La gestion mixte flexible a repris des couleurs depuis le début 2019, notamment grâce au fort rebond enregistré par les marchés boursiers durant le premier trimestre. La tendance s'est toutefois modérée depuis quelques mois, notamment suite à la recrudescence des incertitudes liées à la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine. Dans ce contexte, les gestionnaires estiment que l'environnement reste favorable aux classes d'actifs risqués dans un contexte de taux obligataires qui demeurent extrêmement bas. Nous avons interrogé plusieurs responsables sur de grandes stratégies très populaires sur le marché belge, et qui pèsent au moins 5 milliards d'euros en actifs sous gestion.

Prise de risque

" L'année 2018 a été particulièrement délicate pour les fonds mixtes, souligne Christian Lehr, senior product specialist chez Nordea Asset Management, car toutes les classes d'actifs ont traversé des moments difficiles. Dans l'ensemble, notre positionnement défensif nous a permis de bien limiter la casse durant le second semestre. Et depuis le début 2019, nous avons déjà pratiquement rattrapé tout le chemin perdu. "

Pour Charles-Henri Kerkhove, investment director pour les stratégies Multi Asset chez Fidelity International, " la croissance globale a atteint son pic, avec une Fed qui va faire une pause avant de reprendre éventuellement son mouvement de normalisation en 2020 ". De son côté, la croissance chinoise sera supportée par les mesures visant à stimuler la croissance ; tandis que la croissance européenne reste trop fortement dépendante de l'évolution du commerce international en dépit d'un marché domestique qui résiste bien. " Le contexte actuel reste assez porteur pour les actifs à risque, et il n'est pas encore temps de se montrer trop défensif ", indique le spécialiste.

Philip Vorndran, stratégiste de Flossbach von Storch, estime que les actions représentent encore et toujours la classe d'actifs à privilégier dans un contexte où les placements souverains n'offrent plus de rendement. " Au vu des crises que nous avons traversées ces 10 dernières années, un investisseur rationnel serait prudemment resté en dehors des marchés, et aurait de fait manqué une progression annualisée supérieure à 9% sur l'indice MSCI World ", précise-t-il.

Stable et défensif

Nordea Stable Return est rapidement devenu une référence dans le domaine des fonds flexibles. Le principe est de diversifier l'exposition afin d'avoir une partie du portefeuille qui se comportera bien dans un environnement haussier, et une autre partie qui sera plus défensive pour résister lorsque les marchés se retournent. " A tout moment, nous aurons ces deux expositions dans notre portefeuille, de sorte que la performance du fonds ne soit pas dépendante de la justesse d'un seul scénario macroéconomique ", indique Christian Lehr.

L'objectif de Nordea Stable Return sera donc la préservation du capital accompagné d'un rendement attractif sur l'ensemble d'un cycle économique (6 à 10 ans) avec une volatilité très maîtrisée (entre 4 et 7%). Les actifs sous gestion du fonds de Nordea AM dépassent 10 milliards d'euros, après avoir toutefois atteint 18 milliards d'euros dans le courant 2017. " Les clients qui étaient entrés en 2016 ont été légitimement déçus de notre performance, poursuit le spécialiste. Les actifs sous gestion se sont toutefois stabilisés ces derniers mois, avec notamment un gros noyau d'investisseurs institutionnels qui apprécient le profil diversifiant et peu corrélé aux marchés boursiers. Notre portefeuille d'actions représente aujourd'hui 60% des actifs sous gestion, avec une surpondération des profils stables qui ne verront pas leurs résultats s'écrouler lors d'une récession. "

Exposition asiatique

Chez Fidelity, le fonds FF-Global Multi Asset Income vise le versement d'un rendement soutenable de 5% à ses investisseurs en se positionnant sur une large gamme d'actifs générateurs de rendement, notamment des actions à dividende, des obligations à haut rendement, et des actifs alternatifs (immobilier, infrastructure). Cette dernière portion représente actuellement plus de 8% des actifs sous gestion. " Ces actifs offrent une diversification attractive par rapport aux classes traditionnelles, et cette poche permet de mieux encaisser les chocs sur les marchés ", affirme Charles-Henri Kerkhove. Lancé en 2013, ce produit affiche désormais des actifs sous gestion proches de 8 milliards de dollars.

" Nous n'avons pas de cash ou d'obligations souveraines européennes dans notre portefeuille ", selon l' investment director. La poche action est exposée à la baisse sur les grandes technologiques, et privilégie des secteurs défensifs comme les télécommunications et les bancaires aux Etats-Unis. " Ces dernières bénéficient du niveau plus élevé des taux et de bilans généralement plus sains qu'en Europe. " Le portefeuille sera également largement exposé sur les marchés asiatiques (plus de 20% des actifs sous gestion sur les actions et les obligations) suite à la forte correction enregistrée en 2018. A l'inverse, l'exposition sur l'Europe a été réduite.

Europe sous-pondérée

Flossbach von Storch Multiple Opportunities est devenu un des produits préférés des investisseurs belges, avec une performance annualisée dépassant 10% durant la dernière décennie, et des actifs sous gestion qui dépassent désormais 6,5 milliards d'euros. Après avoir profité de la baisse des marchés à la fin 2018 pour remonter la poche action à près de 75% des actifs sous gestion, l'exposition a été progressivement réduite vers 60% des actifs sous gestion depuis le mois de février, " soit un niveau historiquement bas pour notre stratégie. Notre position de cash se monte actuellement à 20%, car nous attendons à nouveau mouvement de correction pour revenir sur le marché ".

Philip Vorndran estime également que le contexte reste particulièrement défavorable pour les actifs européens, avec une guerre commerciale qui pèse sur le commerce international (et pénalise fortement les entreprises du Vieux Continent) et un climat politique intérieur toutefois délicat. " L'Europe demeure spectatrice des mouvements qui se produisent dans le reste du monde, et aucun des problèmes intérieurs n'a été résolu ", déclare-t-il.

Large gamme

" La crise financière de 2008 a permis de redécouvrir les attraits de la gestion mixte ", rappelle Ewout van Schaick, head of multi asset chez NN Investment Partners, une formule qui rassemble des actifs sous gestion supérieurs à 29 milliards d'euros chez le groupe néerlandais, sur divers fonds dont le plus populaire est NN Patrimonial Balanced. " Notre stratégie d'investissement se base sur les fondamentaux, mais nous utilisons également beaucoup les acquis de la finance comportementale afin de nous adapter à l'environnement de marché ", poursuit-il.

" Nous nous reposons également de plus en plus sur les infos fournies par l'analyse des données disponibles en ligne. Il faut aujourd'hui être plus réactif, et anticiper la manière dont les marchés vont analyser les données, indique encore Ewout van Schaick. Nous préférons actuellement un positionnement obligataire plus prononcé sur des segments qui offrent encore un différentiel de taux attractif (haut rendement, dette émergente, etc). A l'inverse, nous sommes légèrement sous-pondérés sur les marchés boursiers en raison des incertitudes géopolitiques. " Il estime notamment que le secteur technologique pourrait être mis sous pression s'il se trouve pris au milieu de la guerre d'influence entre la Chine et les Etats-Unis.