Relire le dossier de Trends-Tendances consacré aux voitures électriques::
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L'indice paneuropéen Stoxx 600 a établi un nouveau record début avril, parvenant à son tour à effacer le krach du coronavirus en février et mars derniers. Une performance soutenue notamment par le secteur automobile qui affiche un gain de près de 90% en un an et flirte avec ses records. Longtemps délaissé, relégué aux oubliettes du 20e siècle, le secteur automobile connaît une nouvelle jeunesse ces derniers mois. Plusieurs facteurs expliquent ce soudain regain d'intérêt, à commencer par l'ascension spectaculaire de Tesla en 2020. Tout à coup, les marchés ont pris conscience qu'automobile pouvait rimer avec durabilité, technologie, robotisation et e-commerce. De plus, la pandémie a rappelé certains avantages de la voiture personnelle qui ont manifestement convaincu les consommateurs, comme l'illustre la très nette progression des ventes en Chine depuis la réouverture de l'économie. En résumé, la voiture est redevenue tendance et même le CEO d'Apple, Tim Cook, a ressorti des placards le projet d'Apple Car. Pendant longtemps, le secteur automobile a tâtonné sur la bonne motorisation "verte" à adopter. Entre véhicules au gaz naturel, électriques, à hydrogène, hybrides, au bioéthanol, voire à air comprimé chez Peugeot, toutes les pistes étaient ouvertes. Le dieselgate, qui a d'abord éclaboussé Volkswagen en 2015, a accéléré les choses. Le géant allemand a clairement opté pour la voiture électrique à batterie et dégagé des budgets considérables. A la fin de l'année dernière, Volkswagen a relevé son budget investissements stratégiques pour la période 2021-2025 à 73 milliards de dollars. D'autres constructeurs continuent d'investir dans d'autres motorisations, mais avec de moins en moins de conviction, comme le souligne Randeep Somel, gérant chez M&G Investments. "Les piles à combustible (hydrogène, Ndlr) sont encore explorées par d'autres constructeurs automobiles tels que Toyota, précise-t-il, mais même le constructeur japonais accélère sa stratégie en matière de véhicules électriques à batterie.". Il a notamment établi une co-entreprise à 51%-49% avec Panasonic (partenaire historique de Tesla dans la production de batteries) et mise beaucoup sur la prochaine génération de batteries pour électrifier la moitié de ses ventes d'ici 2025. "Il est probable que les piles à combustible trouvent encore une utilisation dans les véhicules effectuant de longues distances, qui nécessitent une autonomie beaucoup plus importante. Si les hybrides rechargeables ont également été proposées comme option, des études récentes en Europe ont montré que la grande majorité des conducteurs ne rechargeaient pas la batterie. Ils étaient donc essentiellement plus polluants." Tesla a également illustré le fait que la production de véhicules électriques à grande échelle était tout à fait possible, ce qui est crucial alors que le moteur à combustion est ciblé tant par les gouvernements (dans la lutte internationale contre le changement climatique) que les villes (cherchant à assainir l'air local). Evidemment, les défis demeurent considérables avant une généralisation de la voiture électrique, comme les réseaux de recharge, l'autonomie ou le prix. Cependant, les marchés semblent clairement plus confiants envers la voiture électrique alors que les solutions avancent. Grâce à sa nouvelle plateforme dédiée aux véhicules électriques, Volkswagen est, par exemple, parvenu à réduire de 40% les coûts de fabrication de son ID. 3 par rapport à sa prédécesseure, la Golf électrique. Sur la base du prix de départ en Belgique, cela a permis de réduire de plus de moitié le surcoût de l'électrique. L'écart devrait continuer de s'amenuiser avec la baisse du coût des batteries. Selon Bloomberg New Energy Finance (BNEF), elles coûtaient 156 dollars par kilowatt/heure à l'automne dernier, en baisse de 87% par rapport à 2010. BNEF estime que le coût baissera à 93 dollars en 2024, soit sous le seuil de 100 dollars, niveau auquel le coût d'une voiture électrique serait équivalent à un véhicule à combustion interne. Les réseaux de recharge devraient connaître un important coup d'accélérateur au cours des prochaines années grâce... aux groupes pétroliers. BP s'est allié à Volkswagen et a aussi racheté Chargemaster, exploitant du premier réseau de recharge au Royaume-Uni et concepteur de bornes. De son côté, Royal Dutch Shell compte passer de 60.000 à 500.000 points de recharge d'ici 2025. Les autorités, tant en Europe qu'aux Etats-Unis ou en Chine soutiennent aussi le développement d'un réseau étoffé de bornes de recharge. En Bourse, la victoire de la "batterie" est devenue totale depuis le scandale Nikola Motor. En septembre, Hindenburg Research dénonce dans un rapport "un océan de mensonges" de la part du spécialiste de la pile à combustible. Forcé de reconnaître que ses technologies étaient moins avancées qu'il ne laissait croire, Nikola s'effondre en Bourse. General Motors et Bosch prennent leurs distances. Comme on peut le voir sur le graphique ci-contre qui