Si la Cop26 s'est clôturée sur un bilan globalement mitigé, la conférence a signé la renaissance du nucléaire. Longtemps rangée sur le banc des accusés après Tchernobyl ou Fukushima, elle est aujourd'hui considérée comme une solution dans un nombre de plus en plus élevé de pays (sauf en Belgique visiblement). En France, Emmanuel Macron a ainsi annoncé la construction de six nouveaux réacteurs de type EPR. Aux Etats-Unis, pas encore d'annonce chiffrée, mais Jennifer Granholm, secrétaire à l'Energie de Joe Biden, n'a pas caché son enthousiasme: "Le graal est d'identifier une énergie propre et constante... Le nucléaire est une énergie propre constante et largement distribuable, nous voulons donc y avoir davantage recours".

De plus en plus de pays plaident pour que l'énergie nucléaire soit intégrée à la taxonomie européenne des activités vertes.

C'est toutefois la Chine qui a frappé le plus fort avec l'annonce d'un programme détaillé de développement de la filière nucléaire. La deuxième économie mondiale compte investir 440 milliards de dollars au cours des 15 prochaines années pour construire 150 nouveaux réacteurs, autant que dans le reste du monde durant les 35 dernières années.

Preuve que la Chine compte énormément sur l'atome, c'est la seule source d'énergie pour laquelle le pays prévoit des objectifs intermédiaires dans ses plans quinquennaux, contrairement aux énergies renouvelables sur lesquelles compte aussi le pays pour atteindre la neutralité carbone pour 2060 au plus tard. La Chine, qui fait d'ores et déjà jeu égal avec la France, devrait ainsi devenir la première puissance nucléaire civile devant les Etats-Unis dès 2026.

Opinion publique

Ce soudain retour en grâce du nucléaire est notamment à mettre en parallèle avec l'évolution de l'opinion publique concernant l'énergie atomique. Tout particulièrement aux Etats-Unis où la part des personnes très favorables ou plutôt favorables à l'énergie nucléaire est passée en trois ans de 49% à 59% avec une évolution particulièrement marquée parmi les démocrates, comme vous pouvez le constater dans le graphique ci-dessous.

Dans un contexte de prise de conscience accrue concernant les risques des émissions de CO2 et du changement climatique, l'une des principales raisons citées par les Américains pour soutenir l'énergie nucléaire est "faire croître l'économie tout en réduisant la pollution pour notre climat et notre santé". En France, selon un sondage Elabe/LesEchos, ils sont au total 62% à estimer que le pays devrait "construire de nouvelles centrales nucléaires pour remplacer les anciennes et rénover les existantes", que ce soit en parallèle au développement des énergies renouvelables (52%), ou pas (10%).

Chez nous, l'opinion semble aussi évoluer en faveur de l'énergie nucléaire. Selon le dernier Grand Baromètre Ipsos-Le Soir-RTL- Het Laatste Nieuws-VTM, 47% des Belges se déclarent contre la fermeture des centrales existantes en 2025 et 30% "pour", 23% ne se prononçant pas. Au niveau européen, de plus en plus de pays plaident par ailleurs pour que l'énergie nucléaire soit intégrée à la taxonomie européenne des activités vertes, qui est importante notamment pour tous les aspects liés au financement.

Doublement d'ici 2040?

Ce soutien commence à se refléter dans le développement des centrales. Pendant des années, l'énergie nucléaire est restée à la traîne, sur fond de fermeture de réacteurs. La part du nucléaire dans la production mondiale d'électricité a ainsi reculé de plus de 17% en 2001, à 10,1% en 2020. Aujourd'hui, 445 réacteurs nucléaires sont en activité dans le monde, représentant une puissance de 394 GW selon World Nuclear, et une cinquantaine sont en construction. Pas moins de 15 nouveaux réacteurs devraient déjà être lancés d'ici la fin de l'année prochaine.

Dans son rapport de marché, World Nuclear prévoit une hausse de 2,6% par an de la capacité opérationnelle à 439 GW en 2030 et 615 GW en 2040 dans son scénario de référence. Dans un schéma optimiste, la capacité pourrait même atteindre 521 GW en 2030 et 839 GW en 2040, soit une progression de 113% par rapport à la capacité actuelle. L'impact le plus évident de cette croissance est évidemment une hausse de la demande d'uranium. Selon le scénario de référence, elle augmenterait de 62.500 tonnes en 2021 à 79.400 tonnes en 2030 et 112.300 tonnes en 2040.

