Depuis quelques années, les experts martèlent que le secteur des banques traditionnelles va subir une disruption majeure en raison de l'émergence des fintechs. Les introductions boursières se sont succédé depuis 2015, et de nombreux fonds spécifiquement destinés à ce secteur ont fait leur apparition, avec des historiques de performance qui ne dépassent généralement pas cinq ans, par exemple BlackRock BGF Fintech ou Robeco Fintech.
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Depuis quelques années, les experts martèlent que le secteur des banques traditionnelles va subir une disruption majeure en raison de l'émergence des fintechs. Les introductions boursières se sont succédé depuis 2015, et de nombreux fonds spécifiquement destinés à ce secteur ont fait leur apparition, avec des historiques de performance qui ne dépassent généralement pas cinq ans, par exemple BlackRock BGF Fintech ou Robeco Fintech. Les fonds plus traditionnellement exposés sur le secteur bancaire (Fidelity Global Financial Services ou BlackRock BGF World Financials) ont également introduit des fintechs dans leur portefeuille, qui reste toutefois dominé par des grands groupes américains comme Morgan Stanley, JP Morgan Chase ou Bank of America. Enfin, certains fonds financiers traditionnels ont également changé de nom, adoptant une définition plus large de leur univers d'investissement, par exemple le fonds Jupiter Financial Innovation qui s'appelait jusqu'en 2018 Jupiter Global Financials. Aujourd'hui, une grosse dizaine de fonds exposés sur le secteur financier sont disponibles en Belgique, mais seuls une poignée sont négociables au quotidien, avec une taille assez grande (supérieure à 50 millions d'euros) et disposant d'un historique de performance suffisamment long pour se voir accorder une notation chez Morningstar. Les différents produits sont généralement fortement exposés sur l'Amérique du Nord (entre 60 et 75% des encours), suivie par l'Europe (environ 30%) et l'Asie (environ 10%). Pour Antoine Hucher, analyste chez Jupiter Asset Management, le poids des Etats-Unis s'explique "par leur présence précoce et forte dans l'innovation financière en matière de fintech, et par une exposition plus marquée sur le mouvement de hausse des taux obligataires pour les banques traditionnelles". Durant la dernière décennie, les quatre fonds "traditionnels" de notre tableau ont affiché des progressions relativement comparables, avec une moyenne tournant autour de 10,5%. Sur les échéances plus courtes, les différents fonds affichent toutefois de très fortes disparités, les produits traditionnels réalisant des surperformances significatives par rapport à ceux exposés sur l'innovation financière. C'est à partir de l'année 2021 que les fonds fintechs ont commencé à marquer lourdement le pas, avec un écart de performance de 15 à 25% par rapport aux fonds traditionnels. Et 2022 n'a pas été plus clément, avec un recul moyen de 8% pour les fonds traditionnels, contre une baisse moyenne supérieure à 20% pour les fintechs. Cette divergence s'explique en grande partie par l'impact de l'inflation sur le secteur financier traditionnel. La rentabilité des grandes banques avait été mise sous pression ces 10 dernières années à cause de réglementations plus strictes suite à la crise de 2008. En outre, les politiques de rachats d'actifs pratiquées par les grandes banques centrales, accompagnées de taux directeurs maintenus à 0%, voire négatifs dans la zone euro, avaient fait fondre les marges. L'inflation constitue certainement une bonne nouvelle pour de nombreux groupes bancaires, qui vont enregistrer une expansion rapide de leurs revenus d'intérêts pour les prochaines années, ainsi que pour les assureurs-vie qui disposeront de conditions plus favorables pour investir les réserves de leurs clients. Le recul de 8% enregistré par les fonds traditionnels depuis le début de l'année contraste d'ailleurs très favorablement avec les performances de grands indices internationaux comme l'indice S&P 500 (-13%), l'indice Nasdaq (-21%), l'Euro Stoxx 50 (-15%) ou le CSI 100 chinois (-19%). A l'inverse, les fonds fintechs ont été emportés par la correction qui s'est emparée du secteur technologique, en particulier les groupes en forte croissance qui affichaient des pertes significatives, ou ceux dont les valorisations avaient atteint des niveaux difficilement justifiables. Un groupe comme Adyen est ainsi en recul de 38% depuis le début de l'année, mais le rapport cours/bénéfice du spécialiste néerlandais des paiements en ligne affiche encore un niveau supérieur à 55 sur base du résultat par action attendu pour l'exercice 2023, soit cinq fois plus que celui d'un groupe bancaire traditionnel comme KBC (11), ou huit fois plus que celui de BNP Paribas (7). "Il y a certainement eu de l'exagération dans les valorisations durant ces dernières années", confirme Antoine Hucher. Pour l'heure, il est donc encore prématuré de s'aventurer sur la fintech dans un contexte ou les économistes estiment généralement que l'inflation n'a pas encore atteint son pic, et tablent généralement sur une dizaine de révisions à la hausse du taux directeur de la Réserve fédérale américaine pour les prochains mois. Dans son dernier rapport de gestion, Patrick Lemmens, gestionnaire des deux fonds Robeco repris dans notre tableau ci- dessous, souligne que l'épidémie de Covid-19 a fortement accéléré la transformation du secteur financier, avec des tendances vers la digitalisation qui ne vont pas disparaître avec la réouverture des économies. "Au niveau global, la liquidité reste abondante, et les taux réels (corrigés de l'inflation) sont fortement négatifs, explique l'analyste. Nous pensons que le scénario actuel va rester favorable au secteur financier, qui va bénéficier d'une croissance plus rapide des volumes et d'un redressement de ses marges d'intérêt." Comme le précise Antoine Hucher, le fonds Jupiter Financial Innovation adopte ainsi une approche mixte entre les fonds traditionnels et les fonds purement fintechs. "Notre fonds a la possibilité d'avoir une approche relativement flexible entre les deux tendances, en fonction de l'environnement économique. Durant la pandémie, notre portefeuille était davantage positionné sur les fintechs. Par contre, depuis le début 2022, nous sommes revenus sur des acteurs plus traditionnels, et le déclenchement de la guerre en Ukraine nous a également poussés à relever notre exposition sur les Etats-Unis, et notamment sur certaines banques régionales qui vont être parmi les plus grandes bénéficiaires du mouvement de hausse des taux aux Etats-Unis." A plus long terme, les fintechs vont toutefois continuer d'apporter un niveau de disruption élevée au secteur traditionnel, et afficher des chiffres de croissance élevés avec des valorisations qui redeviendront progressivement plus attractives. Le volume des paiements numériques va continuer à exploser et soutenir l'émergence d'un secteur de plus en plus diversifié, avec des sous-segments spécialisés sur l'assurtech, les banques digitales ou la gestion de fortune.