Avec un rendement (très) largement inférieur à 1 % pour les obligations de qualité, l'euro fait le désespoir des investisseurs en obligations. L'Etat italien offre plus de 2 % à 10 ans, c'est vrai, mais il suscite une assez large méfiance et les gestionnaires professionnels ont tendance à l'éviter. D'autant que le taux affiché par l'obligation de même durée émise par Washington dépasse lui aussi les 2 % et que les entreprises de qualité satisfaisante empruntant en dollars offrent volontiers 1 ou 2 % de mieux. Pas étonnant que les fonds et sicav proposant aux épargnants des rendements encore alléchants se gavent de papier en dollars ; quitte à couvrir la devise contre une chute face à l'euro.
...

Avec un rendement (très) largement inférieur à 1 % pour les obligations de qualité, l'euro fait le désespoir des investisseurs en obligations. L'Etat italien offre plus de 2 % à 10 ans, c'est vrai, mais il suscite une assez large méfiance et les gestionnaires professionnels ont tendance à l'éviter. D'autant que le taux affiché par l'obligation de même durée émise par Washington dépasse lui aussi les 2 % et que les entreprises de qualité satisfaisante empruntant en dollars offrent volontiers 1 ou 2 % de mieux. Pas étonnant que les fonds et sicav proposant aux épargnants des rendements encore alléchants se gavent de papier en dollars ; quitte à couvrir la devise contre une chute face à l'euro. La diversification étant mère de la sagesse financière, quelques alternatives seraient toutefois souhaitables. En réalité, des rendements élevés, on en trouve encore. En rands sud-africains ou en livres turques, par exemple, les premiers offrant quelque 9 % pour une obligation à 10 ans et les secondes plus de 10 %. On sait toutefois ces devises exotiques capables de brutales syncopes, susceptibles d'effacer d'un coup ces taux mirobolants, une fois la performance convertie en euros. La livre turque a, durant les deux derniers mois de 2016, perdu plus de 15 % face à la monnaie unique européenne. Sa chute atteint même 45 % sur cinq ans. Situation en partie inverse pour le rand : il avait bondi d'un tiers en 14 mois, atteigant un sommet en mars dernier... mais accusait toujours une chute d'un quart, sur une période de cinq ans, face à l'euro. Des montagnes russes assez peu compatibles avec la sérénité requise d'un placement en obligations ! La sérénité, au moins apparente, on peut la trouver sous d'autres cieux. Un pays très rassurant est à coup sûr la Norvège, riche de pétrole et du fonds souverain le plus important du monde : il pèse plus de 850 milliards d'euros ! Confortable pour 5,2 millions d'habitants... Ce n'est pas sans raisons que la monnaie de ce pays béni de Thor est de longue date courtisée par de nombreux investisseurs. Est... ou était ? En couronnes norvégiennes (NOK) aussi, les taux ont sérieusement reflué. Depuis le début du mois de juin, le rendement de l'obligation d'Etat à 10 ans fluctue aux alentours de 1,50 %. Un taux très inférieur à l'inflation, comme chez nous. Par ailleurs, si le pays inspire une grande confiance et que la couronne en bénéficie automatiquement, celle-ci n'est pas un havre de stabilité pour autant. En cause : les caprices du pétrole, ressource essentielle du pays. Les fluctuations de son cours impactent assez spectaculairement la devise. Ainsi, entre son sommet du second semestre 2012, soit 0,135 euro, et son niveau actuel de 0,1050 euro, la monnaie norvégienne a perdu un petit quart de sa valeur pour l'investisseur belge. Son cours fluctue amplement aussi sur de courtes périodes. Toujours par rapport à l'euro, il vient de se replier de 7 % en trois mois et demi à peine. Finalement, le rendement obtenu d'une obligation en couronne norvégienne dépend pour l'essentiel de la devise, c'est-à-dire du moment de son achat, observe Alex Goldwasser, associé-gérant de la société de Bourse éponyme, spécialiste des obligations. Un peu spéculatif pour un placement obligataire... Bien plus exotique encore que les monnaies évoquées plus haut, le yuan chinois, aussi appelé renminbi, présente un gros défaut aux yeux des financiers professionnels : la Chine reste un pays communiste, où l'Etat est le maître du jeu tous azimuts, y compris en ce qui concerne la parité de la devise. Pour booster la compétitivité de son industrie, Pékin pourrait en théorie dévaluer le yuan de moitié du jour au lendemain. C'est d'ailleurs la politique qui fut menée durant les années 1980, mais par étapes : entre 1981 et 1993, la monnaie chinoise a chuté de 80 % face au dollar ! Suivirent alors 12 ans de stabilité tandis que, au cours des 12 dernières années, on a assisté au mouvement inverse : Washington ayant mis la pression, les autorités chinoises ont réévalué le yuan par petites touches. Au bout du compte, la hausse atteint 30 %. C'est essentiellement par rapport au dollar américain que se définit en effet la parité de la devise chinoise, mais qu'en est-il face à l'euro ? Le tableau est très positif sur les 10 dernières années, puisque le yuan s'est renforcé de quelque 30 % face à la devise européenne, comme face au dollar, passant en chiffres ronds de 0,10 à 0,13 euro. Il flirtait par contre avec la barre de 0,15 euro au début 2015 ; la moins-value n'est pas négligeable pour l'investisseur qui aurait acheté à l'époque. Le contexte actuel semble toutefois rassurant, les autorités chinoises visant clairement la stabilité du yuan, toujours face au dollar s'entend. " Quand l'agence Moody's a abaissé le rating de la Chine fin mai dernier (le ramenant de Aa3 à A1, Ndlr), Pékin a aussitôt soutenu sa devise, souligne Alex Goldwasser. La stabilité de la monnaie contraste avec la volatilité du marché boursier ! " Que la parité du yuan dépende entièrement du bon vouloir des autorités chinoises semble dès lors plus dangereux en théorie qu'en pratique. Il paraît aujourd'hui impensable que Pékin dévalue fortement sa devise, sous peine que ses partenaires commerciaux ne prennent des mesures de rétorsion. D'autant que la Chine souhaite visiblement faire du yuan une monnaie crédible sur la scène financière internationale. Reste qu'on ne peut jamais exclure un coup de pouce monétaire à l'économie locale, comme en 2015 et 2016, avec le recul de 13 % évoqué ci-dessus. De toute manière, si les obligations en yuan attirent l'attention, c'est parce qu'elles offrent un rendement appréciable. On ne retiendra pas nécessairement les taux de l'ordre de 9 ou 10 % affichés par le segment high yield du marché obligataire chinois, car on n'est pas obligé de faire une confiance aveugle dans les émetteurs concernés, promoteurs immobiliers notamment. Par contre, comme il ressort du tableau ci-contre, plusieurs groupes occidentaux honorablement connus offrent des rendements supérieurs à 5 % : Crédit Agricole, Daimler, Morgan Stanley, Veolia Environnement, etc. Quant aux organismes publics, chinois ou internationaux, la plupart consentent largement plus de 4 %. Y compris la China Construct Bank Asia, qui bénéficie d'un rating A2 chez Moody's. Au total, il ne semble dès lors pas déraisonnable de prendre en considération les obligations en yuans dans un portefeuille diversifié dont on souhaite améliorer le rendement.