Les premiers fonds d'épargne-pension ont vu le jour en février 1987. Le législateur en a tracé les grandes lignes dans un arrêté royal du 22 décembre 1986. Cette initiative faisait suite à la loi Cooreman-De Clercq qui, de 1982 à 1985, visait à encourager les placements en actions. Le contribuable qui effectuait un versement avant le 15 février 1987 pouvait déduire intégralement le montant de celui-ci de ses revenus imposables de 1986. Autrement dit, les épargnants ont pu effectuer deux versements fiscalement avantageux en 1987.
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Les premiers fonds d'épargne-pension ont vu le jour en février 1987. Le législateur en a tracé les grandes lignes dans un arrêté royal du 22 décembre 1986. Cette initiative faisait suite à la loi Cooreman-De Clercq qui, de 1982 à 1985, visait à encourager les placements en actions. Le contribuable qui effectuait un versement avant le 15 février 1987 pouvait déduire intégralement le montant de celui-ci de ses revenus imposables de 1986. Autrement dit, les épargnants ont pu effectuer deux versements fiscalement avantageux en 1987. L'épargne-pension était lancée. Fin 1987, plus d'un demi-milliard d'euros était investi dans des fonds d'épargne-pension. L'association des gestionnaires de patrimoine Beama évalue à 300.000 le nombre de Belges cotisant à ce type de produit depuis 1987. De nos jours, près de 1,5 million de Belges investissent dans un fonds d'épargne-pension. Ce type de fonds représente quelque 18 milliards d'euros. Les gestionnaires des quatre plus grands fonds d'épargne-pension - Paul Beller (KBC), Pierre Nicolas (NNInvestment partners) Koen Maes (Candriam) et Bart Van Poucke (BNP Paribas Fortis) rassemblent à eux seuls quelque 16 milliards d'euros. Jusqu'à présent, il est loisible de récupérer 30 % des versements dans le cadre de l'épargne-pension avec une limite de 940 euros par an, soit une réduction plafonnée à 282 euros. Un avantage non négligeable, même si les gouvernements soucieux de faire des économies n'ont pas hésité à rogner ci et là. Ainsi par exemple, à partir de l'année de revenus 2012, la réduction fiscale a été réduite à 30 % en fonction des revenus imposables. Fin 2014, l'indexation a été limitée et le versement maximum gelé à 940 euros pour plusieurs années. Le gouvernement actuel a abaissé l'impôt final de 10 à 8 % mais prélève en échange 1 % d'anticipé sur ledit impôt final cinq années consécutives. BART VAN POUCKE. Je comprends pourquoi les autorités puisent l'argent dans les fonds. Les intéressés ne le remarquent pas vraiment, si ce n'est sur leurs extraits de compte. Mais en tant qu'épargnant, je préférerais payer cet impôt de ma poche, question de pouvoir répercuter la future perte de rendement cumulatif sur cette partie du portefeuille vendue. PAUL BELLER. En contrepartie, le prélèvement en fin de parcours, lorsque l'épargnant atteint l'âge de 60 ans, est effectivement abaissé de 10 à 8 %. L'épargnant n'est pas à plaindre. PAUL BELLER. La gestion des small caps est primordiale. Aux termes de la loi, nous devons investir minimum 10 % et maximum 30 % du portefeuille d'actions dans des entreprises dont la valeur boursière est inférieure à 3 milliards d'euros. Toute la difficulté consiste à repérer assez vite ces petites entreprises quand elles présentent encore un formidable potentiel de croissance. Il faut ratisser large pour les trouver - hors de la Belgique, voire de la zone euro - afin de mieux répartir les risques. C'est une couveuse en quelque sorte. On y met les petites entreprises et on les sort quand elles deviennent trop grandes. Avec le recul, on est surpris par l'incroyable évolution de ces petites capitalisations dans la zone euro depuis le lancement des fonds d'épargne-pension. Ces small caps devraient continuer à mieux performer que la Bourse, selon nos prévisions. C'est là tout leur intérêt car aucun autre portefeuille important ne se concentre autant sur ces petites entreprises. BART VAN POUCKE. L'horizon de placement des clients qui cotisent à l'épargne-pension est nettement plus lointain que celui des autres investisseurs. Il est non pas de cinq ou 10 ans mais de plusieurs décennies. Les épargnants qui ont commencé tôt peuvent facilement épargner pendant 20 ou 30 ans pour leur pension. C'est ce qu'on appelle le sticky money. L'apport et le retrait d'argent ne sont pas les mêmes que pour les