Uranium: un marché multifactoriel

Actuellement, le marché de l'uranium demeure déprimé, malgré un rebond de 60% du cours. La livre d'octaoxyde de triuranium (U3O8), privilégié sur les marchés en raison de sa grande stabilité, s'échange actuellement à 48 dollars, contre un pic de 140 dollars en 2007. Ce prix réduit explique la chute de la production (minière) mondiale d'uranium de 63.207 tonnes en 2016 à 47.731 tonnes en 2020. Une partie de la demande actuelle est en effet comblée par l'offre secondaire comme l'utilisation d'uranium qui était destiné à un usage militaire ou des déchets des centrales pour récupérer les éléments exploitables.

Selon World Nuclear, cette offre secondaire va se tarir à l'avenir, ce qui devrait progressivement à nouveau tendre le marché de l'uranium. D'autant plus que les investissements dans la production ont fortement baissé. La chute des cours "a provoqué non seulement une forte diminution des activités d'exploration de l'uranium (de 77%, passant de 2,12 milliards de dollars en 2014 à 483 millions en 2018), mais aussi la réduction de la production d'uranium dans les mines existantes, plus de 20.500 tonnes de production annuelle étant mises l'arrêt". On notera ainsi que les réserves d'uranium sont certes abondantes mais basées sur des prix relativement plus élevés de 130 ou 260 dollars par kg d'uranium, ce qui correspond respectivement à 50 et 100 dollars la livre d'octaoxyde de triuranium.

Profiter de la hausse des prix?

Une accélération du développement du nucléaire ferait donc certainement grimper les cours. D'autant que la filière est assez peu sensible au prix de l'uranium. Le coût total du combustible nucléaire (incluant toute sa préparation) est de 0,006 dollar par kWh et passerait à 0,009 si le prix de l'uranium double. Soit moins d'un cent par kWh alors que le coût total estimé est de 3 à 15 cents pour un nouveau projet, selon World Nuclear. Cette grande fourchette s'explique avant tout par les hypothèses de taux retenues, l'essentiel des coûts provenant de la construction des infrastructures. L'environnement actuel de taux est donc particulièrement favorable au niveau économique.

Les producteurs d'uranium seraient évidemment les premiers à profiter d'une hausse durable des prix. Cameco est un acteur de référence dans l'uranium et le combustible nucléaire, étant actif au Kazakhstan, au Canada et en Australie, les trois principaux pays producteurs. Le groupe canadien développe plusieurs projets qui lui permettraient de profiter d'une reprise de la demande. Le quasi-triplement du cours en un an a certes tendu la valorisation mais les analystes restent relativement confiants avec un avis moyen de surperformance.

Autre option et autre groupe canadien, NexGen Energy développe le plus important projet actuellement en cours dans la production d'uranium. Situé au Canada dans le Saskatchewan, une province réputée dans la production d'uranium notamment, il offre des coûts relativement réduits. Le profil de risque du titre est évidemment plus élevé, étant donné que la production ne doit démarrer qu'en 2025. Mais le groupe dispose aujour-d'hui d'une solide trésorerie (227 millions de dollars canadiens) et la valorisation fondamentale demeure raisonnable au vu du potentiel de production (plus de 20 millions de livres par an). Ce qui explique que 9 analystes sur 10 restent à l'achat avec un objectif moyen de 9,24 CAD (potentiel de 40%).

Peu d'opportunités

A long terme, l'uranium n'est toutefois pas un pari sûr. Le développement de la surgénération, permettant de réutiliser le combustible, l'exploitation de l'uranium contenu dans l'eau de mer ou les centrales au thorium pourraient bouleverser le marché, même si on parle là sans doute d'un horizon supérieur à 15-20 ans. Les autres options sont toutefois limitées en raison de l'importance des sociétés publiques dans la filière nucléaire, notamment en Russie ou en Chine. L'investisseur peut, par exemple, se tourner vers EDF qui a racheté Areva et est positionné sur de nouveaux projets, en France et au Royaume-Uni notamment. Mais la gestion globale du groupe, toujours largement contrôlé par l'Etat français, n'est pas toujours idéale pour les autres actionnaires comme en témoigne la chute de 85% du cours en 14 ans.

Le géant sud-coréen de l'électricité Kepco (Bourse de Séoul ; KR7015760002 ; potentiel de hausse de 26% selon les analystes) est aussi très actif dans le développement et l'exploitation de réacteurs nucléaires, commercialisant l'APR1400, retenus en Corée du Sud et aux Emirats arabes unis. Les groupes japonais Mitsubishi Heavy Industries et Toshiba sont aussi présents dans le nucléaire, parmi de nombreuses autres activités. Retenons enfin l'entreprise américaine BWX Technologies (Bourse de New York ; BWXT ; potentiel de 31% selon le consensus), un des rares acteurs cotés spécialisés dans le nucléaire: composants et carburant pour les centrales comme pour les sous-marins, les fusées ou la médecine nucléaire.

