Les fonds exposés sur l'infrastructure ont progressé en moyenne de près de 20% depuis le début 2019. Ce segment reste particulièrement attractif pour les investisseurs, car il permet une exposition sur des actifs réels qui dégagent des rendements attractifs dans un contexte où les taux obligataires sont appelés à rester bas durant les prochaines années.
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Les fonds exposés sur l'infrastructure ont progressé en moyenne de près de 20% depuis le début 2019. Ce segment reste particulièrement attractif pour les investisseurs, car il permet une exposition sur des actifs réels qui dégagent des rendements attractifs dans un contexte où les taux obligataires sont appelés à rester bas durant les prochaines années. Pour Alex Araujo, gestionnaire du fonds M&G Global Listed Infrastructure, l'attrait de ce secteur provient de " ses caractéristiques défensives dans un monde qui reste incertain, couplées à un rendement attractif dans un contexte où les taux obligataires restent à des niveaux extrêmement déprimés. Mais les groupes cotés exposés sur l'infrastructure offrent également une exposition sur des thématiques de croissance comme l'urbanisation ou les énergies renouvelables ". Typiquement, les groupes spécialisés sur l'infrastructure vont exploiter et maintenir en état de fonctionnement une infrastructure (autoroute, aéroport, parking, centrale électrique, etc) pendant un certain nombre d'années sur base d'un contrat de concession qui va fixer les limites de leur contrat de gestion, avec pour conséquence une très bonne visibilité quant aux revenus qui seront dégagés sur la durée du contrat. En outre, ces contrats prévoient également une adaptation des revenus afin de neutraliser l'inflation. " Ce secteur sera donc moins volatil, souligne Nick Langley, gestionnaire du fonds Legg Mason Rare Infrastructure Value. Même durant les périodes de récession, les clients continuent à boire de l'eau, à utiliser l'électricité, ou les parkings. En raison de sa faible corrélation avec les grandes classes d'actifs, l'infrastructure peut aujourd'hui être considérée comme une source de diversification dans un portefeuille équilibré, un avantage qui est encore plus marqué lors des phases de stress. " En outre, le secteur de l'infrastructure est soutenu par des tendances de long terme (notamment l'augmentation de l'urbanisation dans les pays émergents) et par d'importants programmes d'investissements un peu partout dans le monde. Ces dépenses doivent être consenties par des pouvoirs publics confrontés à des déficits importants, qui ont donc de plus en plus souvent recours au secteur privé. Pour Igor de Maack, gestionnaire du fonds DNCA Invest Beyond Infrastructure and Transition, " les infrastructures sont les épines dorsales de toutes les économies du monde. Un pays bien équipé en infrastructures est plus à même de lutter au niveau mondial. Ce sont des actifs réels et tangibles facilement compréhensibles pour l'investisseur et l'épargnant : autoroutes, aéroports, ports, réseaux de transport de gaz, d'électricité, satellites, etc. ". Diverses études estiment d'ailleurs les besoins en investissements à 50.000 milliards de dollars d'ici 2030. " La capitalisation boursière du secteur de l'infrastructure dépasse 2.000 milliards de dollars, et devrait continuer à augmenter très rapidement, explique Nick Langley. D'autant que les gouvernements sont aujourd'hui conscients que les dépenses d'infrastructure sont essentielles pour soutenir la productivité d'un pays et la croissance de l'économie. " Le secteur de l'infrastructure est constitué d'un très grand nombre de sous- secteurs, ce qui permet aux gestionnaires de fonds d'avoir des positionnements relativement diversifiés. Chez M&G, Alex Araujo souligne par exemple avoir un intérêt " pour les entreprises exposées sur l'augmentation des besoins en connectivité, comme les data centers, les tours de communications ou les réseaux de fibre optique ". Chez Legg Mason Rare, Nick Langley explique que son portefeuille est exposé de manière prédominante sur les Etats-Unis, avec une prédilection pour les actifs défensifs au détriment des groupes plus sensibles aux conditions économiques comme les compagnies ferroviaires ou concessions routières (péages). Jay Rosenberg, gestionnaire du fonds Nuveen Global Infrastructure, précise que sa sélection de titres visera à limiter la sensibilité aux cours des matières premières, afin d'augmenter la prédictibilité de la performance financière et diminuer la volatilité du portefeuille. De son côté, Igor de Maack (DNCA) est également attiré par les infrastructures de communication (tours de communication, satellites, etc.), mais également à " tout ce qui touche aux énergies renouvelables. La perspectives de normes beaucoup plus sévères concernant la production de CO2 rend nécessaire la recherche de solutions propres en matière de production énergétique ". Il convient de noter que tous les fonds exposés sur l'infrastructure vont avoir des univers qui seront parfois assez différents. Chez M&G, l'accent est mis sur les groupes qui détiennent ou qui opèrent des actifs physiques, car ces entreprises bénéficient d'une protection de fait sur leur marché, ce qui leur permet de verser des dividendes croissants. " Nous appliquons également un filtre ESG (critères environnementaux et sociaux de gouvernance) dans notre processus de sélection, et nous appliquons des limites strictes sur les producteurs d'énergie qui se reposent sur le charbon ou sur le nucléaire ", précise Alex Araujo. Chez DNCA, la sélection sera davantage exposée sur les sociétés européennes (au moins deux tiers des actifs sous gestion). " Notre ADN va nous pousser à placer la valorisation au centre de notre processus de sélection, en plus d'un filtre ESG afin de réduire l'empreinte carbone de notre portefeuille et trouver de nouvelles idées dans le domaine de la transition énergétique durable ", explique à son tour Igor de Maack. Les différents fonds exposés sur l'infrastructure vont généralement avoir un nombre relativement réduit de position (autour de 50) avec un taux de rotation des actifs qui sera relativement faible, typiquement inférieur à 50% par an. Jay Rosenberg (Nuveen) souligne pour sa part le besoin d'avoir une philosophie active afin de pouvoir réagir aux modifications réglementaires au niveau global. " Il y a également d'autres formes d'imprévisibilité dans le secteur, comme le montre par exemple la chute du cours d'Atlantia suite à l'effondrement du pont de Morandi à Gênes, en Italie, en 2018. La diversification du portefeuille et la liquidité des positions restent la meilleure manière de limiter le risque sur le secteur. " Depuis le début 2019, les gestionnaires n'ont donc généralement pas modifié en profondeur leur exposition sectorielle en dépit d'un environnement macroéconomique de plus en plus incertain. Chez Legg Mason, Nick Langley souligne ainsi ne pas avoir fondamentalement modifié ses expositions sectorielles et géographiques durant le trimestre écoulé. " Pour des raisons de valorisation, nous sommes toutefois sortis de quelques positions dont la valorisation était devenue trop élevée, et nous avons pris des positions sur des noms tels que Red Electrica (Espagne), Aqua America (Etats-Unis), SSE (Royaume-Uni) ou Clearway Energy (Etats-Unis). " " Nous avons légèrement modifié notre exposition régionale afin de revenir vers les segments qui présentent des valorisations attractives, indique Alex Araujo (M&G). L'Amérique du Nord reste notre principal marché en raison d'un environnement réglementaire favorable et d'une profondeur du marché au niveau sectoriel. " Enfin, chez DNCA, Igor de Maack explique avoir intégré davantage de sociétés européennes actives dans la transition énergétique, avec notamment des investissements réalisés dans Voltalia (éolien), Mc Phy Energy (stockage d'électricité), Ecoslops (recyclage de résidus pétroliers maritimes) ou 2CRSI (serveurs efficients). " Nous avons également des positions dans des producteurs d'énergie verte, comme Albioma. "