Novethic, un centre de recherche axé sur l'économie durable, a publié ce mois de novembre la cinquième édition de son étude sur l'offre de fonds à dimension environnementale - autrement dit les "fonds verts". Le but du groupe est d'observer les évolutions du marché des fonds verts européens afin d'évaluer la portée des nouvelles réglementations européennes - comme la taxonomie.

Et cette cinquième édition intitulée "Les limites des fonds verts en Europe" ne garde guère de suspens sur le contenu de l'étude.

Seulement 1,3% des encours européens

Alors que les fonds verts représentaient 59 milliards d'euros en 2019, ces derniers ont augmenté de 240% pour atteindre 202 milliards d'euros au 30 juin 2021. Cependant, ils ne représentent qu'1,3% des encours des fonds européens. Ce que Novethic explique:

"La croissance des encours est alimentée par une augmentation de la demande de verdissement des placements. En revanche, l'offre supposée répondre à cette demande est confuse dans ses promesses environnementales. Un nombre croissant de fonds met en avant des stratégies dont le niveau d'ambition environnemental est très variable, toutes n'étant pas considérées comme "vertes" par Novethic."

En plus des fonds verts, Novethic distingue également les "Fonds d'inspiration verte ", moins ambitieux et dont la stratégie durable est axée sur des "caractéristiques vertes". Ce que reproche Novethic à ces fonds, c'est la nébuleuse qui les entoure et empêche d'avoir une vision claire "sur leur capacité à tenir leurs promesses d'investissement vert et à garantir au client final les bénéfices environnementaux de ce type de placements." Les experts qualifient ces fonds comme "noyés dans l'océan de la gestion d'actifs européenne. "

Un périmètre d'actions difficile à définir

Pour réaliser son analyse, Novethic développe également trois thématiques, dont découlent les différentes stratégies des fonds verts. La première concerne l'environnement et consiste à choisir des entreprises dont les activités sont liées au développement durable au sens large - entendez énergies renouvelables, économie circulaire, santé. La deuxième comprend le "bas carbone", donc relatif à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Et enfin, la troisième thématique englobe les "Green bonds" - ou "obligations vertes" - avec un investissement dans des obligations vertes afin que les montants collectés ne soient alloués qu'à des projets environnementaux.

Là aussi, Novethic a identifié des problématiques : "si certains ont élaboré des méthodologies avancées, les thématiques les plus spécialisées (par exemple les fonds Eau) se heurtent au faible nombre d'entreprises "apporteuses de solutions" sur les marchés cotés. Parallèlement, les fonds thématiques les plus généralistes, souvent positionnés sur la contribution à la transition écologique, ne prennent pas assez en compte le périmètre où celle-ci se mesure."

Une Europe à plusieurs vitesses

Nous le savons, les énergies fossiles sont amenées à être exclues du marché. Mais l'Europe engage cette transition à plusieurs vitesses: tandis qu'une part importante du marché veut continuer à financer les entreprises du secteur quand elles amorcent leur transition - avec dernièrement le nouveau gouvernement allemand qui a annoncé une sortie du charbon dans 10 ans, soit en 2030 - tandis qu'en Europe du Nord, les fonds verts sans fossiles deviennent la norme.

Les experts de Novethic pointe également des "méthodologies imprécises" concernant les fonds axés sur la réduction des émissions carbone. "L'absence actuelle de prise en compte du scope 3 (les émissions indirectes qui pour beaucoup de secteurs sont la source de carbone la plus importante) entache la crédibilité climatique de ces fonds."

Le groupe conclut son étude en confirmant ses doutes: "Verdir l'offre de produits financiers reste une approche de niche mais le volume des encours des fonds verts progresse [...]. En revanche, la capacité de ces fonds à investir dans une économie verte conformément aux attentes des épargnants et des investisseurs qui les choisissent reste limitée. Les limites des fonds verts sur le marché européen tiennent donc à leur incapacité à démontrer clairement leur performance environnementale et au-delà, leur participation à la transformation de l'économie."

