisseurs particuliers belges. " La législation outre-Atlantique oblige les trackers américains à distribuer des dividendes. L'investisseur belge sera alors imposé deux fois sur ces dividendes : 15% par les Etats-Unis, puis 30% par la Belgique. En d'autres termes : il y perd la moitié de son rendement de dividende. Les trackers européens sont certes plus chers, mais pas tellement. Pour les petits investisseurs belges, il est donc préférable d'opter pour un tracker européen de capitalisation. " Pour rappel, un tracker de capitalisation est un ETF qui réinvestit les dividendes qu'il perçoit. Un fonds qui verse des dividendes est, lui, appelé fonds de distribution. " Personnellement, j'investirais la moitié de mon portefeuille d'actions en trackers, et l'autre moitié en fonds à gestion active, explique Hans Heytens. Les trackers se prêtent parfaitement à certains investissements. Je pense par exemple aux ETF qui suivent des indices des actions et obligations très liquides et permettent de donner un certain poids à des régions ou secteurs spécifiques dans votre portefeuille. Souvent, un investissement indiciel est déjà une forme d'investissement actif. Prenez par exemple le S&P500 et d'autres indices qui sélectionnent notamment les actions sur la base de leur capitalisation boursière. Avec ces indices, vous n'achetez pas l'ensemble du marché américain, mais un panier de 500 actions dont la composition évolue avec le temps. Les perdants sortent et les gagnants restent. C'est une sorte de stratégie de 'momentum', et c'est la raison pour laquelle il est difficile de battre l'indice. " Ce raisonnement peut également s'appliquer aux obligations. " N'hésitez pas à acheter un iShares Euro Aggregate Bond Ucits ETF si vous voulez investir dans des titres européens de qualité, conseille le gestionnaire. En revanche, je laisserais les obligations convertibles, les obligations des pays émergents ou les obligations d'entreprise moins bien notées à un gestionnaire de patrimoine actif. Optez alors pour un fonds d'investissement présentant des frais réduits. C'est la base. " Il souligne que chez Vanguard, un des pionniers de l'investissement passifs, les fonds à gestion active battent les trackers à bas coûts. Pour des styles ou stratégies d'investissement spécifiques, Hans Heytens éviterait de toute façon les ETF. " Dans ce domaine, certains gestionnaires de portefeuilles actifs sont simplement meilleurs. " Le smart beta ou investissement factoriel a pourtant beaucoup gagné en popularité ces dernières années - il consiste à rechercher les facteurs qui font que certaines actions sont plus performantes que le reste du marché. C'est le cas du " momentum ". Les actions de valeur qui surperforment les actions de croissance et les petites capitalisations qui battent les grandes capitalisations en sont d'autres. Dans son livre Dieu ne joue pas aux dés avec la Bourse, Jan Longeval recommande l'investissement factoriel à l'aide d'ETF. Il y voit pour les investisseurs une façon d'acheter une gestion active à des frais nettement inférieurs que ceux facturés par les fonds d'investissement à gestion active. Hans Heytens reconnaît qu'il était également de cette opinion auparavant. " Je suis cependant arrivé au constat que les fabricants d'indices utilisent des définitions très différentes des facteurs, et que ces définitions ne sont pas toujours aussi solides. " Prenons par exemple la qualité. On dit qu'à terme, elle remonte toujours à la surface. Or, selon Hans Heytens, une croissance de dividendes, des dettes réduites ou de fluctuations minimes de bénéfices n'offrent aucune garantie de qualité, alors que ce sont souvent les critères sur lesquels les fabricants d'indices se fondent pour sélectionner des actions. " Des marges bénéficiaires élevées et solides, peu de différence entre les cash-flows et le bénéfice brut - preuve que l'entreprise n'a guère recours à des artifices comptables - et une croissance lente et interne du bilan sont des critères plus justes ", affirme-t-il. Jan Longeval est moins sévère avec les fabricants d'indices, par exemple MSCI. Selon lui, ceux-ci se fondent effectivement sur la littérature académique pour fixer les critères du facteur qualité. " Ces critères n'offrent certes aucune garantie de surperformance, mais ils ont le mérite d'être objectifs. Il n'en reste pas moins qu'il n'existe pas de définition académique univoque de la qualité, alors que cette définition existe pour le facteur valeur (soit le ratio prix / valeur comptable. " Le conseiller ajoute encore qu'on utilise aussi des définitions très variables de la qualité dans le monde des gestionnaires de fonds actifs. Selon Hans Heytens, Robeco et Dimensional Fund Advisors sont deux maisons de fonds qui appliquent de meilleures définitions et peuvent battre les ETF smart beta avec leurs fonds à gestion active. " Si vous voulez faire du value investing, de l'investissement dans la valeur, optez par exemple pour les fonds de Value Square. Ce sont des gens qui investissent avec un horizon à très long terme et à partir d'une profonde conviction qu'il faut acheter des actions de qualité qui sont sous-valorisées. " Ilse De Witte