Quel est le point commun entre les résultats trimestriels de Pepsico, Novartis, IBM et Airbus ? Evidemment, tous ces groupes ont été influencés par la pandémie de Covid-19. Mais avec des conséquences très différentes : positives pour Novartis, neutres pour Pepsico (le déclin des ventes de sodas est partiellement compensé par les snacks), négatives pour IBM et désastreuses pour Airbus. Non, le point commun entre toutes ces entreprises et bien d'autres est à chercher ailleurs, dans la hausse de leurs stocks. Qu'il s'agisse de conserver une production qui ne trouve pas tout de suite preneur ou d'assurer la poursuite de cette production sur fond de perturbation des chaînes d'approvisionnement, le stockage est devenu crucial pour les entreprises.
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Quel est le point commun entre les résultats trimestriels de Pepsico, Novartis, IBM et Airbus ? Evidemment, tous ces groupes ont été influencés par la pandémie de Covid-19. Mais avec des conséquences très différentes : positives pour Novartis, neutres pour Pepsico (le déclin des ventes de sodas est partiellement compensé par les snacks), négatives pour IBM et désastreuses pour Airbus. Non, le point commun entre toutes ces entreprises et bien d'autres est à chercher ailleurs, dans la hausse de leurs stocks. Qu'il s'agisse de conserver une production qui ne trouve pas tout de suite preneur ou d'assurer la poursuite de cette production sur fond de perturbation des chaînes d'approvisionnement, le stockage est devenu crucial pour les entreprises. Cette réalité a même donné lieu à l'évolution de prix la plus invraisemblable de cette crise : le contrat pour livraison de pétrole américain en mai a chuté à -37 dollars le baril. La raison ? Une offre de brut ayant beaucoup moins baissé que la demande et des capacités de stockage proches de la saturation. Les réservoirs classiques ne suffisent d'ailleurs pas, le pétrole étant également stocké dans les pipelines ou les tankers. Plus de 10% de la flotte mondiale de VLCC (supertankers d'une capacité de 2 millions de barils) est déjà sous contrat pour être utilisée comme stockage, selon Ashok Sharma, directeur général de la société de courtage maritime BRS Baxi. Ces stocks ne seront écoulés que progressivement et une partie gonflera même les réserves structurelles, la Chine profitant des prix bas pour gonfler ses réserves stratégiques. Plus largement, la crise du Covid-19 devrait marquer un tournant dans la gestion des stocks. Depuis de nombreuses années, les entreprises cherchent à les limiter en raison du coût financier que représente cette immobilisation de moyens de production. En comptabilité, un stock plus important augmente le besoin en fonds de roulement, et donc en financements. Ces derniers mois, beaucoup d'entreprises ont toutefois retrouvé l'utilité des stocks pour faire face aux difficultés d'approvisionnement ou répondre à une évolution de leur activité. Dans le secteur agroalimentaire, de nombreux acteurs ont dû ainsi détourner leur production de l'horeca vers les supermarchés, ce qui implique évidemment d'aussi disposer des emballages adéquats. " Les paramètres qui concernent les niveaux de stocks de sécurité devront probablement être mis à jour pour refléter la demande accrue et la volatilité du côté de l'offre, qui auront pour effet d'augmenter les niveaux globaux de stocks ", détaillent ainsi les spécialistes de Deloitte. Aux Etats-Unis, Hamid Moghadam, CEO du spécialiste des entrepôts Prologis, a récemment déclaré que la crise avait mis en évidence les zones les plus vulnérables des chaînes logistiques. Il estimait plus spécifiquement que la stratégie du " juste à temps " appliquée dans l'industrie allait devoir s'adapter à l'évolution de la disponibilité des biens, ce qui impliquera un accroissement des stocks. " Les stocks seront de 5 à 10% plus élevés après la crise ", estime Hamid Moghadam, qui s'attend aussi à une relocalisation de certains approvisionnements. Au total, le CEO prévoit un doublement du taux de croissance au cours des quatre à cinq prochaines années avec une demande forte pour stocker les biens dans le cadre des procédures de faillite/liquidation. En tant que leader mondial actif dans 19 pays sur trois continents (les Amériques, Europe, Asie) et disposant de 4.660 entrepôts pour une superficie totale de près de 90 millions de mètres carrés, Prologis est en première ligne pour profiter d'une demande accrue d'espaces de stockage. En Bourse, le titre a d'ailleurs déjà récupéré l'essentiel des pertes accusées durant le récent krach. Il a notamment profité de bons chiffres pour le début d'année avec un relèvement de près de 10% de son coupon trimestriel à 0,58 dollar, Prologis étant une société immobilière réglementée (SIR) bénéficiant d'avantages fiscaux, mais