Les entreprises à la pointe de la révolution digitale dans le secteur financier ont clairement le vent en poupe, et la Belgique comporte plusieurs pépites intéressantes qui se sont positionnées sur ce segment. De nombreuses études ont montré une évolution radicale dans les habitudes d'utilisation des services bancaires, les plus jeunes générations privilégiant un accès de plus en plus délocalisé de leurs finances et de leurs décisions d'investissement.

Gambit Financial Solutions fait partie du club restreint des fintechs belges, les algorithmes développés dans ce groupe liégeois étant déjà utilisés dans les services de conseil d'investissement d'une vingtaine d'institutionnels, localisés en Belgique, au Luxembourg, en France et en Suisse. Nous avons récemment eu l'occasion de rencontrer Geoffroy de Schrevel, CEO de Gambit Financial Solutions, à l'occasion de l'inauguration des locaux flambant neufs du groupe à Liège.

Forte croissance

Créé en 2007 sous la forme d'une spin-off d'HEC Liège, le groupe compte aujourd'hui 85 employés, une évolution autorisée par le rachat du groupe par BNP Paribas Asset Management en 2017. " Cette opération nous a permis de déployer nos solutions dans un groupe de taille mondiale, BNP Paribas voulant disposer d'une solution unique qui pouvait être adaptée dans l'ensemble du groupe ", explique Geoffroy de Schrevel. Le groupe a également l'intention de continuer à engager, avec pas moins de 40 recrutements prévus pour les deux années à venir, essentiellement des profils axés sur le développement informatique.

Le marché est toutefois devenu relativement tendu dans cette branche du marché, de sorte qu'une partie de plus en plus importante de la formation est aujourd'hui assurée en interne. " L'empathie, la ténacité et la capacité de s'inscrire dans le modèle d'entreprise de Gambit sont à la limite plus importants que les compétences techniques ", souligne le CEO. La recherche de profils très spécialisés pourrait également amener Gambit à ouvrir prochainement une antenne à Louvain-la-Neuve et/ou en France.

Geoffroy de Schrevel: "Nous sommes obligés d'aller vite dans le monde digital et d'avoir des solutions simples à utiliser." © photos pg

Birdee

A côté de ses services dispensés aux institutionnels (banque privée, grandes banques, courtiers en ligne, etc.), Gambit s'est également positionné depuis 2016 sur le marché des investisseurs particuliers avec son application Birdee. Ce service d'investissement automatisé est aujourd'hui disponible dans plusieurs pays (birdee.co) à partir d'un investissement de 1.000 euros, avec des frais annuels qui s'élèvent à 1 % des actifs sous gestion.

" Birdee est encore en phase d'investissement, et ce sont les bénéfices que nous dégageons sur nos services aux acteurs institutionnels qui ont permis de financer le lancement de cette plateforme. Nous pouvons nous permettre d'être patients ", souligne Geoffroy de Schrevel. Mais Birdee comporte également des avantages indirects pour les clients institutionnels de Gambit. " Cette plateforme permet en effet de pouvoir tester rapidement de nouveaux services qui sont ensuite déclinés sur les solutions qui sont implémentées chez nos clients institutionnels, avec un processus décisionnel beaucoup plus court. Elle nous permet d'avoir une offre qui reste toujours à la pointe de l'innovation. "

Fonds passifs

Sur la base d'un profil d'investissement qui sera établi au préalable (à cinq niveaux), Birdee va permettre aux clients d'investir dans différentes solutions basées sur des ETF. " Les ETF constituent aujourd'hui la solution la plus économique pour les clients, et constituent également une solution liquide avec laquelle nous pouvons promettre aux clients de pouvoir récupérer leur argent en trois clics. Au contraire des fonds d'investissement traditionnels pour lesquels il faut souvent attendre la fin de la journée avant d'avoir un cours sur base duquel le client peut être remboursé. ".

Le client de Birdee a également la possibilité d'injecter une dose de thématique dans son portefeuille, en investissant jusqu'à 30 % de ses actifs sous gestion sur des ETF spécialisés dans l'immobilier, la biotech ou les petites et moyennes capitalisations. En outre, Birdee propose également trois portefeuilles ISR sur base de profil d'investissement allant de défensif à dynamique, avec des ETF sur le secteur de l'eau, des énergies renouvelables ou de sociétés affichant les meilleurs scores ESG dans les agences de notations. " Ces produits répondent à une forte demande de la part de nos clients. "

Bouleversements

Avec Birdee, Gambit compte également se positionner sur un marché qui devrait voir l'arrivée d'acteurs internationaux puissants durant les prochaines années. " Notre volonté est d'avoir une solution qui ne soit pas une solution locale, mais une plateforme globale, avec un site qui sera le même quel que soit le pays dans lequel le client se trouve, à l'image de ce que proposent des groupes comme Google ou Amazon ", souligne encore Geoffroy de Schrevel. " Nous sommes obligés d'aller vite dans le monde digital et d'avoir des solutions simple à utiliser. Car chaque clic supplémentaire fait perdre des clients. "

Combiner actif et passif

Marlène Hassine (Lyxor)

Lyxor Asset Management a récemment publié sa cinquième étude annuelle sur la performance des gestions actives et passives, en comparant les performances de 6.000 fonds enregistrés en Europe par rapport à leur indice de référence, pour des actifs sous gestion totaux dépassant 1.400 milliards d'euros. La première conclusion de cette étude est que la gestion active a fortement repris du poil de la bête en 2017, avec 44 % des fonds actifs qui se sont montrés capables de dépasser la performance de leur benchmark contre seulement 28 % en 2016.

La différence a été encore plus marquée pour les fonds d'actions, où 47 % des gestionnaires ont battu leur indice en 2017, contre seulement 26 % en 2016." Les gestionnaires actifs se sont particulièrement bien comportés sur les marchés boursiers les moins efficients, comme les actions italiennes ou allemandes, voire les petites capitalisations, souligne Marlène Hassine, responsable de la recherche ETF chez Lyxor AM, tandis que la gestion passive a continué de dominer les débats sur les segments les plus liquides comme les actions britanniques ou américaines." En termes de style d'investissement, les gestionnaires exposés sur les valeurs de qualité ou sur les actions de croissance ont réalisé de meilleures performances que les gestionnaires value.

Et sur les marchés obligataires, la gestion active a dominé sur les grands marchés diversifiés, comme les obligations américaines investment grade, les obligations souveraines mondiales ou sur le haut rendement américain. La gestion passive s'est montrée plus efficace sur les segments plus étroits, comme le haut rendement en euros ou les obligations indexées sur l'inflation.

Dans l'ensemble, cette étude conclut qu'il convient d'allouer tant vers la gestion active que vers la gestion passive, en fonction des marchés sous-jacents sur lesquels le portefeuille va être exposé. "Une combinaison adéquate entre gestion passive et active est un élément clé pour permettre aux investisseurs d'améliorer la performance de leur portefeuille" , indique encore Marlène Hassine, qui estime également, au vu de ces résultats, qu'un portefeuille pourrait allouer entre 60 et 70 % de ses actifs dans des ETF ou des fonds smart beta. "L'année 2018 s'annonce plus difficile pour les gérants actifs au vu de la hausse de la volatilité et des incertitudes politiques."