Pour Ad van Tiggelen, Senior Investment Specialist chez ING Investment Management, nous devons regarder la vérité en face, tout comme le font les marches et arrêter de vouloir rajeunir des économies européennes vieillissantes où d'ici 2050 un européen sur trois aura plus de 65 ans.

Suite à cette évolution démographique défavorable et des taux d'endettement conséquent, le potentiel de croissance de nos économies est réduit à peu de chose et n'atteindra certainement pas les 2% planifiés.

" Heureusement, les marchés financiers ne sont pas facilement dupés. La valeur des actions est généralement fixée en fonction d'une croissance future faible ou nulle, malgré les projections favorables des analystes. En outre, les sociétés de qualité - les multinationales exploitant une marque mondiale et affichant un bilan solide - exigent de plus en plus souvent une prime d'évaluation. Notons par ailleurs que les actions américaines affichent une prime d'évaluation presque record par rapport aux actions européennes, même si, sous de nombreux angles, la situation financière du gouvernement américain semble encore pire que celle de la zone euro dans sa globalité. Comment expliquer ce fait ? Les investisseurs savent que l'économie américaine est non seulement plus jeune au niveau démographique (avec moins d'une personne sur quatre âgée de plus de 65 ans en 2050), mais qu'elle possède également la flexibilité intrinsèque qui lui permet de rajeunir si nécessaire. Autre fait important, de nombreux investisseurs américains et asiatiques entrevoient déjà une future et inévitable rupture de la zone euro ", relève le spécialiste des marchés financiers d'ING IM.

Paradoxalement, bien que les marchés financiers soient les premiers à insister sur la nécessité d'augmenter les doses de liquidités (Quantitative easing, ou le Botox du marché) pour donner un coup de jeune aux marchés, ils semblent être ceux qui accordent le moins d'importance à son efficacité.

" Par conséquent, les investisseurs prudents adoptent de plus en plus souvent des stratégies axées sur la protection de la valeur de leur base d'actifs (en termes réels) au lieu de rechercher un rendement élevé ", explique-t-il. " Les investisseurs prudents choisissent également de diversifier leur base d'actifs en y incluant plusieurs devises et différentes catégories d'actifs ".

Par ailleurs, le spécialiste d'ING IM n'entrevoit pas à court terme de pression inflationniste sur les marchés mais prévient que les bienfait du Botox ne durent jamais longtemps...

Karine Huet