Le retour possible de l'inflation a été évoqué ici et là ces dernières semaines. En cause : les milliers de milliards injectés dans l'économie par les banques centrales. Or, s'il y a plus d'argent disponible pour une même quantité de biens, l'inflation gonfle automatiquement. Telle est du moins la théorie économique classique. Et tel est, dans une certaine mesure, le souhait des banques centrales, qui se désolent d'une inflation trop basse. Mais cela ne marchera pas cette fois, du moins avant un bon bout de temps, considèrent toutefois de nombreux spécialistes, notamment ceux de la maison Goldman Sachs.
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Le retour possible de l'inflation a été évoqué ici et là ces dernières semaines. En cause : les milliers de milliards injectés dans l'économie par les banques centrales. Or, s'il y a plus d'argent disponible pour une même quantité de biens, l'inflation gonfle automatiquement. Telle est du moins la théorie économique classique. Et tel est, dans une certaine mesure, le souhait des banques centrales, qui se désolent d'une inflation trop basse. Mais cela ne marchera pas cette fois, du moins avant un bon bout de temps, considèrent toutefois de nombreux spécialistes, notamment ceux de la maison Goldman Sachs. Quels sont les arguments du groupe américain ? "Il faut bien comprendre que certains des phénomènes observés à l'occasion de la crise du coronavirus ne seront pas temporaires, mais structurels, observe Andrew Wilson, président de la branche fixed income chez Goldman Sachs Asset Management International. L'activité a rebondi depuis le déconfinement mais le rythme s'est déjà ralenti et il faudra pas mal de temps pour revenir aux niveaux de croissance d'avant le Covid-19. Dans un pareil contexte, on imagine mal de fortes hausses salariales. Des hausses de prix sont possibles dans quelques domaines limités, mais rien à voir avec une pression inflationniste globale." Quelle peut être l'attitude des banques centrales face à cette situation ? Il est peu probable qu'elles abaissent encore les taux d'intérêt, déjà au plancher. Elles pourraient accroître leurs programmes de quantitave easing (QE), c'est-à-dire leurs achats d'actifs, précise notre interlocuteur. "Nous avons de bonnes raisons de penser que les taux resteront bas plus longtemps qu'on ne le pensait jusqu'ici, poursuit Andrew Wilson. A présent, les banques centrales attendront un retour très concret de l'inflation avant d'agir, alors que naguère, elles auraient envisagé un relèvement de taux dès que le chômage fléchirait en dessous d'un certain seuil. La Fed s'est montrée très claire à ce sujet, signalant par ailleurs qu'elle allait se préoccuper de l'emploi davantage que par le passé. Et pas seulement sur le plan quantitatif, mais aussi qualitatif, avec un oeil sur le sous-emploi, les bas salaires et les minorités." Ceci peut-il mener à davantage d'inflation ? C'est possible, estime-t-on chez Goldman Sachs, surtout si les taux restent inchangés pour une longue période. Mais cette inflation plus élevée pourrait simplement refléter une croissance plus équilibrée et plus pérenne. Jerome Powell, président de la Réserve fédérale (Fed), a déclaré qu'il n'augmenterait pas automatiquement le taux de la Fed même quand l'inflation se réveillera (lire l'encadré ci-dessous "La Fed change d'optique"). N'est-ce pas une grande nouveauté de la part de la banque centrale américaine ? "Lors de sa réunion de septembre, la Fed a signalé qu'elle retarderait une hausse des taux jusqu'à ce que l'économie américaine soit en situation de plein emploi et que l'inflation ne soit pas seulement de l'ordre de 2 % mais susceptible de dépasser ce niveau pour un certain temps, explique Andrew Wilson. L'indication est claire : les taux resteront en tout cas très bas pendant un bon bout de temps !" Dans une note récente, Goldman Sachs déclare "considérer qu'il faudra substantiellement accroître le QE", c'est-à-dire les achats de titres par les banques centrales. La BCE peut-elle vraiment en faire davantage ? "Nous visons en réalité la situation de manière globale, y compris en ce qui concerne une plus grande coordination entre les politiques monétaire et fiscale, rectifie Andrew Wilson. C'est un point que Christine Lagarde avait souligné quand elle est devenue présidente de la BCE et dont on a déjà observé les effets." Pour ce qui est d'en faire plus, Goldman Sachs attend visiblement davantage de coordination entre les gouvernements et les banques centrales, plutôt que des efforts supplémentaires de la part de ces dernières. Certains soulignent qu'inflation il y a bel et bien, au niveau non des prix de détail, mais du prix des actifs... "Les énormes liquidités que les banques centrales ont injectées dans l'économie ont répondu à la peur des marchés en mars, souligne Andrew Wilson. Elles ont soutenu l'octroi de crédits à l'économie réelle mais, comme on l'a vu, elles ont également boosté le prix des actifs. C'est aussi le résultat indirect de la politique de taux plancher. Quand les taux des obligations d'Etat allemandes et françaises sont négatifs, les investisseurs sont naturellement tentés de passer des emprunts d'Etat aux obligations d'entreprises, de l'investment grade au high yield ( des obligations de qualité d'investissement aux obligations à haut rendement, Ndlr) et des obligations aux actions. Que les investisseurs soient encouragés à prendre un peu plus de risques permet aux entreprises de se financer plus aisément. Des taux très bas pendant très longtemps, ce n'est vraiment pas une bonne nouvelle pour les responsables fixed income... "Cet environnement est fascinant, jamais vu jusqu'ici, et c'est un vrai défi pour trouver du rendement, c'est vrai. Il faut se tourner vers les obligations d'entreprises, de qualité investissement ou à haut rendement, et viser certains marchés émergents. On doit être extrêmement sélectif, mais on peut encore générer du rendement dans ces domaines", rassure Andrew Wilson.