Il existe diverses manières de mesurer la cherté d'une action ou d'une Bourse dans son ensemble. La plus classique est le rapport cours/bénéfice, ou P/E. Le bénéfice par action retenu est, en principe, celui attendu pour l'année en cours.

Une variante assez populaire, ces dernières années, consiste à retenir le bénéfice ajusté de l'inflation et lissé sur les 10 dernières années. C'est l'approche imaginée par le célèbre économiste Robert Shiller, professeur à l'Université de Yale et prix Nobel d'économie en 2013.

Egalement appelé CAPE, ce Shiller P/E ratio a pour faiblesse, selon ses détracteurs, d'être trop influencé par les désastreuses années de crise 2008 et 2009. La somme des bénéfices des 10 dernières années étant dès lors non pas simplement lissée mais massacrée, ce ratio attribuerait à la Bourse (américaine) une cherté excessive.

Le mouvement haussier de long terme ne fait que commencer, selon le stratégiste en actions de Morgan Stanley. © DR

Ce n'est qu'un début...

Considérant que les bénéfices sont une notion comptable qu'une entreprise peut largement manipuler, certains préfèrent rapporter le cours à la marge brute d'exploitation, ou Ebitda.

Mais voilà qu'une mesure vraiment originale de la cherté de Wall Street vient d'émerger : l'indice Standard & Poors 500 divisé par... le prix de l'or.

Conseil à ceux qui s'apprêteraient à qualifier cette approche de farfelue et bonne à jeter : abstenez-vous d'urgence ! Elle n'émane pas d'un pseudo-économiste en chambre, mais de Michael Wilson, qui est rien moins que chief equity strategist de la maison Morgan Stanley. Voilà qui mérite dès lors au moins un coup d'oeil...

Pourquoi l'or, cette relique barbare comme la qualifiait Keynes ? " En raison des nombreuses critiques et changements de méthodologie du calcul de l'indice des prix à la consommation, nous utilisons le cours de l'or en guise d'indicateur fiable de la véritable valeur du dollar sur une longue période ", explique le stratégiste. Un peu surprenant.

Quoi qu'il en soit, il s'agit donc de corriger l'indice des effets de l'inflation. Dans quel but ? Replacer le niveau actuel de l'indice en perspective historique.

Michael Wilson avait, en effet, affirmé en janvier dernier que l'on avait atteint le sommet de l'année, au niveau du sentiment des investisseurs, sinon des cours. Tout en confirmant son point de vue, il tient à préciser que ce sommet n'est que temporaire : on demeure en plein marché haussier de long terme ( secular bull market).

Le message est clair : la hausse n'atteint encore que 200 %, contre 1.100 et 3.100 % pour les secular bull markets précédents ! Des attentes d'un optimisme doré sur tranche...