Pas plus tard qu'en mars dernier, Bpost était synonyme d'action de bon père de famille offrant un dividende appréciable aux épargnants cherchant une alternative aux taux bas. Ses activités historiques en Belgique étaient censées lui assurer un flux constant de profits et son développement dans les colis, notamment via le rachat de Radial, soutenir sa croissance. Depuis, le groupe a été contraint de tempérer les attentes. L'action a perdu dans la foulée pas moins de 60% de sa valeur. En comparaison, Bpost table dorénavant sur un excédent brut d'exploitation de 560 à 570 millions, soit 13% de moins que ce qui était prévu en début d'année (consensus de 648 millions). La chute de l'action apparaît donc plutôt exagérée. D'autant plus que Bpost a promis de maintenir son dividende à 1,31 euros brut au total pour 2018, soit un rendement brut de 11,9%. Après déduction du précompte mobilier, l'investisseur peut encore tabler sur un rendement de plus de 8%, imbattable dans les conditions actuelles.

Investissements dans Radial

Ce raisonnement était toutefois déjà valable quand Bpost cotait 13 euros le mois dernier ou 15 euros en juin. Depuis, il a encore perdu 30% de sa valeur. La principale raison est la poursuite de la dégradation de ses résultats. Au troisième trimestre, le recul des volumes de courrier s'est accentué à 6,4% malgré les envois électoraux. Parallèlement, Bpost peine désormais à réduire ses coûts, son principal levier d'amélioration de ses résultats depuis sa privatisation partielle en 2006. Par ailleurs, sa filiale américaine Radial a subi une perte brute d'exploitation d'un million, très loin des profits initialement attendus. La société américaine fait face à une concurrence intense, sa position du numéro deux de la sous-traitance pour le commerce électronique ne lui assurant qu'une part de marché de 4% Elle perd des clients et voit ses revenus baisser alors que Bpost tablait à l'origine sur une croissance de 6%-8% par an. Dès l'annonce de l'acquisition de Radial en octobre 2017, certains analystes avaient tiré la sonnette d'alarme. La complémentarité des deux groupes semblait certes attrayante mais Bpost dilapidait tout son trésor de guerre et devrait encore lourdement investir pour s'imposer sur ce marché.

Baisse du dividende

Désormais, de nombreux analystes semblent dans l'expectative. D'une part, la valorisation est devenue très attrayante à 8 fois le bénéfice attendu pour 2018 et 2019. Cela permet de compenser tout reflux ultérieur des profits. D'autre part, beaucoup s'attendent à encore de mauvaises nouvelles. Les prévisions pour 2019 risquent fort d'être plutôt faibles. Bpost va devoir revoir ses plans radicalement pour Radial. Et last but not least, le groupe va devoir réduire substantiellement son dividende. Avec une dette nette de 354 millions, des investissements à consentir dans Radial / ses activités colis et des résultats sous pression, cela apparaît indispensable. Mais l'État, principal actionnaire avec 51% du capital, pourrait freiner des 4 fers comme cela s'est déjà produit du côté de Proximus. L'opérateur télécoms avait fini par sabrer dans son dividende après 4 ans de tergiversation (et même de renflouement du budget fédéral avec un coupon exceptionnel). La nouvelle politique de paiement de dividende était moins généreuse mais également claire et durable, ce qui avait permis au titre de signer un redressement spectaculaire. Les situations ne sont évidemment pas entièrement comparables mais la menace d'une baisse du dividende risque fort d'agir comme un véritable boulet et les investisseurs ne pourront digérer l'annonce que quand elle tombera. Une baisse du dividende pourrait donc in fine constituer le signal tant attendu que le titre a touché le fond.