Les économistes et les stratégistes émettent en ce moment leurs prévisions pour l'an prochain. L'exercice n'est pas simple vu le contexte actuel. Nous avons eu l'occasion de suivre ces derniers jours les interventions de John Greenwood (économiste en chef chez Invesco), Keith Wade (économiste en chef chez Schroders), Didier Saint-Georges (membre du comité d'investissement stratégique de Carmignac), Pascal Blanqué (responsable de la stratégie d'investissement chez Amundi) et Monica Defend (responsable de la recherche chez Amundi). Nous les avons résumées sur cinq grandes thématiques.
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Les économistes et les stratégistes émettent en ce moment leurs prévisions pour l'an prochain. L'exercice n'est pas simple vu le contexte actuel. Nous avons eu l'occasion de suivre ces derniers jours les interventions de John Greenwood (économiste en chef chez Invesco), Keith Wade (économiste en chef chez Schroders), Didier Saint-Georges (membre du comité d'investissement stratégique de Carmignac), Pascal Blanqué (responsable de la stratégie d'investissement chez Amundi) et Monica Defend (responsable de la recherche chez Amundi). Nous les avons résumées sur cinq grandes thématiques. L'arrivée de Joe Biden à la présidence laisse la porte ouverte à une politique budgétaire plus ambitieuse à condition de trouver un soutien du Sénat. Pascal Blanqué (Amundi) estime que l'élection du démocrate pourrait mener à une politique étrangère normalisée et une politique budgétaire plus ambitieuse, en marge du contrecoup économique de la crise sanitaire. Tout dépendra toutefois de la capacité des démocrates à remporter les deux sièges du Sénat pour lesquels des élections doivent encore se tenir au début 2021. "S'il ne parvient pas à remporter ces deux élections, il lui sera difficile de faire passer des mesures radicales en matière d'écologie, sur les prix des médicaments ou sur la réglementation du secteur technologique", souligne Keith Wade (Schroders). En cas de blocage institutionnel, la relance américaine pourrait être mise en danger. Le plan de relance américain sera un facteur important en 2021, mais c'est surtout la rapidité à laquelle le vaccin sera déployé qui va déterminer le niveau futur de la croissance mondiale. Pour Keith Wade, "les annonces de ces derniers jours m'ont rendu plus optimiste quant aux perspectives de croissance pour l'année prochaine", avec une croissance allemande qui pourrait rebondir vers 5%. "La forme de la reprise sera très différente par rapport à la sortie de la grande crise financière, prévient John Greenwood (Invesco). De nombreux indicateurs conjoncturels ont récemment montré un net redressement de l'activité, avec des gouvernements qui sont intervenus massivement pour soutenir la croissance. "Dans le même temps, l'ensemble des grandes banques centrales ont également pris des mesures extraordinairement fortes pour mettre des liquidités dans les mains des agents économiques. Monica Defend (Amundi) estime pour sa part que la crise sanitaire aura des effets différés importants. " La liquidité abondante masque les fragilités économiques. Nous pensons que la crise sanitaire va accentuer la tendance de déglobalisation, avec un rapatriement domestique de certaines activités. La croissance restera durablement plus faible et plus dépendante de la demande domestique et des politiques budgétaires menées localement, avec une divergence qui aura tendance à augmenter entre les différents pays." Pour John Greenwood (Invesco), la réponse des autorités monétaires et budgétaires explique en grande partie la réaction des marchés boursiers depuis le mois de mars. "Les liquidités qui ont été transférées vers les agents économiques pourraient être activées si les vaccins sont largement disponibles en 2021, avec une reprise économique qui pourrait contraster avec la reprise molle que nous avions connue après 2008", estime-t-il. A plus long terme, l'impact se marquera sur l'inflation avec un décalage lorsque ces moyens financiers auront été déployés dans l'économie, une éventualité que John Greenwood voit se produire en 2022 ou 2023. "Je ne prévois en tout cas pas de grand choc inflationniste pour les prochaines années." "Il est faux de penser que les pressions inflationnistes et les taux obligataires vont rester aux niveaux actuels jusqu'à la fin des temps, estime Pascal Blanqué (Amundi). Nous avons la forte conviction d'une transition vers un nouveau régime macroéconomique, avec un changement de mission pour les banques centrales accompagné d'une fusion entre les politiques monétaires et budgétaires au travers d'une monétisation de la dette. Les inégalités provoquées par l'ancien régime monétaire ne seront plus tolérées dans le futur." Tous les experts s'accordent pour dire que le dollar devrait continuer à refluer face aux autres devises. "Nous ne voyons actuellement pas de scénario économique qui pourrait faire l'impasse sur un recul de la devise américaine durant les prochains mois." Didier Saint-Georges (Carmignac) souligne que cet affaiblissement aura un impact significatif sur de nombreuses classes d'actifs, comme les matières premières ou les marchés émergents. Un avis partagé par Monica Defend (Amundi) qui s'attend à ce que la divergence profite logiquement aux régions affichant des niveaux de croissance endogènes plus rapides. "De même, les cours des matières premières devraient également être soutenus dans ce contexte." Quant à la thématique d'un changement de paradigme sur les marchés boursiers, le débat fait aujourd'hui rage entre ceux qui tablent sur un maintien du leadership pour les valeurs de croissance et ceux qui tablent sur une correction rapide des valeurs technologiques dont les valorisations ont parfois atteint des niveaux délirants durant les derniers mois. Dans ce dernier camp, nous trouvons par exemple Pascal Blanqué (Amundi). "Les marchés sont aujourd'hui trop complaisants avec des valorisations particulièrement tendues dans certains segments du marché, estime-t-il. Ce n'est qu'une question de temps avant que la bulle technologique n'explose." Il souligne que la prudence doit s'imposer aux investisseurs pour les prochains mois. "Dans le même temps, certaines valeurs cycliques de qualité seront bien positionnées pour profiter de la sortie de crise. En ce moment, l'investisseur doit conserver un niveau de liquidité suffisant, afin de pouvoir redéployer le cash lorsque les valorisations se seront normalisées." Didier Saint-Georges (Carmignac) estime pour sa part que les valeurs de croissance reprendront assez rapidement le leadership, lorsque la valorisation des secteurs value et cycliques aura été corrigée à la hausse. "La croissance économique ne va pas repartir sur des niveaux très élevés une fois que la situation sera normalisée, et l'endettement privé reste sur des niveaux toujours très élevés. Dans un environnement où trouver des valeurs de forte croissance reste toujours aussi difficile, nous pensons que les marchés continueront de payer une prime importante pour de telles valeurs."