Le secteur biotech a connu de nombreuses années de forte croissance, une tendance qui a toutefois été brisée en 2016 lors de l'élection présidentielle américaine. Le marché craignait, à l'époque, que le nouveau président n'adopte une politique beaucoup plus dure pour les prix des médicaments. Il semble toutefois que ces craintes aient été très largement exagérées. " Cette correction nous a permis de trouver des sociétés valorisées de manière attractive. Et la valorisation actuelle du secteur reste intéressante par rapport aux niveaux historiques ", souligne Marie-Laure Schaufelberger (Pictet Asset Management).

Après s'être bien comporté durant les premiers mois de 2017, le secteur biotech a toutefois été pris dans une spirale négative. " C'est un mouvement de rotation sectoriel brutal qui n'est pas spécialement justifié ", souligne Rudi Van Den Eynde (gestionnaire du fonds Candriam Equities Biotechnology). " Pour le reste, les fondamentaux restent assez favorables avec 35 nouvelles molécules approuvées en 2017, et un responsable au niveau du gouvernement américain qui est un ancien d'Eli Lilly, qui comprend donc que les efforts de recherche doivent être récompensés ".

Concurrence

Pour autant, il souligne que les mécanismes du marché seront de nature à faire pression sur les prix des médicaments. " La concurrence a tendance à augmenter dans certaines zones thérapeutiques comme la sclérose en plaques, l'hépatite C ou l'arthrite. Dans ces domaines, il existe aujourd'hui une panoplie de traitements qui offrent des alternatives aux assureurs américains, avec des prix qui sont aujourd'hui à la baisse. C'est un développement positif pour les patients, et je préfère que ce soient les mécanismes du marché qui limitent la croissance des prix plutôt que des initiatives réglementaires ", souligne Rudi Van Den Eynde (Candriam Investors Group).

A l'heure actuelle, le secteur biotech est composé de 95 % de petites et moyennes capitalisations, et de 5 % de grandes capitalisations. " Ces dernières représentent toutefois plus de 75 % de la capitalisation boursière du secteur et sont domiciliées à 91 % sur le territoire américain ", indique Marie-Laure Schaufelberger (Pictet Asset Management). Les 10 premières positions du portefeuille de Pictet Biotech sont ainsi situées aux Etats-Unis, et pèsent plus de 50 % des actifs sous gestion. " Il n'est pas étonnant de voir des sociétés européennes, comme Argen-X ou Galapagos (qui sont détenues dans le portefeuille) aller se faire coter sur la Bourse américaine afin d'attirer des investisseurs professionnels. Comparé à l'Europe, l'environnement américain reste beaucoup plus favorable au financement des biotechs ".

Liquide et binaire

Dans son portefeuille, Rudi Van Den Eynde (Candriam Investors Group) ne détient que Galapagos parmi les valeurs belges. Il apprécie notamment les perspectives du Filgotinib et estime que le pipeline du groupe devrait encore sortir plusieurs traitements intéressants durant les prochaines années. " Chaque baisse excessive du cours doit être vue comme une opportunité pour se renforcer ". S'il suit également les trajectoires des traitements développés par Ablynx ou Argen-X, il estime néanmoins que ces sociétés sont encore trop peu liquides pour constituer " une opportunité d'investissement pour un fonds de notre taille ".

Marie-Laure Schaufelberger (Pictet Asset Management) souligne la nécessité de diversifier son exposition aux risques binaires en diversifiant son portefeuille " afin de ne pas voir la performance trop affectée par un échec dans le processus thérapeutique ". Dans ce cadre, elle met en évidence les perspectives de Celgene, notamment dans le cadre d'une alliance avec IBM Watson qui vise à intégrer des intelligences artificielles dans le développement thérapeutique afin de limiter les effets secondaires et les risques liés au développement clinique.

De son côté, Rudi Van Den Eynde (Candriam Investors Group) souligne les perspectives favorables d'Amgen, " en raison de la capacité du groupe à défendre ses brevets face à l'arrivée de génériques biosimilaires (molécules complexes). En outre, le groupe est lui-même en train de se positionner sur la production de biosimilaires, et constitue donc une protection contre l'arrivée de ces génériques sur les molécules complexes ".

Cancer

Les deux gestionnaires se retrouvent dans la nécessite d'investir sur les traitements les plus innovants, avec environ 30 % des actifs sous gestion exposés sur le cancer. " C'est un domaine sur lequel il est très facile de démontrer l'efficacité d'un traitement, puisqu'il s'agit généralement de vie ou de mort. C'est beaucoup plus indiscutable par rapport à d'autres domaines thérapeutiques, et les réussites y sont les plus spectaculaires ", souligne Rudi Van Den Eynde (Candriam Investors Group).

" Les pipelines sont riches et d'importants efforts sont actuellement déployés afin de comprendre comment cette maladie évolue. Nous apprécions les sociétés qui développent des traitements de pointe dans des maladies neurologiques comme Parkinson ou Alzheimer (15 % du portefeuille) ou dans les maladies orphelines (20%) ", indique Marie-Laure Schaufelberger (Pictet Asset Management).

Pour autant, la profondeur des pipelines dans ce domaine pousse à être prudent. " Il y a tellement de traitements intéressants qui sont en train d'être développés dans le domaine du cancer, que les perspectives sont souvent troubles. Je pense qu'il est important d'attendre 12 mois afin d'avoir plus de données cliniques et voir qui a raison entre les différentes approches. Certaines molécules sont parfois démodées avant de sortir des essais cliniques ", indique Rudi Van Den Eynde (gestionnaire du fonds Candriam Biotech). " Nous assistons à une période de transformation, et il est étonnant de voir avec quelle vitesse les nouveaux traitements arrivent avec les mêmes mécanismes d'actions. La valorisation qu'il est possible de mettre sur une nouvelle molécule est probablement moins élevée que par le passé ".

Alzheimer

Les deux gestionnaires apprécient les perspectives offertes actuelle-ment par un groupe comme Biogen, qui développe un traitement révolutionnaire pour la maladie d'Alzheimer. Il pourrait être en mesure de ralentir le développement de plaques amyloïdes dans le cerveau. "Même si ce traitement ne soignera pas la maladie, et permettra tout au plus de garder le patient un ou deux ans de plus à la maison, les économies de coûts seront tellement substantielles qu'il est appelé à devenir un énorme blockbuster vu le manque d'options thérapeutiques dans ce domaine, avec des ventes qui pourraient facilement atteindre 10 à 15 milliards de dollars", souligne Rudi Van Den Eynde (Candriam Investors Group). "Les patients doivent être traités le plus tôt possible afin de pouvoir prolonger le temps qu'ils passeront à leur domicile".

Il souligne qu'Alzheimer reste une condition sur laquelle les avancées médicales restent encore faibles. "Le développement des plaques amyloïdes est vraisemblablement une des conditions du développement de cette maladie, mais ce n'est pas la seule. Si les progrès dans le traitement du cancer devraient être considérables durant les 20 prochaines années, je ne suis pas aussi confiant pour une maladie comme Alzheimer, dont les mécanismes d'action restent encore largement méconnus".