Sauf énorme surprise, Joe Biden sera à la fin janvier le 46e président des Etats-Unis. Le scrutin a été serré et contrairement à ce qu'annonçaient les sondages, il n'y a pas eu de véritable vague démocrate. Bien partis pour conserver leur majorité au Sénat, les républicains se sont renforcés à la Chambre, où la majorité démocrate ne tient plus qu'à quelques sièges. Malgré ce résultat étriqué et les déclarations incendiaires de Donald Trump, les incidents sont restés limités ; on est très loin des émeutes annoncées en cas de défaite du président en exercice et, plus encore, du spectre d'une guerre civile agité par certains. Pour les marchés, le résultat électoral et sociétal est quasiment inespéré.
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Sauf énorme surprise, Joe Biden sera à la fin janvier le 46e président des Etats-Unis. Le scrutin a été serré et contrairement à ce qu'annonçaient les sondages, il n'y a pas eu de véritable vague démocrate. Bien partis pour conserver leur majorité au Sénat, les républicains se sont renforcés à la Chambre, où la majorité démocrate ne tient plus qu'à quelques sièges. Malgré ce résultat étriqué et les déclarations incendiaires de Donald Trump, les incidents sont restés limités ; on est très loin des émeutes annoncées en cas de défaite du président en exercice et, plus encore, du spectre d'une guerre civile agité par certains. Pour les marchés, le résultat électoral et sociétal est quasiment inespéré. Selon Sam Stovall, stratégiste en chef chez CFRA Research, qui a analysé l'ensemble des données disponibles depuis 1944, Wall Street affiche historiquement un gain de 13,6% par an lorsque le président est démocrate et le Congrès, divisé. Ce qui est de bon augure puisque si la victoire de Joe Biden et la majorité républicaine au Sénat se confirment, la situation pourrait bien perdurer quatre ans. "Les performances passées ne préjugent pas des résultats futurs", comme dit la mise en garde. Mais pour les années qui viennent, le verdict des urnes a de quoi rassurer plus d'un investisseur. La crainte que Donald Trump n'intensifie encore les mesures protectionnistes est évacuée. Sans majorité claire au Congrès, Joe Biden peinera pour sa part à faire passer ses mesures les plus à gauche, comme celles qui consistent à vouloir augmenter considérablement l'impôt des sociétés, multiplier par deux le salaire minimum, ou scinder grandes banques et géants technologiques. Les analystes soulignent qu'il est probable que Joe Biden tente d'obtenir des avancées sur ces dossiers, dans une mesure toutefois moins marquée (réglementation sur l'utilisation des données personnelles pour les géants technologiques, relèvement du salaire minimum horaire à 10 dollars plutôt qu'à 15, comme le propose la Chambre de commerce américaine, réforme fiscale davantage axée sur les baisses d'impôts pour les classes moyennes). Les marchés s'interrogent surtout sur le plan de relance américain, attendu depuis des mois. En pleine campagne électorale, républicains et démocrates n'avaient pas réussi à s'entendre sur le contenu et l'ampleur des nouvelles mesures destinées à soutenir l'économie. En octobre notamment, les représentants démocrates avaient exposé un plan de 2.200 milliards de dollars. Avec un Congrès divisé, ils devront probablement revoir leurs ambitions à la baisse, estime Andrea Siviero, stratégiste chez Ethenea, mais "il y aura un soutien budgétaire sous la présidence de Joe Biden. De plus, un programme d'investissement dans les infrastruc-tures devrait soutenir les entreprises industrielles", poursuit le spécialiste. Dans l'ensemble, le programme de Joe Biden avait été chiffré par le Penn Wharton Budget Model de l'université de Pennsylvanie à 5.400 milliards de dollars de dépenses et 3.400 milliards de recettes supplémentaires d'ici à 2030. Comme le volet recettes (hausse de l'impôt des sociétés, etc.) est compromis, le déficit américain devrait demeurer élevé. Pour les économistes d'Euler Hermes, "le grand gagnant des élections est la dette publique, attendue à 159% du PIB en 2030, contre 135% en 2020". La politique budgétaire restera donc vraisemblablement favorable à la conjoncture. Concrètement, Euler Hermes table sur une croissance de 3,6% en 2021 et de 3,1% en 2022, après la récession de 2020. Mais l'inflation devrait rester modérée, ne dépassant les 2% que fin 2022-début 2023. Comme la Réserve fédérale américaine est désormais prête à accepter que l'inflation dépasse pendant un certain temps 2%, sa politique devrait demeurer extrêmement accommodante. Pour Marko Kolanovic, stratégiste en chef chez JP Morgan et gourou