Les Bourses européennes souffrent. La crainte de voir éclater une guerre commerciale internationale n'y est certes pas pour rien. Mais cela n'est pas tout. Les performances des principaux indices surprennent en effet... et pas dans le bon sens. L'indice Stoxx Europe 600 élargi, par exemple, s'établit à plus de 10 % sous le sommet atteint il y a trois ans. A l'époque, la politique de la Banque centrale européenne (BCE) dopait les Bourses. Celles-ci font désormais trois pas en avant, puis deux en arrière, comme dans la célèbre procession qui a lieu chaque année à Echternach (Luxembourg).
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Les Bourses européennes souffrent. La crainte de voir éclater une guerre commerciale internationale n'y est certes pas pour rien. Mais cela n'est pas tout. Les performances des principaux indices surprennent en effet... et pas dans le bon sens. L'indice Stoxx Europe 600 élargi, par exemple, s'établit à plus de 10 % sous le sommet atteint il y a trois ans. A l'époque, la politique de la Banque centrale européenne (BCE) dopait les Bourses. Celles-ci font désormais trois pas en avant, puis deux en arrière, comme dans la célèbre procession qui a lieu chaque année à Echternach (Luxembourg). Les marchés européens font particulièrement pâle figure face à Wall Street, où l'indice Standard & Poor's 500 s'est apprécié de près de 25 % en trois ans - ou encore, de 10 %, exprimé en euros. A l'inverse de leurs consoeurs américaines, les Bourses européennes ne réagissent pas à la relance. Plusieurs facteurs expliquent cette étonnante différence. Lorsqu'un continent n'en finit pas d'accueillir des élections (en France et en Allemagne l'an dernier, en Italie cette année), l'incertitude règne en maître. S'il est rare qu'un scrutin provoque un cataclysme boursier, même lorsqu'un pays comme le Royaume-Uni décide contre toute attente de quitter l'Union européenne, l'inquiétude n'en est pas moins latente. " Les Etats-Unis sont plus prompts à balayer ces risques d'un revers de main, rappelle Dirk Thiels, stratégiste chez KBC Asset Management. Voyez à quel point les marchés se redressent depuis l'élection de Donald Trump. " L'investisseur craint surtout que la question de la viabilité de l'euro ne revienne tôt ou tard lui pourrir la vie. Nombre de problèmes structurels ne sont toujours pas pris à bras-le-corps. Or, si l'économie replonge, les budgets repasseront dans le rouge. Pour Guy Lerminiaux, chef " actions " chez Degroof Petercam, l'investisseur a toujours cette éventualité à l'esprit, " même si l'élection d'Emmanuel Macron permet d'espérer que l'euro retrouve une certaine vigueur. " " L'investisseur américain n'a pas oublié les problèmes dans lesquels a été empêtrée la monnaie unique, poursuit-il. Il dispose de deux possibilités : investir aux Etats-Unis ou à l'international. S'il opte pour la seconde, il sait que la zone n'est qu'une opportunité parmi d'autres. " La vigoureuse croissance de la zone euro a été " la " surprise de 2017. L'élection d'Emmanuel Macron a même provoqué une certaine europhorie sur les marchés, du moins jusqu'au moment où l'on a commencé à s'inquiéter pour les exportations. " L'économie se redressait, mais les Bourses ne suivaient pas ", analyse Luc Aben, économiste en chef chez Van Lanschot Bankiers. On peut de surcroît craindre que l'Europe soit la principale victime d'une guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine. Ce n'est pas un hasard si le Dax, l'indice allemand qui concentre des multinationales comme Siemens, Bayer ou Adidas, est au nombre de ceux qui se portent le plus mal. La conjoncture n'en est pas moins une donnée importante, affirme Guy Lerminiaux, car elle est le socle sur lequel s'appuient les entreprises pour générer leurs bénéfices. Il est donc d'autant plus surprenant que les Bourses du Vieux Continent ne se mettent pas au diapason. " N'oubliez pas que les marchés se sont bien comportés à une époque où l'économie allait relativement mal, rappelle Guy Lerminiaux. Les marchés anticipent toujours. Outre