Aurore Dessaigne

A propos de Novethic

Novethic se présente comme un expert de la finance durable et un média de référence de l'économie responsable. Sa mission est d'éclairer les prises de décisions et de faciliter l'action pour offrir aux acteurs financiers, aux entreprises et à leurs collaborateurs les clés d'une transformation durable. Novethic est une filiale de la Caisse des dépôts et consignations, une institution financière publique française placée sous le contrôle direct d'une commission de surveillance rendant compte au Parlement. Elle exerce des activités d'intérêt général pour le compte de l'État et des collectivités territoriales ainsi que des activités concurrentielles.

Novethic, un centre de recherche axé sur l'économie durable, a publié ce mois de novembre la cinquième édition de son étude sur l'offre de fonds à dimension environnementale - autrement dit les "fonds verts". Le but du groupe est d'observer les évolutions du marché des fonds verts européens afin d'évaluer la portée des nouvelles réglementations européennes - comme la taxonomie. Et cette cinquième édition intitulée "Les limites des fonds verts en Europe" ne garde guère de suspens sur le contenu de l'étude. Alors que les fonds verts représentaient 59 milliards d'euros en 2019, ces derniers ont augmenté de 240% pour atteindre 202 milliards d'euros au 30 juin 2021. Cependant, ils ne représentent qu'1,3% des encours des fonds européens. Ce que Novethic explique: En plus des fonds verts, Novethic distingue également les "Fonds d'inspiration verte ", moins ambitieux et dont la stratégie durable est axée sur des "caractéristiques vertes". Ce que reproche Novethic à ces fonds, c'est la nébuleuse qui les entoure et empêche d'avoir une vision claire "sur leur capacité à tenir leurs promesses d'investissement vert et à garantir au client final les bénéfices environnementaux de ce type de placements." Les experts qualifient ces fonds comme "noyés dans l'océan de la gestion d'actifs européenne. "Pour réaliser son analyse, Novethic développe également trois thématiques, dont découlent les différentes stratégies des fonds verts. La première concerne l'environnement et consiste à choisir des entreprises dont les activités sont liées au développement durable au sens large - entendez énergies renouvelables, économie circulaire, santé. La deuxième comprend le "bas carbone", donc relatif à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Et enfin, la troisième thématique englobe les "Green bonds" - ou "obligations vertes" - avec un investissement dans des obligations vertes afin que les montants collectés ne soient alloués qu'à des projets environnementaux.Là aussi, Novethic a identifié des problématiques : "si certains ont élaboré des méthodologies avancées, les thématiques les plus spécialisées (par exemple les fonds Eau) se heurtent au faible nombre d'entreprises "apporteuses de solutions" sur les marchés cotés. Parallèlement, les fonds thématiques les plus généralistes, souvent positionnés sur la contribution à la transition écologique, ne prennent pas assez en compte le périmètre où celle-ci se mesure."Nous le savons, les énergies fossiles sont amenées à être exclues du marché. Mais l'Europe engage cette transition à plusieurs vitesses: tandis qu'une part importante du marché veut continuer à financer les entreprises du secteur quand elles amorcent leur transition - avec dernièrement le nouveau gouvernement allemand qui a annoncé une sortie du charbon dans 10 ans, soit en 2030 - tandis qu'en Europe du Nord, les fonds verts sans fossiles deviennent la norme.Les experts de Novethic pointe également des "méthodologies imprécises" concernant les fonds axés sur la réduction des émissions carbone. "L'absence actuelle de prise en compte du scope 3 (les émissions indirectes qui pour beaucoup de secteurs sont la source de carbone la plus importante) entache la crédibilité climatique de ces fonds."Le groupe conclut son étude en confirmant ses doutes: "Verdir l'offre de produits financiers reste une approche de niche mais le volume des encours des fonds verts progresse [...]. En revanche, la capacité de ces fonds à investir dans une économie verte conformément aux attentes des épargnants et des investisseurs qui les choisissent reste limitée. Les limites des fonds verts sur le marché européen tiennent donc à leur incapacité à démontrer clairement leur performance environnementale et au-delà, leur participation à la transformation de l'économie."Aurore Dessaigne