parmi les plus écoutés de Wall Street, "c'est probablement le meilleur des deux mondes pour les actions américaines". Les spécialistes de JP Morgan ont ainsi relevé leurs prévisions bénéficiaires pour le S&P 500 à 178 dollars pour 2021 (+4,7%) et à 200 dollars pour 2022. Au niveau boursier, ils s'attendent à ce que "le S&P 500 dépasse son objectif de longue date de 3.600 avant la fin de l'année et atteigne 4.000 au début de l'an prochain, avec de bonnes chances de poursuivre sa progression encore plus haut (autour de 4.500) d'ici à la fin de l'année prochaine". La principale question que se posent les investisseurs est celle des secteurs à privilégier. Les valeurs technologiques vont-elles poursuivre leur folle ascension? Les actions value vont-elles bénéficier d'un changement de style? Globalement, les stratégistes ne se positionnent pas réellement. La perspective d'une présidence plus modérée a réduit les risques pour le secteur technologique, mais les actions value pourraient bénéficier d'un apaisement du cycle économique après des années de sous-performance. Le conseil, quasiment unanime, reste donc de panacher. Au niveau sectoriel, les infrastruc-tures bénéficieront d'un soutien bipartisan, selon Euler Hermes, ce qui profiterait à des actions comme Martin Marietta Materials (matériaux de construction), Vulvan Materials (asphalte) ou Caterpillar. Joe Biden a aussi promis d'accélérer la transition énergétique pour atteindre une fourniture d'électricité décarbonée d'ici à 2035, ce dont NextEra Energy (leader mondial de la production d'électricité renouvelable) ou First Solar (panneaux solaires) pourraient tirer parti. Mais d'après Euler Hermes toujours, le nouvel occupant de la Maison-Blanche pourrait privilégier d'autres éléments de son programme, alors que certains élus démocrates au Congrès, comme les sénateurs Joe Manchin, de Virginie-Occidentale, ou John Hickenlooper, du Colorado, pourraient se montrer hostiles à de vastes réformes climatiques. En l'absence de vague démocrate, le probable statu quo du système de santé américain devrait selon les analystes profiter aux assureurs santé comme Cigna, Anthem ou UnitedHealth. Au niveau sectoriel toutefois, d'autres gagnants ont émergé des référendums organisés par les Etats en marge de l'élection présidentielle (lire l'encadré ci-dessous). Sur le plan géographique, les stratégistes se montrent bien plus clairs à propos des gagnants: portés par l'apaisement des tensions commerciales, les grands vainqueurs sont les pays émergents. "Les relations entre les Etats-Unis et la Chine resteront probablement tendues, mais l'élection de Joe Biden pourrait favoriser un retour au multilatéralisme", avancent ainsi les spécialistes de Candriam. Globalement, les observateurs s'attendent à ce que Joe Biden adopte une attitude moins conflictuelle vis-à-vis de la Chine et soit plus ouvert au commerce avec les autres régions du monde. Selon Philippe Gijsels, stratégiste en chef chez BNP Paribas Fortis, les marchés émergents devraient également bénéficier du retour à la croissance en 2021, d'une remontée des prix des matières premières et d'un affaiblissement du dollar. Un alignement qui profiterait directement aux Bourses émergentes, dans lesquelles vous pouvez investir via des fonds ou des ETF, comme le SPDR MSCI Emerging Markets UCITS (Euronext Paris ; code ISIN IE00B469F816). Peter Coensel, responsable des investissements à taux fixes chez Degroof Petercam Asset Management, se montre également confiant envers les obligations des pays émergents. "Pour les investisseurs en mal de rendements sur les marchés de taux des pays développés, le rendement courant d'environ 4,35% de la dette émergente représente une véritable aubaine", commente-t-il. L'expert souligne également que les devises émergentes ont entamé un léger redressement mais sont toujours en recul de 12,5% depuis le début de l'année. Vous pouvez investir en obligations émergentes en devises locales par le biais de fonds, comme le DPAM L - Bonds Emerging Markets Sustainable B EUR (LU0907927338), ou d'ETF, tel que l'iShares J.P. Morgan EM Local Govt Bond UCITS (IE00BFZPF546) sur les obligations souveraines. Pour Philippe Gijsels, les marchés européens devraient eux aussi profiter d'un climat commercial plus accommodant. Rappelons que l'administration Trump avait décidé de taxer à 10% ou 25% l'aviation civile, les vins ou les fromages, en représailles aux subsides reçus par Airbus. En Bourse, la victoire de Joe Biden devrait surtout soulager le secteur automobile, qui vivait sous la menace d'importantes surtaxes douanières depuis de nombreux mois.