Les investisseurs vont recevoir dans les mois qui viennent les premières fiches de coûts détaillées des banques et des courtiers en Bourse. Conformément à la nouvelle directive européenne MiFID II, les coûts doivent être clairement mentionnés en euros et en pour cent. Les institutions financières sont en outre tenues de ventiler les coûts. Combien ont-elles facturé à leurs clients en 2018 pour leurs conseils en placement et les transactions ? Combien les banques ont-elles reçu des fabricants et des gestionnaires de produits financiers pour reprendre ces produits dans le portefeuille de leurs clients ?

Pour la toute première fois, l'investisseur pourra regarder la réalité en face. Le timing n'est pas vraiment idéal car de nombreux banquiers privés et gestionnaires de patrimoine ont clôturé l'année 2018 par une perte. Le coût des conseils et de la gestion des placements est évidemment plus difficile à avaler en l'absence de bénéfices.

Certains investisseurs pourraient être tentés, à la réception de la fiche de coûts, d'assumer eux-mêmes la gestion de leur portefeuille. Voici, à l'attention de ces investisseurs aventuriers et de tous les adeptes du " on n'est jamais mieux servi que par soi-même ", un aperçu des avantages et des inconvénients des courtiers en ligne.

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1. Frais annuels

La comparaison des tarifs de la plupart des banques classiques avec ceux des courtiers en ligne fait apparaître deux grandes différences. Primo, les courtiers en ligne ne facturent pas de frais annuels de dossier et de garde. Secundo, ils appliquent des frais fixes pour les transactions plutôt qu'un pourcentage calculé en fonction de la valeur des produits négociés.

Les frais de garde sont proportionnels à la valeur des investissements en portefeuille, ce qui fait une sacrée différence. KBC est la seule grande banque à avoir supprimé les frais de garde du compte-titres. Le groupe KBC englobe non seulement une banque classique mais aussi un courtier en ligne, KBC Bolero, qui a aboli les frais de garde il y a cinq ans. KBC Banque mise sur les conseils en placement et n'hésite pas à orienter vers Bolero les clients préférant se débrouiller seuls.

Les autres grandes banques BNP Paribas Fortis, Belfius et ING, affichent des frais de garde annuels de 0,242% pour les actions. Pour ce qui est des obligations, les tarifs varient légèrement, de 0,1452% chez Belfius et ING à 0,15125% chez BNP Paribas Fortis. Les fonds maison et les autres titres émis par la banque concernée ne font l'objet d'aucun frais de garde. Les banques gagnent donc chaque année 242 euros sur un portefeuille d'actions de 100.000 euros sur lequel il n'y a pas de mouvement. Ce à quoi il faut ajouter 8,5 à 15 euros de frais de dossier annuels.

Argenta ne réclame pas de frais de garde et fait donc figure d'exception parmi les banques traditionnelles. Chez Deutsche Bank, les frais de garde sont plafonnés à 100 euros maximum par compte-titres. Parmi les augmentations de tarif annoncées par la banque au début de ce mois et entrant en vigueur le 10 février prochain, citons notamment une majoration des droits de garde de 8 à 10 euros par an et par ligne en portefeuille. Le maximum par compte passe ainsi de 80 à 100 euros. Hormis Bolero, les acteurs internet n'ont jamais facturé de frais de garde.

2. Frais de transaction

Les frais de transaction les plus faibles ne sont pas nécessairement les plus intéressants. Le courtier néerlandais DeGiro est le champion incontesté des Pays-Bas. Le négoce des actions belges est plus que deux fois moins coûteux que sur n'importe quelle autre plateforme en ligne. Pour les actions américaines, les différences de prix sont encore plus marquées. DeGiro permet à l'investisseur expérimenté qui passe de nombreux ordres de réduire considérablement les coûts. Pour l'investisseur débutant, c'est nettement moins évident. Les acteurs solidement implantés comme Keytrade Bank et BinckBank prévoient nettement plus de signaux d'alarme et d'outils pour suivre la composition et l'évolution du portefeuille.

