"Cette fois, les banques ne furent pas à l'origine de la crise ; elles ont au contraire fait partie de la solution." Plusieurs observateurs ont émis ce jugement positif, en référence à la crise de 2009 d'une part et aux assouplissements proposés l'an dernier en matière de crédit d'autre part. Le secteur bancaire a donc redoré son blason sur la scène économique. Il en va de même au niveau des stratégies boursières: après une décennie d'ostracisme, comme ne disait pas Monsieur Beulemans, les voilà qui pointent à nouveau dans plusieurs recommandations. "Les banques de l'Eurozone ont commencé à se redresser mais elles offrent encore un potentiel de hausse", déclare-t-on ainsi chez Belfius. Même attitude chez BNP Paribas: "On s'attend en 2021 à un rattrapage des secteurs ayant le plus mal performé en 2020: l'immobilier, quelques grandes compagnies aériennes, mais aussi le secteur bancaire car nous pensons que le programme de la BCE à son égard constitue toujours un important soutien".
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"Cette fois, les banques ne furent pas à l'origine de la crise ; elles ont au contraire fait partie de la solution." Plusieurs observateurs ont émis ce jugement positif, en référence à la crise de 2009 d'une part et aux assouplissements proposés l'an dernier en matière de crédit d'autre part. Le secteur bancaire a donc redoré son blason sur la scène économique. Il en va de même au niveau des stratégies boursières: après une décennie d'ostracisme, comme ne disait pas Monsieur Beulemans, les voilà qui pointent à nouveau dans plusieurs recommandations. "Les banques de l'Eurozone ont commencé à se redresser mais elles offrent encore un potentiel de hausse", déclare-t-on ainsi chez Belfius. Même attitude chez BNP Paribas: "On s'attend en 2021 à un rattrapage des secteurs ayant le plus mal performé en 2020: l'immobilier, quelques grandes compagnies aériennes, mais aussi le secteur bancaire car nous pensons que le programme de la BCE à son égard constitue toujours un important soutien". "Des pans entiers du marché sont encore très faiblement valorisés. Le secteur bancaire en fait spectaculairement partie", observe de son côté le gestionnaire d'actifs Lazard Frères Gestion. Tandis que son confrère Carmignac explique: "Les fonds dont la flexibilité le permet peuvent prendre des positions à court terme, et c'est ce que nous avons fait en novembre dans le secteur bancaire européen". A défaut d'inspirer une conviction profonde pour le long terme, les actions bancaires constitueraient à tout le moins un investissement opportuniste pour 2021. Voyons brièvement les arguments pour et contre avancés par quelques professionnels. En dépit de son rebond récent, le secteur bancaire reste très bon marché car on vient de points bas inédits en 2019, encore plus faibles que durant la crise financière de 2009 et durant la crise de l'euro de 2011, observe Lazard. Lequel prend à témoin les deux graphiques ci-contre: déjà très parlante avec l'évolution des cours, la dégringolade est plus spectaculaire encore au niveau du rapport entre le cours et la valeur comptable puisqu'on se situe toujours à moins de 0,5 en zone euro. A titre de comparaison, le titre Amazon affiche environ 18 et Apple 34. Mesurée par le rendement sur fonds propres (return on equity, ROE), la rentabilité des banques est restée fort basse ces dernières années. Après des pics à 15 et même près de 20% au début des années 2000, le secteur ne s'est jamais vraiment redressé du krach de 2009. Il a rechuté l'an dernier à... 1,7% à peine en zone euro, contre 7,8% aux Etats-Unis, à en croire les données de Datastream. Misérable... même si l'on se situe plutôt à 7% en données normalisées, rectifie Lazard, ce que confirme le gestionnaire luxembourgeois Pure Capital. Celui-ci ajoute que la situation des banques américaines est plus favorable que celle des banques européennes, ces dernières ayant perdu des parts de marché en raison d'une attitude du régulateur plus dure qu'outre-Atlantique. De plus, elles ont dû fortement diminuer leurs activités plus risquées, c'est-à-dire les plus rentables dans un environnement favorable, insiste Dominique Marchese, head of equities. Or, "sans croissance des résultats, les banques européennes semblent condamnées à