Quinze juin 2022, la Réserve fédérale américaine (Fed) annonce relever son taux directeur de 0,75%, la plus importante hausse depuis 1994. Le lendemain, une série d'indicateurs économiques mitigés accentuent les craintes des investisseurs. Résultat, les Bourses plongent et les valeurs technologiques dégringolent. L'indice Nasdaq clôture à 10.646 points le 16 juin, en baisse de 34% depuis son sommet du mois de novembre.
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Quinze juin 2022, la Réserve fédérale américaine (Fed) annonce relever son taux directeur de 0,75%, la plus importante hausse depuis 1994. Le lendemain, une série d'indicateurs économiques mitigés accentuent les craintes des investisseurs. Résultat, les Bourses plongent et les valeurs technologiques dégringolent. L'indice Nasdaq clôture à 10.646 points le 16 juin, en baisse de 34% depuis son sommet du mois de novembre. Sept semaines plus tard, la donne a complètement changé. Le Nasdaq est même proche d'officialiser son entrée dans un nouveau marché haussier en franchissant la barre des 20% de gain depuis son plus bas de clôture du 16 juin. Ce sera le cas si le Nasdaq clôture une séance à plus de 12.775,32 points. Les résultats d'entreprises annoncés depuis le début du mois de juillet restent pourtant contrastés. Au sein de l'indice S&P 500 américain, 6 entreprises sur 10 ont dévoilé des résultats supérieurs au consensus des analystes, une proportion inférieure à la moyenne historique (77%) malgré des attentes peu ambitieuses. En Europe (indice Stoxx Europe 600), un peu plus de 6 entreprises sur 10 ont battu le consensus jusqu'à présent, mais la croissance bénéficiaire est limitée en dehors de l'énergie et des matières premières. Les profits du secteur technologique ne progressent ainsi que de 1,8%. La principale raison du rebond des valeurs technologiques est plutôt à chercher du côté des marchés obligataires et des taux à long terme en particulier. Les valorisations des entreprises de croissance sont plus sensibles aux taux d'intérêt puisque les bénéfices dans un futur éloigné doivent être actualisés. Le taux d'actualisation utilisé pour ce faire dépend notamment des taux de référence sur les marchés obligataires. Plus ces derniers sont élevés, plus la valeur actuelle des bénéfices futurs diminue. Ce qui explique d'ailleurs la très forte correction du Nasdaq en ce début d'année, quand les taux augmentaient. Mais depuis la mi-juin, les taux à long terme refluent. Le rendement du bon du Trésor américain à 10 ans, véritable référence mondiale, a rechuté d'un pic de 3,5% à la mi-juin à moins de 2,7% à l'heure d'écrire ces lignes.Ce reflux des taux peut intriguer alors que l'inflation continue de flirter avec des sommets depuis 40 ans tant en Europe qu'aux Etats-Unis et que les banques centrales occidentales relèvent leurs taux directeurs les unes après les autres. La Banque centrale européenne (BCE) s'est ainsi jointe au mouvement en juillet et la Banque d'Angleterre a accéléré la cadence la semaine dernière en procédant à un relèvement de 0,50%. Les investisseurs jouent toutefois l'anticipation. Si l'on observe la courbe des taux, ils s'attendent à ce que la Fed continue à relever ses taux (à un rythme moindre) de 2,25%-2,50% à environ 3,25%-3,5% au printemps prochain. La Fed baisserait ensuite à nouveau ses taux à partir de l'été prochain. Ce qui contredit les membres de la Fed qui ne prévoyaient pas de baisse de taux avant 2024 dans leurs dernières projections. Loretta Mester, présidente de la Fed de Cleveland, évoquait même début août la possibilité d'un taux directeur à plus de 4%. Il n'est toutefois pas inhabituel que les marchés répondent plus rapidement à l'évolution de l'environnement conjoncturel. D'une part, la rechute des prix des matières premières depuis les sommets de mai-juin (-25% pour le pétrole Brent, -24% pour le cuivre, -39% pour le blé) est de nature à freiner l'inflation, surtout aux Etats-Unis qui ne font pas face à un risque réel de pénurie de gaz comme l'Europe. Par ailleurs, l'actuel ralentissement de l'économie commence aussi à peser sur le marché de l'emploi. Tant dans l'Union européenne qu'aux Etats-Unis, le taux de chômage ne baisse plus depuis avril déjà. Les