Si la Cop26 s'est clôturée sur un bilan globalement mitigé, la conférence a signé la renaissance du nucléaire. Longtemps rangée sur le banc des accusés après Tchernobyl ou Fukushima, elle est aujourd'hui considérée comme une solution dans un nombre de plus en plus élevé de pays (sauf en Belgique visiblement). En France, Emmanuel Macron a ainsi annoncé la construction de six nouveaux réacteurs de type EPR. Aux Etats-Unis, pas encore d'annonce chiffrée, mais Jennifer Granholm, secrétaire à l'Energie de Joe Biden, n'a pas caché son enthousiasme: "Le graal est d'identifier une énergie propre et constante... Le nucléaire est une énergie propre constante et largement distribuable, nous voulons donc y avoir davantage recours". C'est toutefois la Chine qui a frappé le plus fort avec l'annonce d'un programme détaillé de développement de la filière nucléaire. La deuxième économie mondiale compte investir 440 milliards de dollars au cours des 15 prochaines années pour construire 150 nouveaux réacteurs, autant que dans le reste du monde durant les 35 dernières années. Preuve que la Chine compte énormément sur l'atome, c'est la seule source d'énergie pour laquelle le pays prévoit des objectifs intermédiaires dans ses plans quinquennaux, contrairement aux énergies renouvelables sur lesquelles compte aussi le pays pour atteindre la neutralité carbone pour 2060 au plus tard. La Chine, qui fait d'ores et déjà jeu égal avec la France, devrait ainsi devenir la première puissance nucléaire civile devant les Etats-Unis dès 2026. Ce soudain retour en grâce du nucléaire est notamment à mettre en parallèle avec l'évolution de l'opinion publique concernant l'énergie atomique. Tout particulièrement aux Etats-Unis où la part des personnes très favorables ou plutôt favorables à l'énergie nucléaire est passée en trois ans de 49% à 59% avec une évolution particulièrement marquée parmi les démocrates, comme vous pouvez le constater dans le graphique ci-dessous. Dans un contexte de prise de conscience accrue concernant les risques des émissions de CO2 et du changement climatique, l'une des principales raisons citées par les Américains pour soutenir l'énergie nucléaire est "faire croître l'économie tout en réduisant la pollution pour notre climat et notre santé". En France, selon un sondage Elabe/LesEchos, ils sont au total 62% à estimer que le pays devrait "construire de nouvelles centrales nucléaires pour remplacer les anciennes et rénover les existantes", que ce soit en parallèle au développement des énergies renouvelables (52%), ou pas (10%).Chez nous, l'opinion semble aussi évoluer en faveur de l'énergie nucléaire. Selon le dernier Grand Baromètre Ipsos-Le Soir-RTL- Het Laatste Nieuws-VTM, 47% des Belges se déclarent contre la fermeture des centrales existantes en 2025 et 30% "pour", 23% ne se prononçant pas. Au niveau européen, de plus en plus de pays plaident par ailleurs pour que l'énergie nucléaire soit intégrée à la taxonomie européenne des activités vertes, qui est importante notamment pour tous les aspects liés au financement. Ce soutien commence à se refléter dans le développement des centrales. Pendant des années, l'énergie nucléaire est restée à la traîne, sur fond de fermeture de réacteurs. La part du nucléaire dans la production mondiale d'électricité a ainsi reculé de plus de 17% en 2001, à 10,1% en 2020. Aujourd'hui, 445 réacteurs nucléaires sont en activité dans le monde, représentant une puissance de 394 GW selon World Nuclear, et une cinquantaine sont en construction. Pas moins de 15 nouveaux réacteurs devraient déjà être lancés d'ici la fin de l'année prochaine. Dans son rapport de marché, World Nuclear prévoit une hausse de 2,6% par an de la capacité opérationnelle à 439 GW en 2030 et 615 GW en 2040 dans son scénario de référence. Dans un schéma optimiste, la capacité pourrait même atteindre 521 GW en 2030 et 839 GW en 2040, soit une progression de 113% par rapport à la capacité actuelle. L'impact le plus évident de cette croissance est évidemment une hausse de la demande d'uranium. Selon le scénario de référence, elle augmenterait de 62.500 tonnes en 2021 à 79.400 tonnes en 2030 et 112.300 tonnes en 2040. Actuellement, le marché de l'uranium demeure déprimé, malgré un rebond de 60% du cours. La livre d'octaoxyde de triuranium (U3O8), privilégié sur les marchés en raison de sa grande stabilité, s'échange actuellement à 48 dollars, contre un pic de 140 dollars en 2007. Ce prix réduit explique la chute de la production (minière) mondiale d'uranium de 63.207 