rester valorisées à moins d'une fois leurs fonds propres", conclut-il. "Le secteur bancaire est confronté à quelques vents contraires, observe Mark Denham, du gestionnaire Carmignac, comme le niveau très faible des taux d'intérêt, mais également la désintermédiation. A savoir l'émergence des fintechs et autres plateformes lui prenant des clients, au niveau des payements mais aussi de l'épargne. A un horizon de trois à cinq ans, nous nous focalisons sur des entreprises offrant une rentabilité très pérenne tout au long du cycle économique. Or, le profil des banques n'est pas bon de ce point de vue, leur rentabilité étant faible, volatile et assez imprévisible. Plus que les fintechs, la menace à court terme est la relation client, avertit Pure Capital: "Les banques risquent de la perdre au profit d'une relation directe entre le client et les Gafa. Ces derniers se contentent aujourd'hui d'un rôle de courtier ou de distributeur, mais c'est une question cruciale pour le long terme". La situation actuelle est bien meilleure qu'en 2009 ou 2011, observe toutefois Scander Bentchikou, spécialiste du secteur bancaire chez Lazard. Et ceci à divers égards, que ce soit la solvabilité, les coûts de financement, les tensions interbancaires ou encore l'accès au dollar. "Globalement, la solvabilité des banques est aujourd'hui proche de 20%, contre moins de 15% lors de ces deux crises. Par ailleurs, elles se financent aujourd'hui à d'excellentes conditions. Globalement, les banques de la zone euro disposent aujourd'hui de fonds propres supérieurs de 170 milliards au minimum imposé par la BCE, précise de son côté Belfius. Les craintes exprimées au sujet des défaillances d'entreprises seraient également excessives. "Le rapport de stabilité de la BCE indique un niveau très inférieur à celui des crises antérieures, poursuit Lazard: on se situe à moins de 0,2%, contre un pic à plus de 0,5% en 2009. "Il y a d'ailleurs à cela une explication méconnue: les secteurs les plus impactés par la crise sanitaire, à savoir le tourisme, l'horeca et la culture, sont peu intensifs en capital et en crédits. De ce point de vue, ce trio ne représente que 7% environ de l'économie." Belfius est sur la même longueur d'ondes: "Le marché anticipe un niveau de faillites excessif selon nous, alors que la BCE restera vigilante et accommodante pendant un bon moment". Comme signalé plus haut, c'est à court terme qu'on inclut la banque dans les portefeuilles. "Nous attendons pour 2021 des provisions inférieures à celles réalisées en 2020, signale Lazard. Les résultats devraient donc s'améliorer cette année, ce qui autorise une revalorisation des actions bancaires, du moins pour les établissements ayant un business model rentable." "A côté de choix pour le long terme comme la technologie et la santé, nous sommes positionnés sur les secteurs qui vont bénéficier du rebond macroéconomique et d'une légère remontée des taux, dont les banques, explique Maud Reinalter, chief investment officer (CIO) chez Belfius. On n'anticipe pas une forte remontée des taux mais plutôt une pentification de la courbe. Par ailleurs, la BCE a de nouveau permis aux banques de payer des dividendes. C'est un élément qui intéresse les investisseurs." Chez Pure Capital, on évoque également l'évolution positive de la courbe des taux, ainsi qu'un argument plus politique: "Le plan de relance de l'Union et le début de mutualisation des dettes européennes crédibilisent le projet européen et l'euro par la même occasion. Autrement dit, les banques devraient bénéficier d'une baisse de la prime de risque politique qui frappe les marchés européens, de manière exagérée selon nous." On notera encore l'étude publiée l'été dernier par la maison Oddo BHF à propos de la digitalisation accélérée des banques, forcée par la crise sanitaire. Elle représente des coûts importants, certes, mais elle a permis une remarquable résilience des opérations, au niveau de la relation avec les clients comme du télétravail. Le maintien de ce dernier à hauteur de 25 ou 30% des effectifs pourrait engendrer une baisse des coûts de l'ordre de 4%. Au total, cette évolution représente un potentiel de révision des résultats d'au moins 10 à 15%, estime Oddo. Voilà un argument qui dépasse l'opportunisme à court terme évoqué jusqu'ici.