Méfiez-vous des courtiers qui vantent la "gratuité" de leurs services.

Méfiez-vous des courtiers qui vantent la " gratuité " de leurs services. DeGiro a promis il y a quelques années la gratuité des investissements en Belgique par l'entremise du nouveau courtier DeZiro mais cette promesse ne s'est toujours pas concrétisée. La plateforme néerlandaise Bux a annoncé la gratuité du négoce des actions européennes et américaines pour le deuxième trimestre 2019. Le britannique iDealing s'est fait connaître en Belgique en 2015 avec son slogan 0% de commission sur les actions cotées sur les marchés Euronext mais se rattrape largement sur les autres frais. Un coût de 5 euros est appliqué sur tout virement électronique sortant, de 0,3 euro sur tout versement de dividende, de 5 euros par ordre pour l'exécution des instructions relatives à une corporate action comme une augmentation de capital ou un dividende optionnel, etc.

Sachez aussi que les investisseurs doivent déclarer leur compte chez DeGiro et iDealing comme compte étranger au point de contact central (PCC) de la Banque nationale de Belgique. DeGiro est une société d'investissement néerlandaise relevant de l'Autorité néerlandaise des marchés financiers (AFM) habilitée à offrir des services d'investissement en Belgique en vertu du principe de libre circulation en Europe. Reste à savoir si les sociétés d'investissement britanniques comme iDealing pourront maintenir leur mode de fonctionnement sur le continent européen après le Brexit.

La plupart des banques classiques facturent des frais au client pour retirer tout ou partie de son portefeuille d'investissement.

La plateforme DeGiro retient automatiquement le précompte mobilier belge et la taxe sur les opérations boursières (TOB). Les investisseurs ont toutefois intérêt à vérifier si le tarif appliqué est correct. DeGiro a autrefois fait l'erreur d'appliquer le précompte mobilier réduit pour les sociétés immobilières Aedifica et Care Property Invest (15 au lieu de 30%). DeGiro ne retient pas la taxe de 0,15% sur les comptes-titres de plus de 500.000 euros. Le courtier explique sur son site internet comment le client peut télécharger aux dates de référence un aperçu de ses investissements pour calculer s'il est redevable de la taxe et, si oui, à combien s'élève la taxe ( voir le tableau " Frais de transaction pour un ordre de Bourse de 2.500 euros").

Binck, Keytrade et Lynx sont les filiales belges d'organismes financiers étrangers. Ceci dit, le compte-titres de Lynx doit être déclaré au PCC. Il s'agit notamment d'un compte ouvert auprès d'Interactive Brokers au Royaume-Uni. Lynx détient une licence auprès de l'AFM néerlandaise pour recevoir les ordres de ses clients et les transmettre (ce qu'on appelle un introducing broker dans le jargon). Binck et Keytrade sont des courtiers " normaux " et les comptes sont des comptes belges. Bolero oeuvre sous la houlette de KBC avec une licence bancaire belge. MeDirect détient également une licence belge depuis quelques années.

3. Frais de sortie

La plupart des banques classiques facturent des frais au client pour retirer tout ou partie de son portefeuille d'investissement. Le coût peut varier de 30 à 150 euros environ par ligne à extraire du portefeuille. Keytrade Bank compte des frais de transfert de 42,35 euros par ligne. Avec ses crédits logement, ses cartes de crédit et ses produits d'épargne, Keytrade Bank se profile davantage comme une banque internet complète qu'une banque pour investisseurs et est une des institutions belges les moins chères en termes de frais de transfert. MeDirect réclame 35 euros par ligne pour les obligations et les actions retirées et 75 euros pour les fonds d'investissement.

DeGiro, pour sa part, affiche " un coût de minimum 100 euros par ligne " pour le transfert d'un portefeuille. BinckBank est nettement moins gourmand. L'investisseur qui souhaite retirer des titres de son portefeuille ne paie que 25 euros par ligne. Chez Lynx, la même opération ne coûte pas un centime. Le courtier fait toutefois savoir que des frais de garde locaux peuvent être facturés pour les actions asiatiques.