Après avoir rencontré une passe difficile durant le quatrième trimestre 2018, les fonds technologiques ont enregistré un net rebond durant les trois premiers mois de 2019, effaçant au passage les pertes de l'exercice précédent. Sur un horizon de trois ans, les performances annualisées se sont déjà largement redressées au-dessus de 20% pour la plupart des meilleurs produits. Mieux même, sur un horizon de cinq ans, les performances annualisées des cinq meilleurs fonds se tiennent toutes entre 21 et 23%.

En tête du groupe, nous trouvons le fonds JP Morgan-US Technology, spécialisé sur les sociétés américaines. Greg Tuorto, gestionnaire, souligne que la croissance américaine devrait rester soutenue durant les prochains trimestres, " avec des valorisations sur le secteur qui restent raisonnables par rapport aux moyennes historiques. Nous investissons sur une série de thèmes de croissance qui soutiendront la progression de certains sous-secteurs sur le long terme ", comme les véhicules électriques / autonomes, les paiements électroniques, la transformation digitale vers le cloud ou l'intelligence artificielle.

Parmi les principales positions du fonds, nous trouvons ainsi de grands noms tels qu'Alphabet ou Microsoft, mais pas Facebook ou Apple. Le fonds est fortement exposé sur le cloud et sur les logiciels avec des titres comme Salesforce.com, ServiceNow ou Autodesk, et très largement sous-pondéré sur le matériel. " Au début de 2019, les entreprises américaines comptaient consacrer davantage de budget à leurs besoins IT durant les prochains trimestres ", explique à ce sujet Greg Tuorto.

Poids américain

Le Franklin Technology Fund est un des rares produits à afficher la note de cinq étoiles chez Morningstar, avec une stratégie centrée sur 70 positions disposant de fortes perspectives de croissance. " Nous avons logiquement un biais vers les petites et moyennes capitalisations ", souligne Jonathan Curtis, gestionnaire du fonds, qui porte notamment une attention particulière aux entreprises disruptives actives dans la transformation digitale des économies modernes. " Tous les secteurs économiques doivent aujourd'hui tenir compte d'une possible disruption de leur modèle. "

L'approche de gestion du Franklin Technology Fund intègre une vision à long terme, avec une durée de rétention des positions qui tournera entre trois et cinq ans. L'équipe est située intégralement dans la Silicon Valley, avec des conséquences importantes sur la composition du portefeuille. Le poids des actions américaines y est en effet élevé, soit près de 90% des actifs sous gestion. En outre, une petite partie des actifs sous gestion (environ 2%) est investie dans des entreprises non cotées qui devraient être introduites en Bourse durant les prochaines années.

Exposition sectorielle

Comme pour le fonds de JP Morgan AM, celui de Franklin Templeton a exposé une partie importante de son portefeuille sur le cloud qui représente entre 15 et 20% des actifs sous gestion. " Nous estimons que la taille de ce marché devrait significativement grandir durant les prochaines années ", poursuit Jonathan Curtis. Nous retrouvons également les grands acteurs des SaaS (S oftware as a Service) comme ServiceNow ou Salesforce.com, un segment qui représente plus de 20% de l'exposition sectorielle, en raison notamment de la très bonne visibilité sur les résultats futurs. Alison Porter, gestionnaire du fonds Janus Henderson Global Technology, insiste, elle, sur deux grandes opportunités actuelles sur le secteur technologique. " Les millennials constituent la première grande tendance, avec une nouvelle manière d'interagir avec la technologie différente de la génération précédente. La seconde concerne le développement des intelligences artificielles. L'approche durable a également tendance à prendre de l'importance, notamment par le biais des véhicules électriques ou par les grands groupes qui ont décidé d'améliorer l'efficience énergétique dans les data centers. "

Valorisation

" La valorisation actuelle nous semble honnête à l'heure actuelle, souligne encore Alison Porter. Il y a toutefois une polarisation très importante entre les prix raisonnables payés pour certaines grandes capitalisations et ceux, souvent excessifs, pour des groupes qui ne seront éventuellement rentables que d'ici 5 à 10 ans. Dans ce secteur plus particulièrement, il faut éviter les effets de mode et rationaliser les valorisations. "

Jonathan Curtis, du fonds de Franklin Templeton, rappelle quant à lui le caractère raisonnable de la valorisation du secteur technologique, et indique combien elle se révèle encore plus favorable si on tient compte du niveau très important des liquidités actuellement au bilan des grands noms du secteur. " De ce point de vue, la valorisation est en ligne avec le S&P500, même si les perspectives de croissance sont meilleures. "

Réglementations

Les menaces réglementaires constituent un des principaux points d'interrogation. Alison Porter, de Janus Henderson, explique que de nombreux arguments militent pour une division de ces groupes. Mais que de cet éclatement éventuel pourrait découler beaucoup de valeur pour les investisseurs. " Un groupe comme Alphabet n'est aujourd'hui qu'un gros conglomérat dont la somme des parties est supérieure à celle du groupe. " Alison Porter estime toutefois peu probable qu'une telle éventualité se produise. " Du point de vue américain, dans un contexte de guerre commerciale avec la Chine, il n'y a probablement pas une grande envie de voir ces groupes exploser. " Et de souligner qu'une des manières pour éviter une dislocation sera probablement une taxation plus juste de leurs importants bénéfices.

Nouveau fonds fintech

Le secteur des fonds technologiques se voit récemment ajouter de nouveaux produits. Avec Robeco Global Fintech Equities, le gestionnaire néerlandais vise une zone thématique qui est encore relativement peu abordée par les autres gestionnaires. Jeroen van Oerle, gestionnaire du fonds, souligne que le portefeuille sera investi sur trois grandes poches : des sociétés leaders, des challengers, et des facilitateurs (sociétés de logiciels dont la majorité des revenus est récurrente). " A la fin de 2018, nous avons protégé la performance en repliant le portefeuille vers les leaders, un groupe de sociétés au profil plus stable. Ceci nous a permis d'être un des rares fonds à dégager une performance positive en 2018. " Depuis son lancement il y a moins d'un an et demi, le fonds de Robeco a fait une jolie percée chez les investisseurs, avec des actifs sous gestion qui approchent désormais 800 millions d'euros après un rebond supérieur à 20% depuis le début de l'année. Le portefeuille est exposé sur 60 positions (sur un univers de 200 valeurs), avec un taux de rotation des actifs tournant autour de 30% par an. " Ce niveau a toutefois été plus élevé durant les 12 derniers mois, notamment en raison d'un marché plus actif en matière de fusions et acquisitions suite à la baisse des valorisations sur le secteur des fintechs. " Typiquement, les différentes lignes doivent atteindre un niveau de pureté thématique d'au moins 25% sur le marché des fintechs, le poids dans le fonds (de 1 à 3%) dépendant de plusieurs facteurs, et notamment d'un filtre ESG. Les principaux biais iront sur les sociétés de petites et moyennes capitalisations (avec prise en compte de leur liquidité) et sur les sociétés américaines, qui représentent plus de 65% des actifs sous gestion.