On s'en souvient, la sortie de la grande crise financière de 2008 avait été marquée par la croissance des fonds flexibles qui permettaient de limiter la casse lors des phases de correction boursière. Changement de ton ces dernières années, davantage confrontées à la montée en puissance des fonds thématiques. Ceux-ci étaient auparavant surtout proposés par quelques gestionnaires spécialisés mais rarement mis en avant par les grandes sociétés de gestion, qui proposaient plus classiquement des fonds sectoriels. L'engouement des clients a cependant totalement changé la donne, et il n'existe pratiquement plus un seul gestionnaire qui ne propose une gamme de fonds thématiques, principalement liés à la technologie (robotique, digitalisation, disruption, intelligence artificielle) ou aux enjeux durables (efficience énergétique, transition climatique). Une tendance qui, en 2022, ne semble guère près de se ralentir.
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On s'en souvient, la sortie de la grande crise financière de 2008 avait été marquée par la croissance des fonds flexibles qui permettaient de limiter la casse lors des phases de correction boursière. Changement de ton ces dernières années, davantage confrontées à la montée en puissance des fonds thématiques. Ceux-ci étaient auparavant surtout proposés par quelques gestionnaires spécialisés mais rarement mis en avant par les grandes sociétés de gestion, qui proposaient plus classiquement des fonds sectoriels. L'engouement des clients a cependant totalement changé la donne, et il n'existe pratiquement plus un seul gestionnaire qui ne propose une gamme de fonds thématiques, principalement liés à la technologie (robotique, digitalisation, disruption, intelligence artificielle) ou aux enjeux durables (efficience énergétique, transition climatique). Une tendance qui, en 2022, ne semble guère près de se ralentir. Trois gestionnaires de fonds internationaux ont récemment fait le déplacement à Bruxelles à l'occasion du Thematics Forum, pour proposer les nouveautés de leur gamme. Il s'agit donc de produits qui n'ont pas encore un historique de performance étendu, mais qui proposent des approches dont l'émergence a été soutenue ou renforcée par le contexte sanitaire et géopolitique de ces derniers mois. Chez Allianz Global Investors, c'est la sécurité qui est mise en avant. Mais contrairement à certains produits dont l'appréciation de la thématique sera relativement large et qui investiront par exemple également dans la sécurité alimentaire ou physique, Allianz Cyber Security s'intéresse exclusivement à la sécurité en ligne. "Ce thème s'est peu à peu imposé sur le devant de la scène durant les deux dernières années", rappelle Johannes Jacobi, senior product specialist du fonds. L'épidémie de coronavirus a en effet forcé une grande partie de la population à travailler à partir de son domicile, ce qui a posé de nombreux problèmes aux entreprises, forcées de multiplier les points d'accès à leur réseau. "Les investissements pour renforcer la sécurité des données ont dès lors explosé." Depuis le début 2022, c'est la guerre en Ukraine qui est venue renforcer ce besoin des entreprises de protéger leurs données. "En 2020, le coût moyen d'une violation de données était estimé à 3,86 millions de dollars, et il fallait environ 207 jours avant de l'identifier, avec des risques importants de perdre la confiance des consommateurs et des investisseurs", poursuit Johannes Jacobi, qui estime que les investissements sur cette thématique devraient encore augmenter d'au moins 100 milliards de dollars durant les prochaines années. Allianz Cyber Security vise une exposition sur cette thématique grâce à un portefeuille de 48 positions, pondérées en fonction des convictions fortes de l'équipe de gestion qui affiche plusieurs décennies d'expérience dans le domaine de la cybersécurité. Bien sûr, le fonds a été mis sous pression depuis le début de l'année suite à la correction en cours sur les valeurs technologiques. "Nous avons davantage mis l'accent sur les entreprises qui dégagent déjà une bonne rentabilité. Le secteur va toutefois continuer d'être soutenu par une croissance annuelle moyenne attendue autour de 12,6% jusqu'en 2030", conclut le gestionnaire. Chez le britannique M&G, c'est le fonds M&G (Lux) Diversity & Inclusion qui était mis en avant à l'occasion du Thematics Forum. "L'idée vient du constat suivant: les entreprises qui possèdent une réelle politique d'ouverture en matière de diversité et d'inclusion ont tendance à réaliser de meilleures performances boursières que leurs concurrents", souligne Thembeka Stemela Dagbo, gestionnaire du fonds. M&G (Lux) Diversity & Inclusion va donc activement examiner la manière dont les entreprises traitent les femmes et les minorités ethniques, et ce sans se limiter au seul niveau de la direction. "Il faut que la politique d'inclusion se décline également dans l'ensemble de la structure hiérarchique. Elle doit en outre s'intéresser aussi à la manière dont sont traités les LGBT, les personnes souffrant d'un handicap, etc. Il s'agit en fait d'un fonds fortement exposé sur de nombreux objectifs du développement durable." Dans la pratique, M&G (Lux) Diversity & Inclusion va viser des entreprises dont le conseil d'administration est composé d'au moins 30% de femmes et/ou de membres de minorités ethniques, avec une politique progressive en place afin d'augmenter la diversité dans leur personnel. "Sur la partie Inclusion, nous visons un minimum de 15% des actifs sous gestion sur des groupes dont les produits et les services permettent de lutter contre les inégalités sociales", notamment sur des secteurs comme les logements sociaux, les systèmes de paiement mobile dans les pays en voie de développement ou l'accès à l'éducation. "Le fonds est davantage exposé sur les valeurs américaines, notamment car ces groupes sont plus en avance dans le domaine du traitement des minorités (ethniques, LGBT) par rapport à l'Europe, et font déjà beaucoup plus d'efforts au niveau de la collecte de données", conclut Thembeka Stemela Dagbo. Aspect social également au programme de Nordea Asset Management, qui présentait lors du forum son fonds Nordea 1 - Global Climate and Social Impact Fund. "Nous proposions déjà depuis plusieurs années le fonds Nordea 1 - Global Climate and Environment, un produit précurseur sur les enjeux climatiques dont la taille dépasse aujourd'hui les 11 milliards d'euros, mais qui est désormais fermé pour les nouveaux investisseurs", souligne Tanya Vasileva, senior product specialist. Lancé à la fin de l'année passée, ce nouveau fonds se propose de reprendre les meilleures convictions de son grand frère (qui représentent environ deux tiers des actifs sous gestion) et de compléter le portefeuille avec des acteurs spécialisés dans les enjeux sociaux. "Nous visons des expositions sur des entreprises actives sur des secteurs comme le logement social, l'éducation, la finance inclusive ou les soins de santé, et avec également une forte représentation parmi les objectifs du développement durable", poursuit la gestionnaire. "C'est un portefeuille plus mature, avec une exposition sectorielle plus large" que celle de son grand frère, atteste Tanya Vasileva, qui pointe que l'exposition sur la partie "sociale" s'opère principalement par le truchement des thématiques de la santé (11% des encours) et de l'inclusion (24% des encours). "Sur cette partie, nous allons par exemple investir dans des sociétés proposant des services télécoms en Afrique ou de l'éducation en ligne, des activités qui permettent de réduire l'exclusion de certaines populations défavorisées."