Nombreux sont ceux, jeunes et moins jeunes, qui ont découvert ou redécouvert le plaisir de boursicoter pendant le confinement. D'autant que les Bourses ont rebondi depuis le redressement de la mi-mars 2020.
...

Nombreux sont ceux, jeunes et moins jeunes, qui ont découvert ou redécouvert le plaisir de boursicoter pendant le confinement. D'autant que les Bourses ont rebondi depuis le redressement de la mi-mars 2020. "Le cours des actions s'est remis à fluctuer à la hausse et à la baisse. Les pics de volatilité sont des opportunités d'achat depuis quelques années mais rien ne dit que c'est encore le cas aujourd'hui. Ce pourrait aussi être l'amorce d'un revirement de tendance", dit Hans D'Haese, analyste chez ING. Ces investisseurs inexpérimentés sont-ils armés pour affronter une éventuelle correction ou un krach? Leurs portefeuilles d'investissement sont-ils assez solides? Autant de questions qui méritent notre attention à l'aube de 2022. Les holdings sont, à nos yeux, le moyen le plus sûr de diversifier ses investissements. La plupart ont été créés par des familles fortunées soucieuses d'optimiser la gestion de leurs avoirs. Aujourd'hui, ils permettent à chacun d'investir ses maigres économies, à l'instar des plus nantis. Un holding (ou société de portefeuille) diversifié investit dans un éventail d'entreprises, dont certaines cotées en Bourse (listed) et d'autres pas (private equity). Il le fait généralement aussi bien à l'étranger que dans le pays. Pas besoin donc d'investir dans des entreprises étrangères pour profiter des marchés émergents comme la Chine et l'Inde. "Ce fut le cas une fois de plus au début de la crise pandémique de 2020: grâce à la diversification, le recul des holdings belges s'est moins marqué que celui du Bel 20", constate Hans D'Haese. Précisons d'emblée que tous les holdings ne s'en sont pas aussi bien sortis. Entre le plafond du 14 février et le plancher du 13 mars, l'indice belge a dégringolé d'environ 35%. Sur la même période, Brederode n'a perdu que 18%, Gimv 15%, Sofina 12% et Floridienne 11%. GBL, le holding de feu Albert Frère, en revanche, a perdu 34%. Soit quasi autant que le Bel 20. GBL investit principalement dans les blue chips, autrement dit les grosses pointures comme la marque d'articles de sport Adidas, qui cotent en Bourse. "Or, plus les holdings possèdent de private equity en portefeuille, moins ils risquent d'être tirés vers le bas par les Bourses déprimées", répète Hans D'Haese. Avec les entreprises cotées, les investisseurs peuvent négocier le prix des actions chaque jour et décider de leur dévalorisation chaque jour. Dans le cas des entreprises non cotées, ce prix est plus difficile à fixer. "On obtient ainsi une sorte de tampon", résume l'analyste. En fait, la valorisation ne peut être calculée que quand ce genre d'entreprises collecte de l'argent frais auprès de grands investisseurs. "Prenez l'incroyable valorisation de la start-up technologique indienne Byju (21 milliards de dollars à la mi-novembre, Ndlr). Elle ne peut se faire qu'en léger différé, grâce aux levées de fonds. Devenu un pari sur les nouveaux confinements, ce spécialiste de l'enseignement à distance représente déjà 9 à 10% du portefeuille du holding Sofina. Et sa croissance compense largement l'effondrement du groupe britannique d'e-commerce The Hut Group, coté en Bourse, dont Sofina est aussi actionnaire minoritaire." Les autres holdings belges investissent davantage dans le private equity que GBL. "Le portefeuille de Gimv est constitué à 97% d'entreprises non cotées, à l'exception du groupe d'infrastructure Tinc et de modeste participations dans Onward et Biothalys, récemment entrées en Bourse, poursuit Hans D'Haese. Avec une soixantaine de participations différentes, correctement réparties de manière à ce qu'aucune ne représente plus de 10% des actifs nets, les risques sont raisonnablement répartis." Idem pour Brederode et Sofina qui investissent via des fonds private