Depuis le milieu des années 2010, les fonds exposés sur l'agriculture ont progressivement disparu de l'offre des gestionnaires d'actifs. Les problématiques liées à la spéculation sur les matières premières agricoles avaient progressivement détourné les investisseurs de ces produits. A l'exception d'un produit proposé par DWS, l'ensemble des fonds "agricoles" a été orienté sur de nouvelles approches thématiques beaucoup plus compatibles avec les exigences de durabilité, comme le segment de la nutrition et du bien-être ou celles qui cherchent à s'exposer sur l'ensemble de la chaîne alimentaire.
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Depuis le milieu des années 2010, les fonds exposés sur l'agriculture ont progressivement disparu de l'offre des gestionnaires d'actifs. Les problématiques liées à la spéculation sur les matières premières agricoles avaient progressivement détourné les investisseurs de ces produits. A l'exception d'un produit proposé par DWS, l'ensemble des fonds "agricoles" a été orienté sur de nouvelles approches thématiques beaucoup plus compatibles avec les exigences de durabilité, comme le segment de la nutrition et du bien-être ou celles qui cherchent à s'exposer sur l'ensemble de la chaîne alimentaire. C'est ainsi que Pictet Nutrition, DPAM Invest Sustainable Food, BNP Paribas Smart Food ou BlackRock Nutrition affichent des historiques de performances supérieurs à 10 ans, alors que la création de ces stratégies (ou plutôt la réorientation de leur politique d'investissement) remonte à (environ) cinq ans. Dans le même temps, plusieurs autres produits ont fait leur apparition ces dernières années, avec des historiques de performance beaucoup plus courts, que ce soit CPR Invest-Food for Generation de CPR Asset Management (Amundi) en 2017, Allianz GIF-Food Security en 2020, Schroders ISF Global Sustainable Food & Water en 2021 ou LO New Food Systems (lire encadré ci-dessous) dont la création remonte à quelques semaines. Il s'agit donc d'un véritable nouveau segment qui a fait son apparition ces dernières années et qui compte aujourd'hui une petite dizaine de produits avec des stratégies d'investissement (relativement) similaires. Les actifs sous gestion de ces produits ont eu tendance à augmenter fortement, et tournent désormais autour de 6 milliards d'euros pour l'ensemble des fonds repris dans notre tableau. Alors que les fonds "agriculture" traditionnels avaient une forte exposition sur le secteur chimique (notamment sur les producteurs de fertilisants et de pesticides) avec pour conséquence un comportement très cyclique des cours, les fonds spécialisés sur les nouvelles tendances alimentaires vont plutôt aborder le secteur agricole par le biais de l'agriculture de précision, avec une volatilité qui est moins prononcée et une meilleure résistance au cycle économique. Cette tendance s'exprime par la présence d'un groupe comme John Deere dans un grand nombre des principales positions des différents fonds. Le groupe américain a en effet intégré dans ces machines des solutions qui permettent aux tracteurs de travailler de manière autonome sur les champs sous la supervision d'une personne et de n'utiliser des produits chimiques que sur les zones des champs qui en ont vraiment besoin en utilisant un guidage satellite. Ceci permet de réduire très fortement l'utilisation de fertilisants et de pesticides tout en augmentant les rendements des cultures. Stéphane Soussan, gestionnaire du fonds chez CPR Asset Management, souligne que sa stratégie vise les groupes qui vont permettre de répondre aux besoins alimentaires croissants de la population mondiale, avec une sélection qui va viser notamment l'optimisation des rendements agricoles ou l'augmentation des surfaces cultivables. "Une grande partie de nos encours sont exposés sur des secteurs marginalement influencés par les cours sur les marchés des matières premières agricoles, qui devraient rester élevés durant les prochains trimestres." CPR Invest-Food For Generations est exposé sur six segments, dont trois sont plus défensifs et liés à la consommation et trois plus orientés sur la croissance et le cycle, mais qui pèsent moins lourd dans l'exposition sectorielle. "Ceci nous permet d'avoir un profil plus résistant et moins volatil car les secteurs plus défensifs sont plus proéminents, et de pouvoir orienter le positionnement sectoriel en fonction de nos attentes sur la macroéconomie", explique Stéphane Soussan. En tête des performances sur trois ans, c'est le fonds proposé par Degroof Petercam Asset Management qui a dégagé la meilleure performance avec une progression de 10%. "L'objectif du fonds vise les sociétés développant des solutions pour une agriculture plus durable et plus respectueuse de la biodiversité. Nous cherchons également à promouvoir les innovations visant une transition vers une consommation alimentaire plus saine et durable, tout en réduisant le gaspillage", indique Ignace De Coene, gestionnaire du fonds. Tous les fonds de notre tableau vont avoir une concentration assez élevée de leur portefeuille, généralement autour d'une cinquantaine de positions, avec une large prédilection pour les petites et moyennes capitalisations qui représentent généralement de 50 à plus de 70% des encours. Enfin, au niveau géographique, c'est l'Europe et les Etats-Unis qui sont les plus fortement représentés, avec plus de 90% des actifs sous gestion pour la quasi-totalité des fonds. Au niveau des performances boursières, l'année 2022 a permis d'assister à une bonne résistance de la plupart de ces stratégies, qui ont très largement surperformé des indices comme le S&P 500 (-11%), le MSCI World (-13%) ou l'EuroStoxx 50 (-14%), avec un rebond assez net des performances depuis le début de l'été dans la foulée des marchés boursiers mondiaux. Ignace De Coene précise que "de nombreuses positions ont enregistré des progressions supérieures à 10% durant le mois écoulé, par exemple les spécialistes des équipements agricoles ou un groupe comme Tomra (un spécialiste dans les machines qui récupèrent les bouteilles usagées en verre ou en plastique, Ndlr) dont le cours s'est nettement redressé suite à la tenue de son Capital Market day en juin dernier". Pour les prochains mois, les craintes sur le secteur alimentaire concerneront clairement la manière dont les groupes vont être en mesure de transférer la hausse des prix pour certaines matières premières vers les clients, avec des résistances de plus en plus fortes de la part des clients et des distributeurs. Ignace De Coene affirme néanmoins "rester confiant dans la capacité des sociétés de son portefeuille de résister à la tendance des clients à reporter leurs achats vers des marques moins chères".