"Quand ma fille a fait sa communion solennelle, elle a reçu de l'argent de ses oncles et tantes. Je voulais en faire quelque chose, au lieu de le laisser dormir sur un compte d'épargne pendant dix ans", explique Thomas Weyts, expert en planification patrimoniale chez Helder, une société spécialisée en assurance-vie. "C'est pourquoi l'idée m'est venue d'acheter une action Lotus Bakeries, parce que ma fille connaît ces biscuits et que je pouvais lui expliquer très concrètement que cette action allait lui permettre de posséder une petite partie de l'entreprise."

Lotus Bakeries est connue comme une action de bon père de famille. Grâce à ses marques fortes, ce fabricant de biscuits est en mesure de répercuter assez rapidement la hausse du coût des matières premières sur ses clients. Celui qui a acheté une action Lotus Bakeries pour l'équivalent de 66 euros il y a vingt ans peut aujourd'hui la vendre 2.520 euros, soit 38 fois sa mise initiale. Sans parler des dividendes annuels car depuis son introduction en Bourse, la société permet également à ses actionnaires de participer aux bénéfices.

Aucune action n'exclut totalement la prise de risque et même si la cote de Lotus Bakeries est très élevée aujourd'hui, Thomas Wuyts n'a clairement pas voulu boursicoter. En outre, en faisant découvrir les actions à sa fille, il s'intéressait à son éducation financière en plus qu'à l'investissement en tant que tel. Lorsqu'il a expliqué son plan à la banque, on lui a répondu qu'il ne pouvait pas acheter d'actions avec les économies de sa fille. "Si je voulais utiliser l'argent de ma fille, je devais demander l'autorisation au juge de paix. En fin de compte, je ne l'ai pas fait", explique Thomas Weyts.

La plupart des banques classiques refusent que leurs clients touchent à l'épargne de leurs enfants de cette façon. Seules quelques sociétés cotées et banques Internet ferment les yeux et permettent aux parents d'investir les économies de leurs enfants. Il existe néanmoins quelques autres solutions créatives.

1. Faire un don d'actions

Stephan Beernaert, juriste fiscaliste chez Van Lanschot, explique qu'en vertu de la loi, les parents doivent s'efforcer de préserver le patrimoine de leur enfant mineur. "La loi prévoit que l'enfant est incapable sur le plan juridique et que les parents doivent agir dans son intérêt. Pour accomplir certains actes, les parents doivent s'adresser au juge de paix."

Stephan Beernaert : "Le législateur n'a pas fixé de règles concrètes concernant les pratiques bancaires, mais il existe un consensus dans le secteur qui autorise le réinvestissement dans des instruments financiers similaires." Supposons que vous faisiez don d'une action à votre enfant, vous pouvez ensuite la remplacer par une autre. Si vous donnez une obligation et que cette obligation arrive à échéance, vous pouvez utiliser l'argent qui en résulte pour acheter de nouvelles obligations.

Si vous versez le cash sur le compte de votre enfant, cet argent ne peut pas être utilisé pour investir dans des actions ou des obligations parce que celles-ci comportent plus de risques. Thomas Weyts : "Il paraît que les banques privées conseillent à leurs clients de constituer d'abord un portefeuille d'investissement puis de le transmettre à leurs enfants mineurs. Dans le même profil d'investissement, le gestionnaire du portefeuille peut donc faire des réinvestissements."

Selon Jo Stremersch, planificateur financier indépendant chez Stremersch, Van Broekhoven & Partners, la loi va encore plus loin et stipule que l'argent des mineurs doit être investi de manière défensive. Pour la plupart des banques, défensif signifie "dans des obligations". "Ce n'est pas la solution la plus recommandée aujourd'hui, car les obligations génèrent peu ou pas de rendement", souligne Jo Stremersch. Plusieurs clients lui ont demandé s'ils pouvaient investir dans des actions pour leurs enfants et quelle était la meilleure façon de le faire.

"C'est absurde", estime Thomas Weyts. "Vous voulez ce qu'il y a de mieux pour votre enfant et souhaitez gérer son épargne de la meilleure manière possible. Sur un compte d'épargne, cet argent ne rapporte rien, alors que les actions offrent le rendement le plus conséquent à long terme."

2. Attendre avant de faire un don

"Nous déconseillons de placer un capital important sur le compte d'épargne d'un enfant mineur. Les enfants ont tout intérêt à investir l'argent de manière un peu plus dynamique, car ils ont tout le temps", explique Pieter Van Neste, cogérant de Truncus. "Le cadre juridique ne le permet pas, ou seulement dans une certaine mesure. Nous recommandons donc de laisser l'argent au nom des parents ou des grands-parents et de le distribuer ultérieurement."

Cette répartition peut se produire lorsque les enfants ont atteint l'âge de la majorité, voire plus tard lors du partage de l'héritage au décès des parents ou des grands-parents. Pieter Van Neste : "En Flandre, les héritiers en ligne directe ne paient que 3% de droits de succession sur la première tranche de 50.000 euros de placements mobiliers. Si vous pouvez investir l'argent pendant vingt ans à un rendement moyen de 5 à 7% contre 0% sur un compte d'épargne, il me semble que le choix est vite fait."

La plupart des banques ont également des plans d'épargne en fonds, dans lesquels les clients peuvent investir régulièrement, de manière étalée dans le temps. Chez KBC, les clients peuvent ouvrir un plan d'épargne avec une clause de tiers, qui leur permet de désigner leur enfant, petit-enfant ou filleul comme bénéficiaire. Les enfants ne peuvent toucher à l'argent qu'à partir d'une certaine date. Le principal avantage des fonds est que les risques sont répartis sur différentes actions et/ou obligations. L'un des atouts d'un plan d'épargne réside dans le fait que de petits versements périodiques à des moments fixes produisent souvent à long terme de meilleurs rendements que quelques versements importants.

3. Souscrire une assurance-vie

Thomas Weyts souligne qu'une assurance-vie offre la possibilité de planifier la répartition à l'avance. "Si leurs enfants sont bien installés, les grands-parents aiment donner de l'argent à leurs petits-enfants. Ils peuvent par exemple souscrire une assurance-vie pour chacun des petits-enfants, ces derniers étant désignés comme bénéficiaires en cas de décès. Les grands-parents tiennent les rênes et peuvent aussi prévoir que le petit-enfant ne reçoit pas l'argent avant l'âge de 25 ans, même s'ils meurent plus tôt."

Il ne s'agit pas d'un don. L'argent rentre donc dans l'héritage après le décès. Lorsque les grands-parents constituent une épargne pour leurs petits-enfants, il s'agit souvent de sommes relativement limitées. "Une réduction d'impôt s'applique aux petites parts d'héritage, ce qui signifie que les petits-enfants ne doivent pas payer de droits de succession sur les sommes n'atteignant pas 12.500 euros", poursuit Thomas Weyts. "Sur une part héréditaire inférieure à 50.000 euros, une réduction est applicable selon une certaine formule. À titre d'exemple, une réduction de 250 euros s'applique à un héritage de 25.000 euros et en tant qu'héritier, vous payez 500 euros de droits de succession."

Comme l'assurance-vie est au nom des grands-parents, le législateur n'a plus rien contre le fait que les fonds de placement sous-jacents investissent en actions ou obligations.

Traduction : virginie·dupont·sprl