equity. Mais on l'a vu, Sofina investit aussi directement dans le private equity. Chez Brederode, celui-ci représente plus de 60% du portefeuille, chez Sofina même plus de 80% actuellement. Avec des entreprises non cotées comme SNAM (recyclage de batteries) et Biobest (protection biologique des cultures), Floridienne investit, lui, essentiellement dans des niches de marché. Notez que tous les holdings ne sont pas aussi diversifiés. "Le néerlandais Prosus est probablement le moins diversifié, prévient l'expert d'ING. Le groupe technologique chinois Tencent constitue plus de 80% des placements. C'est quasi un monoholding, un peu comme Tubize qui investit dans UCB ou KBC Ancora dans KBC. Et United Belgian Chocolate Group représente près de 50% du portefeuille du holding belge Bois Sauvage. Comme le chocolat se vend quasi exclusivement dans les boutiques hors taxe des aéroports, les ventes ont beaucoup souffert des limitations de déplacement." Le succès de Bois Sauvage auprès des investisseurs cette année est donc une fois de plus mitigé, d'autant que sa participation dans Recticel a été vendue à un prix sous-évalué. La participation de GBL dans les parcs de loisirs Parques Reunidos a, elle aussi, été mise sous pression par les innombrables mesures visant à endiguer la progression du virus. Mais le groupe de parcs de loisirs ne représente que des "cacahuètes dans le portefeuille intelligemment diversifié de GBL", dixit Hans D'Haese. Ackermans & van Haaren n'est pas beaucoup plus diversifié, poursuit l'analyste. "Le groupe de construction et de dragage CFE représente grosso modo un tiers du portefeuille, les banques privées le deuxième tiers et les autres participations comme celle dans le groupe immobilier Nextensa et la société d'huile de palme Sipef, le dernier tiers." Début décembre, CFE a annoncé l'entrée en Bourse distincte de l'entreprise de services maritimes Deme à l'été 2022, ce qui ne change fondamentalement rien à la répartition du portefeuille. A noter que D'Ieteren oeuvre également à sa diversification. Le holding qui chapeaute la société de vitrages automobiles Belron a acquis cet été le spécialiste belge des véhicules industriels TVH Parts. Mais on est encore loin du compte.Si vous achetez des actions de différents holdings dans un but de diversification, veillez aussi à ce que les portefeuilles de ces derniers ne se ressemblent pas trop. "Le portefeuille de participations d'entreprises non cotées de Brederode ressemble à celui de Sofina, même si sa communication est radicalement différente, illustre Hans d'Haese. Et en matière de participations cotées, le portefeuille de Brederode est très similaire à celui de GBL, avec de grandes entreprises connues. Mais ici, c'est la gestion des avoirs qui est complètement différente. GBL veut avoir son mot à dire et prouver sa plus-value en tant qu'actionnaire tandis que Brederode est plutôt du genre actionnaire passif." Attention, toutefois: même les holdings hyper-diversifiés comme Sofina et Brederode ne sont pas à l'abri d'une déconvenue, comme un changement notable dans les taux d'intérêt. "Si vous misez sur de plantureux bénéfices de la part des nombreuses sociétés technologiques et en pleine croissance, une hausse de ces taux d'intérêt peut peser lourd sur la valorisation, tempère Hans D'Haese. Au stade actuel, il est peu probable que les marchés obligataires tiennent compte de l'inflation galopante.". Et l'analyste de se fendre d'un dernier conseil: "Hal, le holding néerlandais qui a différé l'introduction en Bourse de la chaîne d'électroménager en ligne Coolblue il y a quelques mois et qui a porté en Bourse l'opticien GrandVision en 2015 est aujourd'hui constitué de cash quasi pour moitié, après la vente de ses participations dans GrandVision en début d'année. Si vous êtes de ceux qui prévoient un crash boursier, Hal est une option assez sûre. Soyez certain que le holding investira ses liquidités dès que l'opportunité s'en présentera."