Inespéré pour les uns, insignifiant pour les autres, le récent rebond de bpost sur Euronext Bruxelles a au moins eu le mérite d'interrompre une longue dégringolade. Fin juillet, l'action ne valait plus que 5,50 euros, soit 80% de moins qu'en février 2018. Bpost avait été introduit en Bourse en 2013 au prix de 14,50 euros par action.
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Inespéré pour les uns, insignifiant pour les autres, le récent rebond de bpost sur Euronext Bruxelles a au moins eu le mérite d'interrompre une longue dégringolade. Fin juillet, l'action ne valait plus que 5,50 euros, soit 80% de moins qu'en février 2018. Bpost avait été introduit en Bourse en 2013 au prix de 14,50 euros par action. La question qui taraude désormais les investisseurs est de savoir si ce rebond va être durable ou s'il ne s'agit que d'un énième dead cat bounce, littéralement le rebond du chat mort, c'est-à-dire une reprise haussière sans lendemain. Dans le cas de bpost, le facteur prépondérant est de loin l'évolution des résultats. Le plongeon boursier du groupe postal historique en Belgique est en effet lié à une série d'avertissements sur résultats et de rapports décevants depuis plus de deux ans. L'année dernière, son bénéfice net avait plongé de 72%, ce qui l'a contraint à raboter son dividende (sur lequel bpost fera même l'impasse en 2020). Ces piètres résultats reflétaient plusieurs évolutions défavorables. Les volumes de courrier connaissent un repli structurel avec une chute de 7,9% l'année dernière. Dans les colis et la logistique, la tendance est nettement plus favorable, mais bpost a payé très cher le rachat de Radial en 2017 pour 820 millions de dollars. La situation du groupe américain, fournisseur de solutions intégrées pour l'e-commerce, était bien moins favorable qu'attendu. Face à la forte concurrence, Radial a perdu des clients et a dû modifier sa tarification. Résultat, la filiale américaine de Bpost a vu ses revenus baisser et a accusé une perte l'année dernière malgré le boom des ventes en ligne. A l'issue du premier trimestre, la situation restait critique, comme le résumait à l'époque Frank Claassen, analyste chez Degroof Petercam. "Bpost continue d'être confronté à des vents contraires, expliquait-il. La baisse sous-jacente des volumes de courrier s'accélère en raison de la substitution électronique. Ses revenus risquent également de décroître substantiellement dans le cadre de la renégociation avec le gouvernement belge du sixième contrat de gestion et de la concession de presse. Le coût de la main-d'oeuvre continue d'augmenter à la suite de la nouvelle convention collective de travail (CCT), tandis que les mesures de productivité sont difficiles à mettre en oeuvre en raison du risque de grève. Les objectifs à moyen terme annoncés en juin 2018 ont dû être retirés quelques mois plus tard, principalement en raison des conséquences de la grève. Nous sommes maintenant dans le flou en ce qui concerne les nouveaux objectifs à moyen terme." Le tableau était alors pour le moins sombre. On peut donc s'étonner que ce même analyste ait décidé de relever sa recommandation à acheter à peine trois mois plus tard alors que la CCT est toujours la même et que les discussions concernant le contrat de gestion n'ont pas encore abouti. L'explication tient en un mot : coronavirus. Contrairement à de nombreuses entreprises qui ont vu leur activité et leurs résultats s'effondrer depuis le début de la pandémie, Bpost s'en est en effet plutôt bien sorti. "L'impact total du Covid-19 sur l'Ebit ( profit opérationnel, Ndlr) du groupe est estimé à -26,2 millions euros pour le premier semestre 2020", détaille Bpost. Cela représente à peine la moitié de la baisse de son profit opérationnel sur l'ensemble des six premiers mois de l'année. Mais plus important aux yeux des analystes et des investisseurs, la pandémie de Covid-19 a accéléré la mue de la société.Au deuxième trimestre, les volumes de courrier ont certes plongé de 17,7% (le groupe précise même que le déclin a atteint 20% entre mars et mai avec une dégringolade de 36% des volumes de courrier publicitaire). Mais le confinement a par contre dopé les activités colis et logistique. En Europe, ses volumes de colis ont bondi de 50% au premier semestre dont 30% grâce au surplus d'activités lié au Covid-19. Aux Etats-Unis, la pandémie a redonné une deuxième jeunesse à Radial dont les revenus ont bondi de 38% au