reflète les cours du Nasdaq, le premier bénéficiaire des déboires de Nikola est Volkswagen, conforté dans sa stratégie du tout électrique. D'autant que le géant allemand engrange ses premiers succès. L'ID. 3 a été la voiture électrique la plus vendue en Europe au 4e trimestre 2020, dépassant la Model 3 de Tesla. Le groupe allemand a aussi signé un partenariat avec Ford qui utilisera sa plateforme dédiée à l'électrique pour plusieurs de ses modèles. Enfin, les marchés ont particulièrement apprécié l'évolution de sa communication. Volkswagen a tenu en mars son premier Power Day, à l'image du Battery Day de Tesla, et n'a pas déçu. Le groupe allemand a annoncé la construction de six usines géantes de batteries en Europe et le développement d'un design de batterie unique pour l'entrée et le milieu de gamme dès 2023. Combiné à d'autres mesures, le groupe évoque une réduction de 30% à 50% des coûts en fonction des modèles de voiture. Est-il trop tard pour miser sur Volkswagen après un quasi doublement depuis la fin octobre? Il est certain qu'il n'est pas (plus) parmi les titres meilleur marché dans le secteur automobile. Cependant, c'est actuellement le seul constructeur historique à pouvoir contester le leadership de Tesla dans l'électrique et même au niveau technologique. Dans son dernier plan stratégique, Volkswagen a en effet lourdement insisté sur la numérisation et le développement à terme de nouveaux modèles d'affaires basés sur les données ainsi que les services. Il collabore/soutient des leaders technologiques comme QuantumScape (batteries solides, plus sûres et plus performantes) et Argo AI (voitures autonomes). A 10 fois les bénéfices prévus pour 2021 selon le consensus Reuters, contre 159 fois pour Tesla, le titre reste donc intéressant dans une perspective de long terme. Les analystes restent d'ailleurs confiants avec 19 avis d'achat ou de surperformances sur 25. A noter que l'action Volkswagen de référence pour les investisseurs lambda est le titre préférentiel (VOW3), moins cher et donnant droit à un dividende un peu plus élevé (mais sans droit de vote). Mais ce n'est pas le seul choix si l'on veut miser sur la voiture électrique... Parmi les constructeurs, Ford a dévoilé une stratégie extrêmement ambitieuse avec, notamment, l'objectif d'atteindre 100% de voitures électriques en Europe en 2030. Mais le titre en a déjà bien profité et les analystes sont désormais plus prudents avec 18 avis neutres sur 24. La start-up américaine Fisker, fondée par le designer automobile Henrik Fisker, est aussi souvent citée par les analystes. Elle propose à la réservation actuellement un SUV électrique destiné à concurrencer le Tesla Model Y ou le Ford Mustang Mach-E. La production doit débuter en 2022 sur la base de la plateforme électrique de Volkswagen et avec des panneaux solaires sur le toit permettant d'améliorer l'autonomie. Evidemment, un tel projet est soumis à de nombreux risques opérationnels. Les spécialistes des stations de recharge comme l'américain ChargePoint (quatre conseils d'achat sur cinq avis) ou le néerlandais Fastned (deux analystes sur deux à l'achat) peuvent profiter des investissements dans les réseaux de bornes même si ce marché est assez concurrentiel. QuantumScape, bien avancé dans le développement de batteries solides, a quelque peu reflué après l'envolée qui avait vu son cours décupler en deux mois. Cependant, la valorisation reste élevée, tout comme le niveau de risque alors que l'on évoque une commercialisation en 2024-2025 et que l'entreprise américaine ne peut compter que sur des payements d'étape de Volkswagen. En Belgique, Umicore est leader dans les matériaux pour cathodes des batteries lithium-ion. Le groupe a l'avantage de profiter aussi du durcissement des règles concernant les moteurs à combustion (catalyseurs) et est très actif dans la recherche (notamment concernant les batteries solides) tout en pouvant compter sur sa solide expertise en matière de recyclage de métaux (précieux ou rares). Les analystes sont toutefois un peu plus prudents au cours actuel, le titre s'étant apprécié de 50% depuis début novembre. Evidemment, il existe aussi différents ETF ou fonds indiciels permettant d'investir dans la mobilité électrique. Le plus spécifique disponible en Europe est l'iShares Electric Vehicles and Driving Technology (Bourse de Francfort ; ISIN: IE00BGL86Z12 ; frais annuels de 0,40%). Parmi ses principales positions, on retrouve Tesla, le constructeur sud-coréen Kia (qui a récemment renforcé sa stratégie électrique) et le spécialiste chinois des voitures électriques BYD. L'ETF Xtrackers Future Mobility (Bourse de Francfort ; ISIN: IE00BGV5VR99 ; frais annuels de 0,35%) est plus large dans sa conception et dispose d'un portefeuille plus diversifié au sein duquel on retrouve notamment le constructeur indien Tata Motors (qui développe des modèles électriques basiques plus adaptés au marché indien), BYD, Volkswagen, Ford, des spécialistes technologiques (comme Alphabet et son système d'autonomie Waymo), des équipementiers automobiles et plusieurs acteurs du secteur des batteries comme Panasonic ou LG Chem.