tonnes en 2016 à 47.731 tonnes en 2020. Une partie de la demande actuelle est en effet comblée par l'offre secondaire comme l'utilisation d'uranium qui était destiné à un usage militaire ou des déchets des centrales pour récupérer les éléments exploitables. Selon World Nuclear, cette offre secondaire va se tarir à l'avenir, ce qui devrait progressivement à nouveau tendre le marché de l'uranium. D'autant plus que les investissements dans la production ont fortement baissé. La chute des cours "a provoqué non seulement une forte diminution des activités d'exploration de l'uranium (de 77%, passant de 2,12 milliards de dollars en 2014 à 483 millions en 2018), mais aussi la réduction de la production d'uranium dans les mines existantes, plus de 20.500 tonnes de production annuelle étant mises l'arrêt". On notera ainsi que les réserves d'uranium sont certes abondantes mais basées sur des prix relativement plus élevés de 130 ou 260 dollars par kg d'uranium, ce qui correspond respectivement à 50 et 100 dollars la livre d'octaoxyde de triuranium. Une accélération du développement du nucléaire ferait donc certainement grimper les cours. D'autant que la filière est assez peu sensible au prix de l'uranium. Le coût total du combustible nucléaire (incluant toute sa préparation) est de 0,006 dollar par kWh et passerait à 0,009 si le prix de l'uranium double. Soit moins d'un cent par kWh alors que le coût total estimé est de 3 à 15 cents pour un nouveau projet, selon World Nuclear. Cette grande fourchette s'explique avant tout par les hypothèses de taux retenues, l'essentiel des coûts provenant de la construction des infrastructures. L'environnement actuel de taux est donc particulièrement favorable au niveau économique. Les producteurs d'uranium seraient évidemment les premiers à profiter d'une hausse durable des prix. Cameco est un acteur de référence dans l'uranium et le combustible nucléaire, étant actif au Kazakhstan, au Canada et en Australie, les trois principaux pays producteurs. Le groupe canadien développe plusieurs projets qui lui permettraient de profiter d'une reprise de la demande. Le quasi-triplement du cours en un an a certes tendu la valorisation mais les analystes restent relativement confiants avec un avis moyen de surperformance. Autre option et autre groupe canadien, NexGen Energy développe le plus important projet actuellement en cours dans la production d'uranium. Situé au Canada dans le Saskatchewan, une province réputée dans la production d'uranium notamment, il offre des coûts relativement réduits. Le profil de risque du titre est évidemment plus élevé, étant donné que la production ne doit démarrer qu'en 2025. Mais le groupe dispose aujour-d'hui d'une solide trésorerie (227 millions de dollars canadiens) et la valorisation fondamentale demeure raisonnable au vu du potentiel de production (plus de 20 millions de livres par an). Ce qui explique que 9 analystes sur 10 restent à l'achat avec un objectif moyen de 9,24 CAD (potentiel de 40%). A long terme, l'uranium n'est toutefois pas un pari sûr. Le développement de la surgénération, permettant de réutiliser le combustible, l'exploitation de l'uranium contenu dans l'eau de mer ou les centrales au thorium pourraient bouleverser le marché, même si on parle là sans doute d'un horizon supérieur à 15-20 ans. Les autres options sont toutefois limitées en raison de l'importance des sociétés publiques dans la filière nucléaire, notamment en Russie ou en Chine. L'investisseur peut, par exemple, se tourner vers EDF qui a racheté Areva et est positionné sur de nouveaux projets, en France et au Royaume-Uni notamment. Mais la gestion globale du groupe, toujours largement contrôlé par l'Etat français, n'est pas toujours idéale pour les autres actionnaires comme en témoigne la chute de 85% du cours en 14 ans. Le géant sud-coréen de l'électricité Kepco (Bourse de Séoul ; KR7015760002 ; potentiel de hausse de 26% selon les analystes) est aussi très actif dans le développement et l'exploitation de réacteurs nucléaires, commercialisant l'APR1400, retenus en Corée du Sud et aux Emirats arabes unis. Les groupes japonais Mitsubishi Heavy Industries et Toshiba sont aussi présents dans le nucléaire, parmi de nombreuses autres activités. Retenons enfin l'entreprise américaine BWX Technologies (Bourse de New York ; BWXT ; potentiel de 31% selon le consensus), un des rares acteurs cotés spécialisés dans le nucléaire: composants et carburant pour les centrales comme pour les sous-marins, les fusées ou la médecine nucléaire.