Les fonds investis en actions européennes ont généralement affiché des performances décevantes sur le premier semestre. Sur la catégorie des grandes capitalisations de croissance (qui est celle qui a le plus grimpé sur les six premiers mois de l'année), la plupart des produits n'ont pas dégagé une performance supérieure à 5 %. Pour autant, les gestionnaires continuent d'estimer que les actions européennes devraient connaître de meilleurs jours durant les prochains trimestres.

Attention au Brexit

" Dans le monde anglo-saxon, les opinions divergent concernant l'Europe, souligne Tim Stevenson, directeur de la gestion en actions paneuropéennes chez Janus Henderson Investors et gestionnaire du fonds Janus Henderson Horizon Pan European Equity Fund. Malheureusement, cette situation résulte essentiellement d'un manque de connaissance ou de compréhension des opportunités qu'offre la région, voire de la stratégie d'investissement à adopter. L'Europe ne se résume pas à Nestlé et Volkswagen. "

Il souligne également que la zone euro a traversé une crise profonde, qui a poussé des changements de taille dans certains pays comme l'Espagne, le Portugal ou l'Irlande. " Ils récoltent maintenant les fruits de ce travail de la première heure. " Et d'estimer que dans le cadre du Brexit, il est probablement avisé d'éviter les actions britanniques lors les prochains mois. " Dans notre stratégie paneuropéenne, nous maintenons une nette sous-pondération sur les actions britanniques. "

Champions européens

Parmi les sociétés qu'il apprécie dans le contexte actuel, il souligne par exemple les perspectives offertes par un gestionnaire d'actifs comme Amundi, dans un contexte où le vieillissement de la population pousse de nombreux particuliers à épargner davantage pour faire face aux besoins futurs, notamment la pension. " L'Europe abrite de nombreuses entreprises de pointe au niveau mondial, comme par exemple Amadeus, le principal fournisseur de solutions informatiques à l'industrie mondiale du tourisme et du voyage. De même, un grand nombre de sociétés à travers le monde utilisent les systèmes de gestion de SAP depuis des décennies. "

Tim Stevenson estime également que les Anglo-Saxons sont parfois trop critiques quant à la moindre rentabilité des sociétés du Vieux Continent. " Les entreprises européennes préféreront souvent investir dans des projets à plus long terme plutôt que d'augmenter les versements aux actionnaires. Si le volume des rachats d'actions a augmenté sur les 30 dernières années, ils sont loin de constituer la principale contribution à la croissance du résultat par action. "

Conflits commerciaux

De son côté, Tom Stubbe Olsen, gestionnaire du fonds Nordea European Value Fund , souligne qu'il y a trois importants facteurs à conserver à l'esprit avant d'investir actuellement sur les actions européennes. Tout d'abord, il estime que des droits de douane américains sur les importations de voitures seraient un signal très négatif, plus particulièrement pour l'économie allemande.

" Et par ricochet, c'est l'ensemble du contexte économique européen qui sera affecté par une telle mesure, avec pour conséquence une hausse de l'inflation et des taux d'intérêt à moyen terme", analyse-t-il. Et d'ajouter : " une guerre commerciale n'a jamais eu pour conséquence d'augmenter la richesse des nations qui y participent, et nous sommes inquiets de l'agenda essentiellement politique adopté actuellement par la présidence américaine. " Il souligne que, dans ce contexte, investir sur des sociétés protégées par des marques solides et qui peuvent protéger leurs marges en remontant leurs prix, constitue une manière de protéger son épargne.

Tom Stubbe Olsen estime également que la normalisation de la politique monétaire européenne constituera une nouvelle favorable pour les marchés financiers européens. " Ceci devrait permettre de corriger la mauvaise allocation du capital causée par l'assouplissement monétaire prôné par la Banque centrale européenne. La perspective d'une croissance économique plus solide devrait être de nature à soutenir les cours. " Il souligne toutefois que des délais dans cette normalisation pourraient survenir, notamment en raison des développements en Italie.

Enfin, Tom Stubbe Olsen rappelle également que la période des résultats pour le deuxième trimestre a été globalement bien accueillie et a permis d'oublier quelque peu les développements politiques dans le Sud de l'Europe. " Après un premier trimestre qui avait souffert d'un fort impact des devises, l'impact des taux de change s'est quelque peu atténué. Il y a aujourd'hui des indications d'une amélioration dans le cycle des investissements, avec notamment une très forte progression des indices manufacturiers en France. "

Comgest reste une valeur sûre

Parmi les quelques rares fonds en actions européennes qui sont parvenus à dégager une performance supérieure à 10 % sur le premier semestre, nous trouvons pas moins de trois fonds du gestionnaires parisien Comgest, un spécialiste dans la gestion active et dans la sélection de titres qui vont dégager des performances attractives sur le long terme : Comgest Growth Europe (grandes capitalisations), Comgest Growth Europe Opportunities (grandes et moyennes capitalisations) et Comgest Growth Europe Smaller Companies (moyennes capitalisations). Les gestionnaires de ces trois fonds adoptent des stratégies d'investissement très concentrées (généralement autour d'une trentaine de positions dans chaque fonds) avec une faible rotation des lignes et des décisions qui sont prises collégialement par les équipes de gestion (souvent trois gestionnaires par fonds).

Chez Comgest Growth Europe, dont les actifs sous gestion dépassent les 2,5 milliards d'euros, l'accent est mis sur des sociétés comme Amadeus, Essilor, Coloplast, Heineken, SAP, Novo Nordisk ou Lindt. Pour Arnaud Cosserat, gestionnaire de ce fonds, " les tensions existantes entre les Etats-Unis, l'Europe et la Chine ont engendré de l'incertitude et ont freiné la confiance des consommateurs et des chefs d'entreprise ", même s'il souligne que les prévisions d'une croissance des résultats supérieure à 10 % pour 2018 semblent se confirmer.

Comgest Growth Europe Opportunities est plus flexible dans son exposition, et affiche actuellement plus de 50 % de ses 650 millions d'euros en actifs sous gestion sur des moyennes capitalisations, avec des sociétés telles que Wirecard, ASML, Lonza, Fresenius, Sartorius Stedim Biotech ou Christian Hansen. " Wirecard a soutenu fortement notre performance durant les dernières semaines, après avoir annoncé une augmentation supérieure à 40 % pour son chiffre d'affaires et de son résultat net durant le premier semestre, souligne son gestionnaire Frank Weis.

Enfin, Comgest Growth Europe Smaller Companies est le plus petit des trois fonds (avec des actifs sous gestion tournant autour de 320 millions d'euros), mais il a affiché une progression supérieure à 21 % depuis le début de l'année. Le portefeuille est concentré sur 28 positions, avec des noms tels que SimCorp, Sartorius Stedim Biotech, Stratec Biomedical, Just Eat, Straumann Holding ou Halma ; soit un positionnement sectoriel qui va privilégier la technologie et les soins de santé. " Notre performance récente a été soutenue par Sartorius, dont la direction a relevé ses attentes pour l'exercice en cours ", souligne sa gestionnaire Eva Fornadi.