Les fonds mixtes flexibles restent un secteur extrêmement populaire. Dans un contexte fortement marqué par la volatilité sur les marchés financiers, ces fonds ont éprouvé des difficultés à progresser en 2018. Mais la plupart ont rempli leur mission principale qui est de protéger le capital des investisseurs. Chez la plupart des gestionnaires que nous avons rencontrés durant le mois de septembre, la poche exposée sur les actions reste encore très largement plébiscitée pour parvenir à dégager une performance positive.

Par rapport à l'environnement politique et économique, les gestionnaires se montrent généralement rassurants quant à l'impact des différentes incertitudes qui pourraient se produire durant les prochains mois (guerre commerciale, élections de mi-mandat aux Etats-Unis, négociation sur le Brexit et sur le budget italien) et continuent généralement de tabler sur le maintien d'un environnement économique qui restera favorable aux marchés financiers, même s'il conviendra de garder un oeil sur l'évolution de l'inflation.

Guy Wagner, gestionnaire du fonds BL Global Flexible , souligne ainsi que plusieurs éléments semblent aujourd'hui pointer vers une accélération de l'inflation au niveau américain, notamment une croissance des salaires plus dynamique. " Et une hausse de l'inflation aurait un impact sur les marchés obligataires, qui ne pourront plus remplir leur rôle défensif pour le patrimoine des investisseurs dans le futur, mais également sur les valorisations boursières. " " A l'heure actuelle, les marchés n'ont également pas encore intégré dans les cours le risque d'une guerre commerciale de grande ampleur, souligne Serge Pizem, gestionnaire du fonds Axa Global Optimal Income. Tous pensent qu'un accord sera trouvé entre la Chine et les Etats-Unis. "

Actions américaines

Si les gestionnaires plébiscitent les actions pour dégager une performance positive dans le futur, ils sont toutefois partagés entre augmenter l'exposition sur les actions américaines, ou augmenter l'exposition sur les marchés dont la valorisation a fortement diminué comme l'Europe ou les marchés émergents. Russ Koesterich, cogestionnaire du fonds BlackRock Global Allocation, souligne ainsi que sa sous-exposition sur les actions américaines a pesé sur la performance au début d'année, mais qu'il est revenu depuis en position neutre. " La croissance économique restera soutenue, et la visibilité des résultats nous a amené à intégrer un niveau de prime plus élevé pour ce marché ", dit-il.

Guy Wagner estime de son côté qu'un positionnement sur les actions reste une stratégie attractive dans le contexte actuel, en privilégiant les valeurs de qualité. " Ces actions restent la meilleure alternative pour se protéger contre des phases boursières plus volatiles, qui souffrent moins dans les phases de correction et rebondissent plus rapidement. Nous apprécions ainsi plus particulièrement le secteur de la santé ou de la consommation durable (alimentation, boissons, etc.). "

Christophe Machu, cogestionnaire du fonds M&G Dynamic Allocation, souligne que son fonds a souffert de son exposition aux devises émergentes depuis le début de l'année. " La surperformance des actifs américains à partir du mois de février nous a largement surpris. Pour autant, la stratégie reste largement surpondérée sur les marchés d'actions (46 % des actifs sous gestion) et nous privilégions les actions émergentes et européennes aux actions américaines. "

En dehors du marché américain , Russ Koesterich souligne apprécier les perspectives offertes par le secteur technologique chinois, suite au fort recul des cours enregistrés depuis le début 2018. " Nous apprécions également le marché indien. L'économie de ce pays est essentiellement domestique et donc relativement isolée des querelles commerciales. " Au niveau sectoriel, il apprécie les producteurs de biens de consommation, les soins de santé ou encore le secteur des infrastructures pétrolières. " Ce sera un environnement plus positif pour les actions émergentes, souligne Serge Pizem. Les arguments en faveur des marchés émergents restent encore présents à l'heure actuelle, à savoir une croissance supérieure aux pays développés et une démographie favorable. Nous avons profité de la baisse des cours pour prendre des positions en Asie ( Chine, Ndlr) et au Mexique. "

Prudence obligataire

Au niveau des marchés obligataires, la prudence reste de mise pour l'ensemble des gestionnaires. " Nous n'avons conservé pratiquement aucune exposition sur la dette d'entreprise, déclare Christophe Machu. Nous avons également profité de la hausse du taux à 10 ans américains pour nous exposer sur ce segment du marché, qui commence à offrir un bon niveau de protection pour les investisseurs obligataires. " Russ Koesterich estime pour sa part que la dette américaine sur la partie courte (deux à cinq ans) est " actuellement le secteur le plus attractif du marché souverain américain ". Il est par contre prudent sur les marchés souverains européens ainsi que sur le marché de la dette d'entreprise en raison de leur valorisation élevée.

Fonds flexibles européens

Philippe Champigneulle, gestionnaire du fonds DNCA Eurose © PG

Parmi les fonds flexibles, il existe également des produits de qualité qui ne peuvent pas s'exposer en dehors des marchés européens. Paul Read, gestionnaire du fonds Invesco Pan European High Income, souligne que son exposition sur les actions européennes est aujourd'hui à un niveau historiquement élevé, autour de 21 % des actifs sous gestion (contre un maximum de 30%). "Sur le versant obligataire, un grand nombre de segments sont aujourd'hui peu attractifs au niveau européen, ajoute-t-il. Ces derniers mois, nous avons été toutefois en mesure de trouver quelques zones attractives, notamment dans la dette à haut rendement ou dans les émissions bancaires de grandes banques commerciales situées dans de grands pays, y compris en Espagne ou en Italie. Les craintes d'une faillite bancaire majeure sont aujourd'hui assez réduites et les institutions européennes ont beaucoup appris de la crise financière. Le marché primaire est également plus attractif qu'il y a quelques mois. "

De son côté, Philippe Champigneulle, gestionnaire du fonds DNCA Eurose, souligne que son fonds est également proche du maximum de son positionnement sur les marchés boursiers, avec 31 % des actifs sous gestion contre un maximum de 35 %. " Cette proportion n'a pratiquement pas cessé d'augmenter depuis la crise de 2008, précise-t-il. Le segment value affiche une décote historiquement importante par rapport aux actions de croissance, notamment sur des secteurs comme les télécoms, l'énergie ou l'automobile. " Et sur le versant obligataire, ce sont également les obligations italiennes et espagnoles qui constituent l'essentiel de l'allocation. " Nous restons convaincus que la raison finira par l'emporter. " Enfin, il conserve un niveau très élevé de liquidités dans le portefeuille, afin notamment de pouvoir profiter des opportunités qui pourraient se présenter sur les marchés. " Nous avons ainsi pu réagir rapidement lorsque la dette italienne s'est dépréciée de manière anormale, un phénomène qui s'est également répété sur plusieurs émissions de dette corporate durant les derniers mois. "