la menace d'un conflit commercial, ils envisagent désormais le retour de l'inflation et la remontée des taux d'intérêt. " Parce qu'ils sont les corollaires d'une accélération de l'économie, ces deux phénomènes rendent les Bourses relativement moins attrayantes. La surpondération des actions britanniques joue, elle aussi, des tours aux Bourses européennes. Les titres du Royaume-Uni constituent plus du quart du Stoxx 600, le principal indice pan-européen. Les incertitudes qui entourent la concrétisation du Brexit pèsent sur l'économie britannique et surtout, sur la livre sterling, qui note toujours 12 % sous son niveau d'avant le référendum. " Si l'on convertit les cours des actions britanniques en euros, on constate que les indices européens pâtissent de la situation ", confirme Luc Aben. La différence entre la manière dont les deux continents réagissent se fait sentir au niveau des entreprises surtout. Dirk Thiels : " Les bénéfices européens n'ont toujours pas renoué avec le niveau atteint avant l'éclatement de la crise financière alors que les bénéfices américains n'ont cessé de croître depuis 2008. La relance, outre-Atlantique, est plus avancée. Cela se voit également aux marges. " Les analystes ont dû attendre 2017 pour pouvoir se dispenser, pour la première fois depuis la crise, de revoir leurs prévisions bénéficiaires à la baisse. Tout le monde s'attendait dès lors à ce que les entreprises européennes enregistrent enfin davantage de bénéfices que les américaines, mais la politique fiscale de Donald Trump laisse désormais présager une hausse de près de 10 % des bénéfices américains par rapport à l'an dernier. Une fois encore, le Vieux Continent échoue à tirer son épingle du jeu. " Les bénéfices des entreprises européennes demeureront raisonnables aussi longtemps que l'économie tournera, prédit Luc Aben. Mais les résultats ne réussissent tout simplement plus à surprendre. " Wall Street doit une bonne part de son succès à la croissance du secteur technologique. De grands noms comme Apple, Amazon, Google ou Facebook font exploser le Standard & Poor's 500, composé à 25 % d'actions du secteur. A l'inverse, la technologie ne représente pas 5 % de l'indice Stoxx 600. L'indice européen élargi est essentiellement constitué de titres bancaires, pharmaceutiques et industriels, autant d'entreprises moins sexy, à la peine depuis déjà tout un temps. Pour Guy Lerminiaux, un indice n'est autre qu'un ensemble d'entreprises " dont chacune a ses problèmes. Qu'il s'agisse des télécoms, des services aux collectivités ou des banques, nombreux sont les secteurs européens dont la croissance est insuffisante ou qui subissent la pression des régulateurs. Quant à des géants comme Unilever ou AB InBev, c'est tout simplement leur taille qui hypothèque leur croissance. " C'est la raison pour laquelle le spécialiste estime que les entreprises dont la valeur boursière est moins élevée donnent une meilleure image des Bourses européennes (voir le graphique " Les petites actions se portent mieux "). " A 13 à 14 fois le bénéfice escompté, les actions européennes sont tout sauf onéreuses, estime Guy Lerminiaux. La correction a ramené les valorisations à des niveaux raisonnables. Si la croissance des bénéfices est conforme aux attentes, tous les espoirs sont permis. " Le problème est que Wall Street séduit, elle aussi, à nouveau énormément. " L'allégement de la fiscalité fait exploser les bénéfices américains, constate Dirk Thiels. Or, alors qu'elle était auparavant très onéreuse, Wall Street est aujourd'hui plus abordable. " Il est fréquent que des actions européennes, bon marché et dont le cours est dès lors susceptible de remonter, fassent l'objet de recommandations d'achat. Luc Aben ne s'attend toutefois pas à ce que les choses se passent de cette manière : " Les taux d'intérêt bas et les bénéfices en hausse permettent de faire preuve d'optimisme à l'égard des Bourses européennes mais sans de bonnes surprises, comme une chute de l'euro, nous ne rattraperons jamais les Etats-Unis ", conclut-il.