qui doit distribuer l'essentiel de ses bénéfices à l'instar des SIR en Belgique. L'ETF Pacer Industrial Real Estate (Bourse de New York, INDS, US69374H7668) permet d'investir de façon plus diversifiée dans le segment immobilier industriel aux Etats-Unis. Les deux leaders, Prologis et Duke Realty (entrepôts notamment destinés à l'e-commerce), représentent un tiers du portefeuille. L'ETF affiche un rendement de dividende moyen de 3,71%. Euronext Bruxelles héberge également plusieurs sociétés immobilières actives dans le segment industriel et logistique. Elles ne sont évidemment pas aussi étendues que Prologis, mais vous éviterez ainsi le double précompte (15% dans la plupart des banques des Etats-Unis et 30% en Belgique) qui frappe les dividendes américains. WDP, pensionnaire du Bel 20, fait même partie des références européennes. Cette SIR connaît un développement rapide depuis de nombreuses années et est désormais présente en Belgique, aux Pays-Bas, au Luxembourg, en France et en Roumanie. Le taux d'occupation historique de plus de 95% illustre la qualité de ses installations. Une forte demande pourrait donc lui permettre de relever ses loyers. Cette qualité n'a toutefois pas échappé aux investisseurs, l'action ayant quintuplé depuis 2011. Le dividende a également augmenté, mais pas aussi rapidement. WDP a récemment confirmé viser un dividende de 0,80 euro pour l'année 2020, soit un rendement net de 2,3%. Intervest Offices & Warehouses offre un rendement plus attractif. La société a revu sa stratégie ces dernières années de façon à réduire la voilure dans les bureaux et investir dans les entrepôts en Belgique et aux Pays-Bas. Le segment logistique représentait ainsi 61% du portefeuille fin 2019. Après une longue période mitigée, Intervest a pu de nouveau augmenter son dividende en 2019 à 1,53 euro brut par action, soit un rendement net de 4,7%. Selon Trivano, sur les trois analystes suivant le titre, deux sont à l'achat et un à conserver avec un objectif de cours de 28 euros. Plusieurs entreprises du Benelux profitent aussi directement des besoins de stockage de pétrole. Citons tout d'abord Vopak, important acteur des terminaux de stockage pour les produits chimiques et pétroliers. Le groupe néerlandais a annoncé un bénéfice par action stable pour le premier trimestre. Mais en ce début de deuxième trimestre, la capacité de ses réservoirs de produits pétroliers est pleinement utilisée, à l'exception de ses nouvelles installations au Panama qui se remplissent toutefois rapidement. Les analystes de Degroof Petercam ont indiqué qu'ils allaient relever leurs prévisions au vu de ces bonnes perspectives et tablaient sur un retour à la croissance des profits après une longue stagnation entre 2012 et 2019. Euronav profite encore davantage de cette demande de stockage de pétrole. Le leader mondial des tankers pétroliers profite de l'envolée des tarifs d'affrètement à de plus hauts historiques. Les analystes de Kepler Cheuvreux ont estimé que le groupe devrait dégager en 2020 un flux de trésorerie libre représentant 47% de la capitalisation boursière et verser un dividende correspondant à un rendement de 30% ! On pourrait même s'étonner de ne pas voir le titre réellement s'envoler. Cette relative prudence s'explique par la grande volatilité des résultats de l'entreprise, une excellente année 2020 pouvant tout à fait être suivie de pertes en 2021. Pour les analystes, l'action devrait toutefois encore progresser : huit sur neuf conseillent l'achat avec un objectif de cours moyen de 12,91 euros, selon Trivano. Mais il n'y a pas que le secteur du stockage de pétrole qui connaît une belle embellie. Le spécialiste des garde-meubles Shurgard, coté sur Euronext Bruxelles, a connu un premier trimestre extrêmement solide avec une hausse de 5,4% de son chiffre d'affaires et de 8,4% de ses bénéfices à plus de 24 millions. Actif en Belgique, en France, aux Pays-Bas, en Suède, au Royaume-Uni, en Allemagne et au Danemark, Shurgard a indiqué que son taux d'occupation était resté stable en avril malgré les mesures de confinement. Dans les pays avec un confinement moins strict, ce taux est même en hausse, signe que le besoin de stockage a plutôt tendance à augmenter. Dans les autres pays, les annonces concernant le déconfinement ont fait rebondir la fréquentation sur son site internet. En effet, avec un million de mètres carrrés de garde-meubles, Shurgard dessert évidemment les particuliers mais aussi les professionnels. Or, les petites boutiques en ligne ou les PME dans le secteur du bâtiment, par exemple, auront, elles aussi, tout intérêt à stocker pour compenser les risques de rupture des chaînes d'approvisionnement. Selon les estimations des analystes de Degroof Petercam, Shurgard offre un rendement de dividende net de 2,3% pour 2020.