La crise sanitaire a provoqué une prise de conscience de la fragilité de nos économies développées face à un choc exogène. Le manque de préparation de nombreux pays occidentaux a contribué à mettre les marchés sur les genoux pendant plusieurs semaines. En dépit des sorties de capitaux qui sont intervenues depuis le début 2020 sur le continent européen, Carlo Funk, responsable pour l'Europe des stratégies ISR (investissement socialement responsable) chez State Street Global Advisor, indique que cette baisse n'a pas concerné les fonds durables, que ce soit pour les stratégies actives ou pour les trackers.
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La crise sanitaire a provoqué une prise de conscience de la fragilité de nos économies développées face à un choc exogène. Le manque de préparation de nombreux pays occidentaux a contribué à mettre les marchés sur les genoux pendant plusieurs semaines. En dépit des sorties de capitaux qui sont intervenues depuis le début 2020 sur le continent européen, Carlo Funk, responsable pour l'Europe des stratégies ISR (investissement socialement responsable) chez State Street Global Advisor, indique que cette baisse n'a pas concerné les fonds durables, que ce soit pour les stratégies actives ou pour les trackers. " La tendance vers les produits durables ne semble pas avoir été affectée par la hausse des incertitudes économiques et boursières, déclare-t-il. Pour nous, la pandémie va d'ailleurs constituer un point de basculement dans l'adoption des pratiques respectueuses de l'environnement, car cette crise a montré combien il est important pour les entreprises d'être structurées de manière durable, afin de pouvoir assurer une meilleure création de valeur sur le long terme. " Les émissions de CO2 devraient dimi- nuer de 8% sur l'ensemble de l'année, soit une baisse qui mettrait l'économie mondiale sur une trajectoire susceptible de tenir les engagements des accords de la Cop 21. Stephanie Kelly, s enior political economist chez Aberdeen Standard Investment, estime toutefois qu'une partie de cette baisse ne sera que temporaire, le temps que l'économie se redresse. " Nous ne reviendrons probablement pas au niveau d'avant-crise, mais l'impact global de la pandémie sur les émissions de carbone est actuellement difficile à appréhender ", déclare-t-elle. Si les comportements des agents économiques (particuliers, entreprises, gouvernements, etc.) peuvent se modifier durant les prochaines années suite à la pandémie, le plongeon des cours pétroliers a permis à cette source d'énergie fossile de retrouver un profil compétitif face aux énergies renouvelables. Et les gouvernements se trouvent aujourd'hui dans une situation paradoxale, en étant forcés de débloquer des marges budgétaires pour défendre des secteurs polluants alors qu'ils peinaient à financer la transition énergétique il y a moins de six mois. Stephanie Kelly constate que les interventions publiques ne font actuellement pas la distinction concernant la qualité durable des entreprises soutenues. " De manière compréhensible, l'accent est mis sur la limitation des dégâts économiques. Dans le domaine de la lutte contre le changement climatique, deux ou trois années perdues risquent toutefois de peser lourd dans la balance. Lorsque la situation économique s'améliorera, nous pensons qu'il y aura clairement des opportunités pour investir davantage dans ce secteur. " Les aides octroyées par l'Union européenne vont ainsi être clairement liées à des objectifs dans le domaine de la transition verte. De même, le Canada a également lié l'octroi de son aide à un engagement climatique des sociétés aidées. Carlo Funk (State Street Global Advisors) estime également que la crise du Covid-19 devrait fournir des munitions aux gouvernements pour pousser la transition vers des énergies renouvelables. " La demande d'énergie fossile pourrait ne plus jamais revenir vers les sommets atteints en 2019 ", estime-t-il. Un autre exemple vient de l'aide accordée à Air France en échange d'une meilleure gestion des externalités environne- mentales visant à diminuer fortement les émissions CO2 moyennes pour ses activités. " Le groupe ne pourra ainsi plus proposer des lignes aériennes lorsqu'il existe une alternative par le rail en moins de deux heures et demie ", indique Léa Dunand-Chatellet, responsable du pôle ISR chez DNCA Finance. Cette crise a permis aux critères sociaux de venir sur le devant de la scène alors qu'ils étaient souvent négligés en faveur de l'environnement et de la gouvernance. " Cette crise a mis en évidence des impacts très tangibles des politiques sociales au niveau des sociétés, comme la nécessité d'avoir mis en place des procédures permettant une poursuite de l'activité en cas de problème (télétravail, dépistage, protection du personnel, etc.) ", indique Carlo Funk. Dans le domaine des critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance), le S est donc appelé à prendre un poids plus important dans le futur, également sous l'angle du partage de la richesse créée par les entreprises. Pour Léa Dunand-Chatellet, " la période que nous sommes en train de traverser nous a amenés à regarder la manière dont la valeur ajoutée est partagée entre les actionnaires, l'entreprise, les salariés, le gouvernement ou les fournisseurs. Nous voulons regarder comment ce partage évolue dans le temps, et où chaque société de notre univers se positionne par rapport aux autres ". Enfin, la crise du coronavirus a également eu un impact sur la gestion des portefeuilles, en forçant les gestionnaires à se remettre en question et à réagir plus rapidement aux mouvements de marché. " La situation actuelle a clairement augmenté la vitesse de rotation de mon fonds ", confirme Léa Dunand-Chatellet, qui est sortie de certaines positions comme Umicore (en raison de son lien avec le secteur automobile) ou le gestionnaire de maison de repos Korian Medical. " C'est un segment compliqué au niveau de l'investissement durable, que ce soit dans la gestion du personnel, des conditions de travail ou de la qualité des soins, déclare-t-elle. Ceci provoque beaucoup de controverses de manière ponctuelle, et la crise a fait remonter le traitement extrêmement laborieux de ces problèmes, avec de nombreuses plaintes qui seront vraisemblablement déposées une fois que cette période compliquée sera terminée. " L'endettement des sociétés est aujourd'hui passé au peigne fin, et des secteurs comme la technologie ou les soins de santé ont renforcé leur leadership sur les marchés financiers, avec des Etats qui chercheront à renforcer la résilience de leurs économies. Simon Holmes (BMO Global Asset Management) cite dans ce contexte un groupe comme Thermo Fischer, qui fournit des diagnostics rapides pour le Covid-19 au niveau global, ou Microsoft, qui est exposé sur le développement du cloud tout en visant une neutralité carbone d'ici 2030. " Le secteur financier ou l'éducation verront leur fonctionnement être fortement affecté, avec un recours aux moyens dématérialisés qui va s'accélérer ", précise-t-il. Léa Dunand-Chatellet (DNCA Finance) rappelle que la gestion ISR a un biais qualité évident, avec des flux qui ont tendance à se renforcer sur les valeurs exposées sur ces segments qui enregistrent des croissances rapides. " Il ne s'agit pas d'une bulle liée à une mode ou à une régulation qui pousse à s'exposer sur ces segments, mais de vraies entreprises solides avec des performances économiques fortes. " Le sentiment des investisseurs a aussi été durablement affecté par les événements de ces derniers mois, rappelle Carlo Funk. " De nombreux clients viennent de brutalement prendre conscience des effets tangibles d'avoir des entreprises non durables dans leur portefeuille. Ils commencent à se rendre compte qu'investir durablement n'est pas une question philanthropique, mais un moyen de dégager de la valeur sur le long terme. Et investir durablement commence à faire beaucoup plus de sens pour eux ", conclut-il.