autres fonds qui attirent l'argent en masse quand tout va bien et sont désertés tout aussi massivement quand les choses se gâtent. Il est pour ainsi dire impossible de sortir prématurément d'un fonds d'épargne-pension sans perdre l'avantage fiscal. De ce fait, l'illiquidité du portefeuille peut être investie dans les micro- et les small caps. C'est un formidable atout. BART VAN POUCKE. Une fois repérée, une bonne small cap atteint rapidement le cap de 1 milliard. Il vous faut alors revendre les participations pour acheter d'autres small caps. Cette obligation est devenue très prenante à un moment donné. Aujourd'hui, notre marge de manoeuvre est un peu plus confortable. PIERRE NICOLAS. C'est une charge en moins. Cette modification de la loi nous facilite grandement la vie. Nous étions confrontés à un problème de liquidité. Le négoce de ces petites actions était insuffisant pour garantir une entrée et une sortie aisées. Il faut aussi savoir que cette limite de 1 milliard d'euros n'a jamais été indexée depuis 1987. Le plafond n'était plus d'actualité. PAUL BELLER. Qui dit plus de risques, dit rémunération accrue. C'est la prime d'illiquidité. Les petites sociétés rapportent quelques pour cent de rendement de plus que les grandes entreprises. Le pêcheur préfère pêcher seul dans un étang plutôt qu'en concurrence avec 50 autres pêcheurs au bord du même étang. KOEN MAES. C'est exactement ça : il s'agit de pêcher des petits poissons qu'on rejette à l'eau quand ils deviennent grands. Mais pour moi, l'essentiel de notre mission consiste à répartir idéalement l'argent qui nous est confié entre les différentes catégories d'actifs : un peu plus ou un peu moins en actions, une durée plus ou moins longue des obligations en portefeuille, un peu plus ou un peu moins dans certaines régions ou certains secteurs. C'est nettement moins sexy mais plus efficace pour se démarquer que simplement sélectionner l'une ou l'autre action ou obligation individuelle. Bart Van Poucke. J'ai 800 lignes dans mon portefeuille. Une action individuelle ne fera effectivement pas la différence. Le fait d'avoir une forte proportion de small caps en portefeuille assure effectivement un rendement supérieur. Les autres fonds mixtes ont moins de small caps en portefeuille. PAUL BELLER. J'aimerais réagir à ces propos. La différence entre un gestionnaire qui investit 70 % en actions et un gestionnaire qui investit 30 % en actions est énorme. Quand on compare certains fonds qui investissent en moyenne 70 % en actions et qui décident d'augmenter ou de diminuer ce pourcentage de 5 %, vous seriez probablement surpris de constater que le rendement supérieur ainsi réalisé est dû non pas tant à la répartition des moyens disponibles entre les différentes catégories d'actifs qu'à la sélection des lignes individuelles. PIERRE NICOLAS. Je pense pouvoir rapprocher les différents points de vue. Il y avait une forte corrélation entre les catégories d'actifs ces dernières années. Il était dès lors difficile de faire la différence par la répartition des actifs. Mais les choses ont changé au quatrième trimestre 2016. Je pense qu'à l'avenir, les gestionnaires arriveront effectivement à faire la différence par leur répartition des actifs. PIERRE NICOLAS. J'y vois plutôt des restrictions, très spécifiques et très rares. Mais on peut aussi y voir des atouts. Ainsi par exemple, les gestionnaires ne peuvent investir que dans des lignes directes : en actions ou en obligations. Une entrave de plus pour les gestionnaires, une garantie pour les investisseurs. Nous ne prendrons en portefeuille que les entreprises minutieusement analysées. Autre exemple : nous ne pouvons investir que 20 % maximum du portefeuille en devises autres que l'euro. Nous essayons de préserver le pouvoir d'achat du consommateur en euros. Nous ne pouvons pas nous procurer d'instruments de couverture pour protéger le portefeuille des écarts de change. Il me semble donc logique de limiter les placements dans d'autres devises. KOEN MAES. Au départ, le but poursuivi par les fonds d'épargne-pension était de soutenir l'économie belge. Avec l'introduction de l'euro et les réglementations européennes, cet objectif a été étendu à l'ensemble de l'économie européenne. Vu sous cet angle et avec cet objectif en ligne de mire, certaines restrictions se justifient. Mais de notre point de vue, comme nous visons une gestion efficace et un