La dette émergente est devenue une classe d'actifs importante durant les 20 dernières années. Elle dépasse désormais les 2.000 milliards de dollars en actifs sous gestion, soit un niveau comparable à la dette d'entreprise de qualité Investment Grade en Europe ou à la dette à haut rendement au niveau américain. Durant les années qui viennent, la prochaine classe obligataire qui va émerger pourrait bien être les obligations des marchés frontières, soit des pays sont donc encore plus éloignés sur la piste du développement économique et qui ne rentrent pas encore dans le groupe des marchés émergents.

Il n'existe actuellement qu'un nombre très limité de produits disponibles sur le marché belge, notamment chez Global Evolution (un gestionnaire danois très spécialisé sur les différents marchés de la dette émergente) ou chez Aberdeen Standard Investments. Pour autant, le mouvement est clairement à une plus grande ouverture depuis quelques années, avec un nombre croissant de pays émetteurs, et une ouverture vers les entreprises qui entraîne une diversification croissante des opportunités d'investissement.

Liquidités

Anthony Simond, membre de l'équipe de gestion sur la dette des pays frontières chez Aberdeen Standard Investments, souligne que la stratégie proposée par le gestionnaire britannique a été lancée en 2013.

" Les développements favorables du marché de la dette frontière ont permis un passage vers une liquidité journalière à une clientèle professionnelle au mois d'août 2017, explique-t-il, et nous constatons un intérêt accru des clients pour cette stratégie avec un nombre croissant de grand investisseurs institutionnels. Les actifs sous gestion sont encore inférieurs à 200 millions de dollars mais nous estimons que le fonds pourrait voir sa taille progresser jusqu'à 1 milliard de dollars sans que cela ne remette fondamentalement en question notre stratégie d'investissement. "

Le principal intérêt de la dette frontière est certainement un rendement nominal très élevé (de 9 % en moyenne), qui permet de compenser dans de nombreux cas le risque pris. Le fonds d'Aberdeen Standard Investments affiche une volatilité qui est en ligne avec celle qu'il est possible d'obtenir sur un fonds investi sur les obligations à haut rendement dans les pays développés.

Devise locale

Dans cette stratégie, Anthony Simond souligne que l'équipe de gestion a la possibilité d'investir sur l'ensemble des émissions disponibles sur les marchés frontières, que l'émetteur soit un gouvernement souverain ou une entreprise, que l'émission soit libellée en devise locale ou en monnaie forte. Dans la pratique, près de 90 % des 80 lignes dans le portefeuille seront constituées d'émissions souveraines, et 85 % seront en devises fortes, notamment pour des raisons de liquidité.

" A terme, nous estimons toutefois que le potentiel réside surtout dans les émissions en devises locales et nous avons pour ambition d'augmenter la proportion investie sur ce segment jusqu'à 35 % des actifs sous gestion. " La sélection des différentes lignes nécessite une forte présence locale, et ce type de stratégie nécessite donc d'investir des moyens humains dans la recherche et la connaissance des différents pays. " Il est obligatoire que nous ayons une appréciation positive sur le pays avant de pouvoir regarder quelles émissions pourraient éventuellement nous intéresser ", ajoute Anthony Simond.

Visites

Anthony Simond " Le potentiel réside surtout dans les émissions en devises locales. " © PG

" Nous faisons entre 50 et 60 visites par an dans les différents pays frontières, en rencontrant tant des officiels du gouvernement ainsi que des économistes locaux ou des spécialistes des grandes institutions internationales (Banque mondiale, Fonds monétaire international, etc.). Nous nous intéressons aux pays qui émettent déjà, afin d'avoir une perception fidèle de ce qui se passe sur le terrain. Mais nous regardons également ceux qui sont susceptibles d'arriver sur le marché durant les prochaines années, comme ce fut le cas récemment pour le Zimbabwe, afin d'être présents dès le premier jour. "

Investir dans cette classe d'actifs nécessite également d'être bien conscient des problèmes de gouvernance qui peuvent exister dans ces pays. " Nous nous sommes ainsi intéressés au cas du Mozambique en 2016, lorsque des rumeurs ont commencé à circuler sur l'état réel des finances du pays. Notre analyste est allé sur place et est revenu avec une appréciation négative de la situation, en estimant que l'endettement du pays n'était pas soutenable. Ceci nous a permis de sortir du marché sans trop de casse avant que le pays ne fasse officiellement défaut quelques mois plus tard. "

La philosophie de gestion d'Aberdeen Standard Investments se base sur une approche collégiale des différentes équipes de gestion. Il n'y a pas de gestionnaire principal du fonds et les différents gestionnaires/analystes sont encouragés à échanger des informations et à remettre en cause les idées d'investissement de l'ensemble de l'équipe. " Personne ne va imposer sa vision à l'ensemble de l'équipe ", souligne encore Anthony Simond.

Matières premières

Investir sur les marchés frontières comporte toutefois certains risques, comme l'impact d'une politique monétaire plus restrictive au niveau américain. " Ce risque ne doit toutefois pas être exagéré et la dette des marchés frontières a historiquement démontré une corrélation peu importante avec l'évolution du taux directeur américain. C'est également une classe d'actifs moins détenue par les institutionnels occidentaux, et qui est donc moins soumise aux sorties de capitaux que la dette émergente. " De même, les devises de ces pays peuvent parfois être volatiles. Mais Anthony Symond estime que le dollar ne devrait pas avoir trop d'impact durant les prochains mois : " La plupart de ces devises sont déjà bon marché ".

Au niveau géographique, il apprécie notamment les perspectives offertes par des pays africains comme le Nigeria, le Ghana ou l'Egypte. " L'Egypte affiche des rendements obligataires de 17 %, avec une devise très stable et un programme de réformes supervisé par le FMI. L'inflation devrait tomber vers les 10 % d'ici la fin de l'année, ce qui devrait permettre à la banque centrale de relâcher son étreinte. Le Nigéria est un cas de figure plus ou moins équivalent, avec un potentiel d'appréciation de la devise si le niveau du baril de pétrole se maintient sur les niveaux actuels. Le Ghana affiche également un taux largement supérieur à 15 % avec un programme de réduction du déficit fiscal qui devrait permettre au pays de bien se comporter. "

Anthony Simond souligne que le principal risque pour sa stratégie est d'être trop exposée sur les pays dépendants des matières premières, et donc d'avoir une exposition trop importante sur les pays africains. " C'est pourquoi nous sommes également bien exposés sur des pays comme la République dominicaine ou le Sri Lanka. Pour le premier pays, le rendement est plus faible (autour de 7-8 %), mais le pays connaît une croissance économique soutenue, avec un gouvernement solide et des flux d'investissement en provenance de l'étranger. Pour le second, nous apprécions les perspectives favorables sur la devise et sur l'inflation, avec un rendement de 9 % qui en fait une de positions favorites à l'heure actuelle sur la dette des pays frontières. "