La protonthérapie est une forme de radiothérapie consistant à irradier une zone à partir d'un faisceau de protons. Son utilisation se concentre en oncologie où elle est réputée être plus précise que les rayons X, permettant d'épargner les tissus sains autour de la tumeur. Les principales utilisations sont ainsi envisagées chez les enfants ainsi que pour les cancers tête et cou, du sein gauche (proche du coeur), du poumon et de la prostate, les tumeurs gastro-intestinales. Le principal inconvénient de la protonthérapie est son coût : plus du double d'une radiothérapie classique. L'INAMI ne rembourse ainsi actuellement la protonthérapie que pour des formes rares de cancer touchant des enfants et adolescents, soit une cinquantaine de cas par an pour un budget de 3,6 millions. La construction d'un premier centre en Belgique, à Louvain, et un second projet à Charleroi l'ont toutefois poussé à revoir sa position. Il a ainsi chargé le Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE) d'examiner l'utilité de la protonthérapie pour le traitement d'une série de cancers chez l'adulte.

Pas de preuve de son utilité

Son verdict est sans appel : "l'analyse approfondie de la littérature scientifique internationale n'a malheureusement pas permis de trouver des preuves irréfutables de la supériorité de la technique par rapport à la radiothérapie conventionnelle". Le KCE préconise même que "les patients soient clairement informés du fait que l'efficacité clinique et la sécurité à long terme de la protonthérapie n'ont pas encore été confirmées par des essais cliniques scientifiquement fiables". Un avis radical mais pas très surprenant. En 2015, le KCE avait déjà sorti un carton jaune pour le traitement des cancers pédiatriques par protonthérapie : "aucune étude clinique de bonne qualité indiquant que la protonthérapie appliquée aux enfants donne de meilleurs résultats et provoque moins d'effets secondaires que la radiothérapie classique". Bien que 120000 patients ont déjà été traités dans le monde depuis 1954. Les chercheurs épinglaient que "certaines formes de protonthérapie peuvent également entraîner des irradiations néfastes en libérant des neutrons".

10 ans, une éternité

Le KCE souligne qu'il faudra attendre 2027 et surtout juin 2029 pour avoir les résultats d'une large étude de suivi sur 20000 patients, un horizon extrêmement lointain pour IBA. Le leader mondial des centres de protonthérapie a basculé en perte en 2017 et son objectif d'un retour à la rentabilité en 2018 demeure en suspens. Les principales raisons sont l'émergence d'un concurrent plus solide, l'Américain Varian, et un ralentissement du marché. Après une année 2017 particulièrement difficile, IBA a pu annoncer des commandes portant sur 8 centres en tout en 2018 mais la signature du contrat définitif se fait toujours attendre pour 4 d'entre eux.

Un remboursement problématique

Les analystes de KBC Securities demeurent toutefois confiants, évoquant une péripétie belgo-belge liée à la sensibilité financière et politique du dossier. Du côté de DegroofPetercam, on est toutefois plus prudent avec un objectif de cours raboté de 22 à 13 euros en confirmant que les bénéfices théoriques de la protonthérapie n'ont pas encore été réellement démontrés au travers d'études. ING maintient pour sa part son conseil de vendre. C'est que la Belgique n'est pas la seule à rechigner à rembourser la protonthérapie. Aux États-Unis, les assureurs refusent de plus en plus souvent d'intervenir, invoquant également le manque d'études cliniques établissant la supériorité de cette technique. Au contraire, ils se basent sur une étude de 2012 selon laquelle la protonthérapie n'est pas supérieure dans le cas du traitement de la prostate. Cela risque évidemment de déprimer davantage le marché des centres de protonthérapies.