rendement optimal pour les épargnants, nous souhaiterions moins de restrictions. Personnellement, je considère comme une vraie restriction l'interdiction d'investir plus de 20 % en devises étrangères. Le secteur de la gestion de patrimoine a tellement évolué ces 30 dernières années que certaines de ces limitations sont devenues obsolètes. Une plus grande flexibilité serait tout bénéfice pour les épargnants. Bart Van Poucke. Il y a nettement plus d'instruments disponibles qu'il y a 30 ans. Prenez l'exemple du référendum sur le Brexit : une certaine volatilité était prévisible. Nous ne voulions pas nécessairement vendre les actions britanniques mais comme il est impossible de protéger un fonds d'épargne-pension des fluctuations de la livre sterling, nous n'avons pas eu le choix. L'indice Footsie a bien performé en livres sterling mais en euros, il ne reste pas grand-chose. Si nous avions pu acquérir une couverture pour nous prémunir de la chute de la livre, nous aurions dégagé un meilleur rendement. Il ne faut pas abuser du financial engineering mais ce serait sympa de pouvoir mieux se protéger contre les risques macro-économiques par le biais d'index futures ou d'autres produits dérivés très simples. PAUL BELLER. Des produits un peu plus sophistiqués nous permettraient de mieux réagir à l'évolution des taux d'intérêt. Nous aimerions investir aujourd'hui un peu plus aux Etats-Unis ou dans d'autres régions, si nous pouvions couvrir les risques de change. Je songe notamment aux sociétés IT, pharmaceutiques et de biotechnologie. Dans ces secteurs, le choix est plus large aux Etats-Unis qu'en Europe. Un autre grand absent : le private equity. A l'heure actuelle, il ne nous est pas permis d'investir l'argent des épargnants dans des titres non cotés. Les titres non cotés sont moins liquides. Comme les small caps. Or ils auraient leur place dans des fonds à long terme. Force est de reconnaître que le législateur a vu juste. Le cadre qui limite les placements en devises étrangères à 20 % et l'obligation d'investir dans les small caps a donné d'excellents résultats. J'ignore si ce succès était prémédité mais le fait est que cela a formidablement bien marché. Pierre Nicolas. Je confirme. Le produit est fort bien conçu. Et à en juger d'après les rendements, les fonds d'épargne-pension ont mieux performé que les fonds mixtes. Quasi tous ces fonds ont obtenu quatre ou cinq étoiles Morningstar. Il faut un certain équilibre. L'esprit du produit original et sa spécificité doivent être préservés mais nous devrions aussi avoir la possibilité de protéger le portefeuille par l'introduction de dérivés. Bart Van Poucke. Nous voici aujourd'hui à un tournant. Les obligations n'offrent plus beaucoup de perspectives. Il serait salutaire de pouvoir élargir notre horizon et d'acheter des obligations au rendement potentiel supérieur, ou des obligations de pays émergents. La définition d'obligations qualitatives est assez vague et nous n'osons pas trop nous en écarter. Ceci dit, je m'inquiète un peu pour les fonds d'épargne-pension défensifs qui investissent davantage en obligations qu'en actions. Arriveront-ils à maintenir les bénéfices du passé ? Koen Maes. Quand l'épargnant approche de l'âge de la retraite ou n'est pas disposé à prendre des risques, il faut l'orienter vers les fonds d'épargne-pension défensifs. Mais il faut jouer cartes sur table. Le rendement escompté est moins élevé que par le passé. Bart Van Poucke. Tout dépend du profil de risque. A mon avis, on peut déjà s'estimer heureux si la partie obligataire affiche un rendement légèrement positif. Le rendement sera assuré essentiellement par les actions dans les années qui viennent. Les épargnants ayant privilégié les obligations ont été particulièrement gâtés ces derniers temps. Le fonds d'épargne-pension défensif a réalisé un rendement de 10 % certaines années. Ce n'est pas normal. KOEN MAES. Les obligations ont produit un meilleur rendement que prévu ces derniers temps. Ceci dit, le rendement des actions de la zone euro et hors Europe était raisonnablement limité et contrairement aux obligations à long terme, les actions présentent encore pas mal de potentiel. Il n'est pas normal d'obtenir des rendements similaires voire supérieurs sur trois et cinq ans avec des fonds d'épargne-pension moins risqués. Ce sera différent à l'avenir : pour plus de rendement, il faudra prendre plus de risques.