cours de la première moitié de l'année avec un résultat opérationnel positif. Pour Frank Claassen, "le surplus d'activité lié à la pandémie deviendra en partie récurrent", de nombreux consommateurs ayant pu découvrir les avantages de l'e-commerce. L'analyste de Degroof Petercam souligne également que le recul de l'activité dans le segment courrier est en partie compensé par des réductions de coûts. Bpost a longtemps eu des objectifs élevés en termes d'économies mais avait dû y renoncer, notamment alors que les tensions sur le marché de l'emploi en Belgique compliquaient son recrutement. Or, en juillet, Delphine Van Bladel, porte-parole de Bpost, confirmait que la pénurie de facteurs avait été résolue durant la crise sanitaire, grâce notamment aux nombreuses candidatures de personnes qui travaillaient dans l'horeca. Ce qui est de nature à réduire les pressions sur les salaires. D'autant que Bpost a aussi réduit la fréquence de distribution, la limitant à deux tournées par semaine pour les courriers "non Prior". Au total, la reconfirmation par bpost de son objectif d'un profit opérationnel compris entre 240 et 270 millions euros en 2020 a permis à Frank Claassen de relever ses prévisions pour 2020 de plus de 20%. Pour 2021, l'analyste a également indiqué qu'il pourra rehausser ses estimations de plus de 10%. Le relèvement des prévisions permet à Bpost de ne toujours coter qu'une dizaine de fois ses bénéfices prévus pour 2020 malgré un rebond de 52% en août. Evidemment, des risques demeurent, à commencer par les négociations entourant son contrat de gestion. Lors des dernières renégociations, les montants alloués pour le service universel postal (maintien d'un réseau de bureaux de poste, distribution des pensions, etc.) et la distribution de la presse ont été réduits. Mais le montant reste conséquent. Pour 2020, l'enveloppe maximale était de 245,6 millions (avant indexation), soit globalement l'équivalent de son profit opérationnel cette année. Le montant devrait diminuer en 2021, mais dans des proportions soutenables pour bpost.Ce n'est d'ailleurs pas le principal enjeu pour les investisseurs. En Bourse, le principal catalyseur est le profil du groupe. En tant qu'ancien monopole postal, Bpost est faiblement valorisé. S'il parvient à convaincre les marchés de le considérer comme un acteur des colis et de la logistique, il pourrait profiter d'une forte revalorisation. Deutsche Post, qui a réussi la transition vers la logistique grâce à DHL et est plus endetté que bpost, cote par exemple près de 20 fois ses bénéfices estimés pour 2020. L'évolution des deux titres depuis l'introduction en Bourse de bpost ne trompe d'ailleurs pas : Deutsche Post a doublé, bpost a quasiment perdu la moitié de sa valeur. Au premier semestre, Bpost a atteint un nouveau cap dans cette réorientation, les colis et la logistique ayant représenté 39% de son profit opérationnel ajusté contre à peine 16% un an plus tôt. Une poursuite du redressement de Radial pourrait faire basculer le centre de gravité du groupe. Dans les colis et la logistique, bpost génère actuellement davantage de revenus en Amérique du Nord, mais le profit opérationnel y a plafonné à 10 millions au premier semestre, cinq fois moins qu'en Europe. Les analystes se montrent manifestement confiants. Depuis la publication du rapport semestriel de Bpost début août, trois ont relevé leur recommandation et sept ont augmenté leur objectif de cours. Le consensus est désormais clairement positif avec six avis d' "achat/accumuler , quatre "conserver et un seul "vendre".Bpost n'est pas le seul dans ce cas. De nombreux autres anciens monopoles nationaux semblent avoir atteint un plancher en Bourse cette année. Post NL a connu le redressement le plus spectaculaire puisque le titre a bondi de plus de 160% depuis ses plus bas du mois de mars. La reprise de Royal Mail semble aussi avoir mis fin à une dégringolade de plus de 80% en moins de deux ans, la poste britannique ayant dû également affronter la concurrence d'Amazon qui développe son propre réseau de distribution au Royaume-Uni. Globalement, ces autres entreprises semblent plus avancées dans leur réorientation vers les colis mais cela s'explique surtout par la très fiable rentabilité dans le courrier. A ce niveau, Royal Mail a affiché une marge opérationnelle de 1,5% au cours de son exercice 2019-2020 et Post NL d'à peine 1,2% au premier semestre contre 10,5% pour Bpost.