Les fonds exposés sur les grandes capitalisations japonaises ont encaissé des reculs tournant en moyenne autour de 7 % depuis le début 2018, en raison des incertitudes liées au commerce international qui a affecté les grandes entreprises exportatrices nippones. " Le contexte économique reste toutefois favorable, avec une croissance du PNB qui devrait tourner entre 1 et 2 %, au-dessus du potentiel théorique. En outre, le marché est au plein emploi, et nous assistons à une progression graduelle de l'inflation et des dépenses de consommation ", souligne Taku Arai, deputy head of Japanese Equities chez Schroders et cogestionnaire du fonds Schroders Japanese Equity.

S'il estime que les prochains résultats semestriels devraient être marqués par les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine (notamment pour les valeurs industrielles et technologiques), Taku Arai explique que l'impact devrait toutefois être limité en raison des importantes dépenses d'investissement actuellement réalisées dans l'archipel nippon. " Dans le contexte de plein emploi, les sociétés ont investi fortement afin d'augmenter leur productivité ", assure-t-il. Selon lui, la croissance des résultats devrait donc tourner autour de 3 à 4 % pour les deux prochaines années sur base d'hypothèses conservatrices, un chiffre qui pourrait même grimper entre 8 et 9 % si les tensions commerciales viennent à s'apaiser.

Marché abandonné

En dépit d'un contexte boursier difficile, une poignée de produits ont réussi à surnager, et notamment celui géré par Richard Kaye chez Comgest, qui affiche également (de loin) la meilleure performance sur un horizon de cinq ans. " Il existe de nombreuses opportunités sur le marché japonais, rappelle le gestionnaire parisien. Le pays a été substantiellement transformé depuis l'arrivée de Shinzo Abe au poste de Premier ministre il y a cinq ans ", principalement en matière de gouvernance des entreprises. L'introduction de l'indice JPX 400, qui lie la participation au respect de critères de gouvernance, a aussi été un grand succès, et a poussé de nombreuses entreprises à adopter des comportements plus respectueux des intérêts des minoritaires.

" Les sociétés japonaises ont effectivement beaucoup changé ces dernières années, confirme Taku Arai, et les directions ont fait beaucoup d'efforts pour restructurer leur situation financière et se montrer plus ouvertes vis-à-vis des investisseurs. Le marché boursier japonais est aujourd'hui presque comparable aux marchés occidentaux, et 96 % des grandes sociétés disposent désormais d'un administrateur externe. " Le gestionnaire souligne également que le niveau de distribution des dividendes devrait progressivement grimper vers 40 %, contre seulement 30 à 35 % ces dernières années.

Croissance et qualité

Pour Comgest Growth Japan, Richard Kaye va donc investir dans quelques thématiques fortes, par exemple les sociétés qui cherchent à trouver des solutions au vieillissement de la population japonaise, ou de l'explosion du tourisme vers l'archipel. " Le marché local a dégagé la plus forte croissance des résultats durant les six dernières années, rappelle-t-il. Et ce après avoir affiché une progression décevante pendant les 20 années précédentes. "

Comme pour la plupart des autres fonds proposés par le gestionnaire parisien, la philosophie d'investissement de Comgest Growth Japan se basera sur une approche fondamentale visant à identifier les sociétés de qualité, en croissance, et protégées par des barrières à l'entrée. Concentré sur une quarantaine de positions avec un taux de rotation faible, son portefeuille fera également la part belle aux moyennes capitalisations qui sont parvenues à sortir de leur marché domestique.

A ce titre, Richard Kaye a remarqué que la grande majorité des actions japonaises étaient peu couvertes par les analystes boursiers, ceux-ci se concentrant plutôt sur les grandes entreprises du " vieux Japon ", un groupe constitué notamment des producteurs de voitures, des fabricants d'électronique, ou des grands groupes bancaires. " La plupart des actions de croissance et de qualité sont insuffisamment suivies ", regrette-t-il. Un désintérêt pour le marché japonais qui trouve son origine dans les désastreuses performances boursières enregistrées suite à l'effondrement du marché japonais au début des années 1990.

Chez Schroders, on explique avoir également un biais sur les moyennes capitalisations dans leur portefeuille. " Nous n'avons pas été tellement affectés par les performances décevantes sur les petites capitalisations depuis le début de l'année, souligne Taku Arai. En fait, nous essayons de profiter des anomalies de valorisation dans cette zone du marché relativement peu couverte par les analystes. "

Sous-évalué

Mais en dépit d'une rentabilité qui s'est fortement améliorée durant les cinq dernières années, la décote du marché japonais a plutôt eu tendance à augmenter. " La forte croissance des résultats n'a pas été suivie par une accélération des flux d'investissement internationaux, indique encore Richard Kaye. Au contraire des institutionnels domestiques, qui sont pour leur part sortis de leur longue hibernation et en train de massivement revenir sur les actions japonaises. " Cette valorisation attractive est aussi signalée par Taku Arai. " Avec un rapport cours/bénéfice tournant entre 13 et 14, le marché japonais peut difficilement être considéré comme étant cher ", indique-t-il.

Haute conviction

Schroders Japanese Equity est le produit phare d'une équipe de 18 personnes qui supervisent 17 milliards de dollars en actifs sous gestion. " La sélection de titres constitue l'essentiel des performances de notre stratégie, qui s'appuie sur une équipe particulièrement stable, avec 14 des 18 personnes qui travaillent ensemble depuis plus de 10 ans, explique Taku Arai, deputy head of Japanese Equities chez Schroders et cogestionnaire du fonds Schroders Japanese Equity. Nous investissons sur le long terme, avec un horizon d'investissement de minimum trois ans. " Schroders Japanese Equity est actuellement exposé sur 77 valeurs, et vise un équilibre entre les valeurs de croissance et celles valorisées de manière attractive. " Il s'agit d'un fonds de haute conviction, avec des pondérations qui seront plus importantes sur nos meilleures idées. Ces derniers mois, nous avons relevé notre exposition sur les valeurs de croissance, qui représentent désormais environ 70 % de nos actifs sous gestion. " Si la valorisation du portefeuille est plus élevée que celle du marché japonais dans son ensemble, Taku Arai souligne néanmoins être attentif à la valorisation des actions qui sont intégrées dans le portefeuille.

Le fonds de Schroders sera exposé sur une série de thématiques telles l'automatisation, les services informatiques et l'électrisation des véhicules. " Nous avons également une exposition sur les valeurs télécoms et sur les pharmaceutiques afin d'apporter une composante plus défensive dans le portefeuille ", indique Taku Arai. Sankyu est la principale position du fonds, un groupe spécialisé dans l'optimisation des chaînes logistiques, de la consultance sur les besoins des entreprises jusqu'à la fourniture d'entrepôts en passant par des flottes de navires et de camions. Isuzu Motors est la deuxième position, en raison de sa position de leader sur les camions légers en Asie.