La faiblesse actuelle des taux fait reposer d'importantes contraintes sur les investisseurs, qu'ils soient institutionnels ou privés. Alors que les compagnies d'assurance doivent faire face à la nécessité de financer leurs engagements sur le long terme, en investissant de manière très réglementée sur des classes d'actifs peu rémunératrices ; les particuliers font face au défi de devoir financer leur pension tout en ayant accès à nettement moins d'instruments financiers que les professionnels.

Eviter les pertes

Tarek Abou Zeid, client portfolio manager dans le multi-asset chez Amundi, souligne que le premier défi est actuellement le besoin d'éviter les pertes en capital sur le portefeuille. " C'est un défi d'autant plus important que les événements qui provoquent de forts reculs des marchés se sont multipliés ces dernières années. Or, plus la baisse est importante, plus il sera difficile de récupérer ses pertes, en particulier dans un contexte de rendements obligataires extrêmement dépréciés. " Une correction de 50 % sur un portefeuille (par exemple de 100 euros vers 50 euros) nécessitera ainsi que la valeur du portefeuille double avant que l'investisseur retrouve son niveau de départ. Dans ce contexte, il souligne qu'il faut particulièrement se méfier de la faible volatilité actuelle sur les marchés financiers.

Un avis partagé par Michael Fredericks, co-gestionnaire du fonds BlackRock BGF Global Multi-Asset Income qui pèse plus de 8 milliards de dollars en actifs sous gestion. " Le retour de la croissance est un élément positif pour les marchés financiers, mais les valorisations resteront élevées dans de nombreuses classes d'actifs. Et le niveau extrêmement faible de la volatilité incite aujourd'hui à une grande prudence, et à être très humble dans les risques que nous prenons sur les marchés. "

Rendement

Lorsque les pertes en capital ont été évitées, le deuxième grand défi est aujourd'hui de trouver suffisamment de rendement sur les marchés financiers pour financer les pensions dans un contexte où la durée de vie s'allonge et où les difficultés budgétaires des gouvernements occidentaux va rendre de plus en plus difficile le financement des pensions légales. " Les investisseurs ont aujourd'hui la tentation de prendre de plus en plus de risques pour obtenir un peu de rendement en plus. Le but de notre stratégie est au contraire de proposer un rendement compétitif, et surtout ne pas leur faire perdre d'argent ", souligne Michael Fredericks.

" Le ratio entre les personnes actives et les retraités va passer de 7 pour 1 à l'heure actuelle, vers 3,6 pour 1 à l'horizon 2050, souligne Tarek Abou Zeid (Amundi). Cette recherche de rendement a entraîné des flux records vers les marchés obligataires ces deux dernières années, avec des taux qui se sont comprimés vers des niveaux qui ne sont pas soutenables. "

Risques

Pour les prochains mois, Michael Fredericks (BlackRock) estime que sa principale crainte sur les marchés financiers sera la normalisation de la politique monétaire américaine, avec le risque d'une politique trop agressive qui pourrait provoquer une correction majeure. " A ce titre, nous avons été rassurés par la nomination du nouveau gouverneur de la Réserve fédérale (Fed) dont la politique devrait rester en ligne avec celle de Janet Yellen. "

" Il y a également un grand risque de complaisance dans le marché financier : les anticipations du marché tablent actuellement sur un taux à 10 ans pour les obligations américaines de 3 % d'ici cinq ans, contre 2,3 % aujourd'hui, ce qui signifie qu'une normalisation très lente est attendue pour les rendements obligataires, constate Michael Fredericks. Si des pressions inflationnistes font leur apparition et que la Fed doit réagir plus rapidement et plus significativement, il y a un risque de correction certain sur les cours des actions et des obligations. "

Fonds mixtes

Dans ce contexte, Tarek Abou Zeid (Amundi) souligne que plusieurs options s'offrent aux particuliers, comme d'acheter des actions à dividende élevé et vendre des options pour générer une source supplémentaire de revenus ; ou investir sur des fonds mixtes qui adoptent une exposition extrêmement flexibles sur tous les marchés obligataires, et qui proposent des versements attractifs pour les investisseurs tout en évitant les reculs marqués des cours.

Ce type de fonds mixtes à vocation " revenu ", dont nous avons repris quelques exemples dans le tableau, figure parmi les succès commerciaux les plus importants de ces 10 dernières années. La taille de ces différents fonds est souvent très importante, et ce sont plus particulièrement les gestionnaires anglo-saxons qui se sont positionnés sur cette branche du marché, en proposant souvent des formules permettant le versement trimestriel voire mensuel du rendement dégagé par le fonds.

Les différents produits ont dégagé des rendements compris entre 4 et 5,5 % sur l'exercice écoulé, avec une progression du cours annuelle qui a tourné autour de 2 % sur les trois dernières années. Et Michael Fredericks (BlackRock) estime que ce niveau devrait se poursuivre pour les prochaines années. " La principale source de performance dans le futur proviendra du rendement qui sera dégagé sur notre portefeuille, avec une appréciation très modérée du capital. "

La stratégie du fonds BlackRock BGF Global Multi-Asset Income

Le fonds affiche une volatilité extrêmement basse, inférieure à la plupart de ses concurrents. Le gestionnaire peut être investi jusqu'à 60 % sur les marchés boursiers, mais essaie de maintenir le risque global du fonds sous le niveau d'un portefeuille investi à 50 % en actions et 50 % en obligations. Actuellement, les actions ne représentent que 25 % des actifs sous gestion. " Nous avons l'opportunité de pouvoir aller sur toutes les classes d'actifs, de ne pas être liés à un indice, et de pouvoir avoir plusieurs équipes de gestion qui vont s'occuper d'investir la partie du portefeuille que nous leur allouons. "

Ces dernières années, Michael Fredericks a réduit fortement son exposition sur la dette d'entreprise à haut rendement de 50 % des actifs sous gestion en 2011 à environ 20 % à l'heure actuelle. Dans le même temps, la proportion des actifs investis dans des classes non traditionnelles (dette émergente, immobilier, emprunts privés, etc.) a littéralement explosé, et représente aujourd'hui 40 % des encours. " Ces produits ont des performances nettement plus stables que le haut rendement ou les actions, mais une performance ennuyante est souvent tout ce qui plaît à un investisseur obligataire. "

Le fonds de BlackRock va également faire un usage intensif de mécanismes de couverture, que ce soit sur la poche actions, sur la duration du portefeuille obligataire (diminuée afin de ne pas être exposé à un mouvement haussier sur les taux directeurs) voire sur l'exposition en devises.

Quant à la poche exposée sur les marchés boursiers, Michael Fredericks souligne apprécier les actions à dividendes élevés en Europe au vu de leur valorisation attractive, tandis que l'exposition sur les Etats-Unis sera davantage dirigée vers des sociétés affichant une croissance attendue de leur résultat supérieure à 10 %. Par contre, le fonds sera peu exposé sur les marchés émergents, " une classe d'actifs difficile pour un fonds défensif comme le nôtre, qui a tendance à corriger très lourdement lors des phases de correction. "