L'investissement durable continue de gagner du terrain dans les habitudes des gestionnaires de fonds, sous la pression réglementaire mais également sous la pression des clients institutionnels qui exigent de plus en plus que soient pris en compte des facteurs de risque qui étaient souvent ignorés par le passé. Le lancement des Objectifs de développement durable (ODD) par les Nations unies et l'Accord de Paris sur le climat en 2015 ont reçu un large soutien des grands investisseurs, et ont fini de convaincre les grands gestionnaires d'adopter les facteurs ESG dans leur analyse des sociétés.

" La prise en compte des facteurs ESG (environnement, social, gouvernance) permet d'être conscient des risques et des opportunités dans votre portefeuille ", souligne Ross McSkimming, investment director equities chez Aberdeen Standard Investments. " La grosse majorité des études publiées ont démontré un impact positif de la prise en compte des facteurs ESG sur la performance des portefeuilles, explique-t-il. Investir durablement va permettre d'améliorer la création de valeur sur le long terme pour les clients. "

Jane Ambachtsheer (BNP Paribas Asset Management)" Par le biais de notre gamme de fonds durables, nous cherchons à répondre à une majorité des objectifs pour le développement durable mis en place au niveau des Nations unies. © PG

Engagement

Une dimension qui a pris beaucoup d'importance est l'obligation pour les gestionnaires de faire un reporting régulier de leurs activités dans le domaine de l'investissement durable, et d'engager systématiquement les sociétés dans lesquelles ils investissent. Chez Axa Investment Managers, Raya Bentchikou, head of ESG business development, confirme que la poussée vers l'investissement durable est " liée à l'évolution réglementaire en Europe, qui incite les gestionnaires des fonds à intégrer les critères ESG dans leurs fonds disponibles au grand public, et à communiquer sur la manière dont le gestionnaire engage les directions des groupes ".

Le lancement des Objectifs de développement durable par les Nations unies et l'Accord de Paris sur le climat en 2015 ont fini de convaincre les grands gestionnaires d' adopter les facteurs ESG dans leur analyse des sociétés.

" Nous engageons les sociétés qui représentent 95% de nos actifs sous gestion pour les fonds actions", indique pour sa part Jane Ambachtsheer, responsable global sustainability chez BNP Paribas Asset Management. " Et nous ne nous contentons pas des problèmes liés au changement climatique, mais nous poserons également des questions au niveau social ou sur la gouvernance mise en place dans les sociétés, assure-t-il. Enfin, le vote est centralisé au niveau de notre équipe ESG, afin de renforcer le poids de nos interventions. "

Jane Ambachtsheer soutient également la mise en place d'un encadrement plus contraignant, notamment au sein de Climate Action 100+. Cette initiative, mise en place notamment par le grand fonds de pension californien Calpers, part de la constatation que 85% des émissions de CO2 proviennent d'une centaine d'entreprises. " Dans ce cadre, nous sommes responsables d'un engagement direct auprès de sept sociétés en vue de faire changer leurs comportements afin qu'ils tiennent compte des engagements pris dans le cadre des accords de la Cop21 de Paris. Les réglementations dans le domaine de l'investissement responsable ont eu tendance à augmenter fortement, d'une centaine de mesures en 2006 à plus de 300 à l'heure actuelle. C'est une tendance qui n'est pas près de ralentir. "

Raya Bentchikou (Axa Investment Managers)" Il faut que les investisseurs s'impliquent pour changer la trajectoire. " © PG

Impact

Si l'analyse sur base des facteurs ESG va largement se standardiser durant les prochaines années, ce sera surtout au niveau de l' impact investing que la différence va désormais se marquer entre les gestionnaires. Cette poche comprend notamment les fonds thématiques visant un impact positif sur la société, par exemple dans la constitution de portefeuille qui dégageront moins de carbone, ou qui gaspilleront moins de matières premières. " C'est à ce niveau que la différence va se faire, estime Raya Bentchikou. Cette poche représente 18 milliards d'euros dans nos actifs sous gestion, mais elle est appelée à progresser rapidement durant les prochaines années. "

Chez la Financière de l'Echiquier, Sonia Fasolo, gestionnaire de fonds durable, souligne que la nécessité d'avoir une offre dans l'ISR (investissement socialement responsable) s'est fait ressentir dès 2007, suite à diverses demandes en provenance de clients institutionnels. " Nous avons lancé en 2010 notre fonds Echiquier Environnement, qui est devenu par la suite Echiquier Positive Impact pour refléter une ambition plus importante dans la sélection de titres au sein du portefeuille, notamment en sélectionnant des entreprises qui vont permettre de réduire l'empreinte carbone du portefeuille ou le nombre de mètres cubes d'eau qui auront été économisés, précise la gestionnaire. Nous ambitionnons de diffuser dès 2019 un rapport d'impact pour notre portefeuille. "

Ross McSkimming (Aberdeen Standard Investments)" Investir durablement va permettre d'améliorer la création de valeur sur le long terme pour les clients. " © PG

Nations unies

Chez Aberdeen Standard Investments, l'heure est également à la mise en place de stratégies visant un impact positif sur la société, qui se basent sur les 17 objectifs pour un développement durable mis en place par les Nations unies. " Nous cherchons à avoir un impact positif sur un maximum de critères possible, comme par exemple le changement climatique, la baisse des inégalités ou la promotion d'une consommation plus durable ", indique Ross McSkimming. Nous ne chercherons donc par exemple pas à investir sur des sociétés où cet impact positif est une petite partie de l'activité, et où les investissements ne se dirigent pas vers un de ces objectifs. Nous plaçons la barre à un niveau assez élevé avant qu'une société puisse entrer dans notre univers d'investissement. Umicore est à ce titre une des sociétés les mieux notées de notre univers, par les solutions que le groupe offre dans le recyclage des batteries pour les véhicules électriques. "

" Par le biais de notre gamme de fonds durables, nous cherchons à répondre à une majorité des objectifs pour le développement durable mis en place par les Nations unies, avec une équipe centralisée qui comporte aujourd'hui 60 spécialistes dans l'intégration des critères ESG dans la gestion de fonds, déclare Jane Ambachtsheer. Nous avons beaucoup d'idées pour renforcer notre gamme de fonds durables., mais nous voulons être certains que ces nouveaux produits s'intégreront dans notre gamme existante. "

Viser les particuliers

" Alors que le marché de l'ISR s'est surtout développé grâce aux clients institutionnels, le potentiel réside aujourd'hui surtout chez les clients particuliers, indique Sonia Fasolo. Ce qui nécessite une approche plus tranchée en matière d'exclusion et d' impact investing. " Elle souligne également la nécessité d'engager la direction des groupes. Le scoring ESG sera dépendant des critères de gouvernance à 60% " car les problèmes au sein d'une entreprise découlent souvent de problèmes de gouvernance, comme nous l'avons encore récemment vu chez Renault ou chez Volkswagen ".

Raya Bentchikou indique que le but ultime de cette vague durable est de convaincre les sociétés à adopter un comportement vertueux. " Les enjeux sont aujourd'hui beaucoup trop importants. Ils impliquent la survie de nos sociétés. Les actions locales sont bien entendu importantes, mais elles ne seront pas suffisantes. Il faut que les investisseurs s'impliquent pour changer la trajectoire, et notamment les particuliers qui conservent encore souvent une vision déformée de l'investissement durable, en raison notamment de conseillers financiers qui ont encore souvent un manque de formation dans ce domaine. "