marchés obligataires anticipent ainsi une pression moindre des salaires sur les prix. Cet apaisement attendu de l'inflation et des taux est de bon augure pour les actions de croissance. Sont-elles reparties pour de bon? C'est ce que semblent croire les stratégistes de JP Morgan qui estiment qu'elles sont aujourd'hui "plus intéressantes" avec certaines valeurs présentant des niveaux de valorisation "carrément bon marché". UBS est plus prudent et estime qu'une amélioration durable du sentiment est peu probable tant que la Fed n'aura pas suffisamment de preuves d'une baisse de l'inflation pour confirmer que la fin des hausses de taux est en vue. Enfin du côté de Goldman Sachs, les stratégistes rechignent encore à se repositionner sur les actions de croissance et privilégient les actions de qualité. Selon MSCI, il s'agit d'entreprises qui affichent une bonne rentabilité, une croissance pérenne et une bonne situation financière (dette limitée). Si l'on observe l'évolution des actions de croissance, les investisseurs semblent justement se positionner avec des critères de qualité en tête. Apple a, par exemple, déjà ramené ses pertes depuis le début de l'année sous 10%. Et les valeurs qui parviennent à rassurer sur la pérennité de leur croissance et leur rentabilité sont clairement récompensées. Uber s'est ainsi envolé de près de 40% en une semaine après avoir annoncé un bond de 105% de ses revenus trimestriels et, surtout, son premier flux de trésorerie libre positif. L'entreprise plateforme, qui compte aujourd'hui plus de 120 millions d'utilisateurs mensuels, espère ainsi parvenir à autofinancer ses projets d'investissement à l'avenir. Tesla (+36% en un mois) a aussi nettement rebondi malgré le recul de ses ventes au deuxième trimestre. Elon Musk s'est montré confiant quant à l'amélioration des chaînes d'approvisionnement et a promis un second semestre record. En Europe, LVMH a signé un rebond de 28% depuis la mi-juin et a quasiment effacé sa perte en 2022 à la suite de l'annonce de ses chiffres semestriels marqués par une croissance organique de 21% et un bond de 23% de son bénéfice net. Le numéro un mondial du luxe a aussi relevé son dividende intérimaire de 67% (à 5 euros par action), signe de sa confiance dans ses perspectives. A contrario, les entreprises qui n'ont pas su rassurer ont été (durement) sanctionnées. HelloFresh, leader mondial des box repas, a atteint de nouveaux plus bas fin juillet après avoir été contraint de raboter ses prévisions annuelles. Plus largement, nombre de sociétés ayant directement profité des confinements et du télétravail restent à la traîne. Meta Platforms (Facebook) ne parvient pas non plus à rebondir alors que ses revenus se sont tassés de 1% au deuxième trimestre et que sa stratégie de développement dans le métavers laisse toujours les observateurs dubitatifs, tout en pesant lourdement sur sa rentabilité. Dans un autre domaine, Beyond Meat, spécialiste des alternatives à la viande, a lui aussi de nouveau flanché la semaine dernière après des chiffres trimestriels marqués par un tassement de son chiffre d'affaires et un creusement de ses pertes, tout ce qui horripile les marchés .Même si l'environnement semble redevenir plus propice aux valeurs de croissance, une certaine prudence reste donc de mise. Les deux principaux critères à tenir à l'oeil sont la pérennité de la croissance et la rentabilité (ou à tout le moins des perspectives de rentabilité à court ou moyen terme). Les deux choix évidents à ce niveau sont Apple et Microsoft, mais ces titres ont également déjà récupéré quasiment l'entièreté de leurs pertes. Si l'on observe les sociétés qui sont à la fois membres des indices MSCI Growth (croissance) et MSCI Quality, quelques autres noms ressortent. Au niveau mondial, retenons notamment le spécialiste des puces graphiques Nvidia, la maison mère de Google Alphabet ou le leader des cartes de paiement Visa. Au niveau européen, les noms qui se détachent sont le géant alimentaire suisse Nestlé, le leader mondial du luxe LVMH, le spécialiste néerlandais des équipements pour l'industrie des semi-conducteurs ASML, les groupes pharmaceutiques Roche et Novo Nordisk ainsi que le spécialiste britannique des spiritueux Diageo.