Les Gafam règnent en maître sur les marchés boursiers mondiaux. Apple est devenue l'entreprise la plus chère de tous les temps en Bourse avec une capitalisation de plus de 2.100 milliards de dollars. A l'heure d'écrire ces lignes, Alphabet (Google), Apple, Facebook, Amazon et Microsoft valent ensemble plus de 7.500 milliards de dollars.
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Les Gafam règnent en maître sur les marchés boursiers mondiaux. Apple est devenue l'entreprise la plus chère de tous les temps en Bourse avec une capitalisation de plus de 2.100 milliards de dollars. A l'heure d'écrire ces lignes, Alphabet (Google), Apple, Facebook, Amazon et Microsoft valent ensemble plus de 7.500 milliards de dollars. Ils pèsent près d'un quart du S&P500, l'indice de référence aux Etats-Unis. Pas moins de 4.600 milliards de dollars de fonds passifs sont indexés sur le S&P500 qui sert d'indice de référence pour 11.200 milliards de dollars d'actifs. Parmi ces derniers, on retrouve de nombreux fonds investissant dans les actions mondiales et américaines dont les gérants commencent à maugréer au vu du succès des Gafam. "Apple, Microsoft et Amazon, qui pèsent plus de 5% des indices Russell 1000 Growth et S&P500, sont les actions les plus sous-pondérées par les fonds de placement en grandes capitalisations, constate en effet Goldman Sachs dans son dernier rapport sur la stratégie des fonds et hedge funds. Malheureusement pour les gestionnaires de ces fonds, ces actions affichent un rendement de respectivement 59%, 34% et 76% depuis le début de l'année", largement mieux que la moyenne du S&P 500 (6%). Les fonds de placement en actions surpondèrent par contre les actions cycliques et les titres value, c'est-à-dire avec une faible valorisation. Il serait toutefois erroné d'en conclure que les gestionnaires se méfient des actions de croissance. John Authers, éditorialiste pour Bloomberg, signale ainsi qu'en retirant les deux mammouths Apple et Microsoft, les fonds en actions de grandes capitalisations surpondèrent aussi le secteur technologique avec des valeurs comme Netflix, Paypal ou Salesforce (qui vient également d'intégrer le Dow Jones). Si de nombreux fonds sous-pondèrent Apple et Microsoft, c'est avant tout en raison de leur poids élevé (13% du S&P 500). Que cela soit prévu dans les règles du fonds ou ancré dans la stratégie de gestion, les gérants limitent la concentration et privilégient la diversification. Ils ont ainsi tendance à limiter le poids des géants technologiques, avec le seuil de 5% comme limite courante. La surpondération des actions value est également assez logique dans cette perspective de diversification. Leur concentration est en effet bien moindre, le poids des cinq principales actions value ne représentant que 10% de l'indice Russell 1000 Value, ce qui permet au gérant de largement diversifier ses positions. Ces règles de conduite en matière de diversification ont évidemment été mises en place pour protéger le portefeuille. Mais désormais, elles pèsent sur la performance. Sur les 12 derniers mois, l'action Apple a progressé de 149%. En pratique, il était à peu près impossible pour les gestionnaires de fonds de faire mieux que l'indice en sous-pondérant le géant à la pomme. Evidemment, la donne pourrait changer. Comme le dit le proverbe, les arbres ne montent pas jusqu'au ciel. Un coup de mou des Gafam devrait permettre aux fonds d'actions d'afficher une surperformance par rapport à l'indice. Mais comme l'épingle John Authers, cela pose question sur le rôle même des fonds d'actions gérés activement. L'envolée des Gafam n'a pas réellement surpris les gestionnaires de capitaux dans l'ensemble. Les hedge funds suivis par Goldman Sachs ont ainsi augmenté leurs positions dans les Gafam pour le 23e trimestre consécutif au cours du printemps. Cela leur permet d'afficher une progression de 19% depuis le début de l'année, 13% de mieux que le S&P 500. Les tendances favorables aux géants technologiques n'ont certainement pas échappé à de nombreux gérants de fonds classiques. Mais ils n'ont pas pu miser sur les Gafam afin de limiter la concentration du portefeuille. Paradoxalement, les investisseurs tentés d'investir avec un biais technologique fort avaient plutôt intérêt à privilégier les fonds passifs (ETF, trackers). La concentration des marchés boursiers au sein des Gafam marque ainsi un renversement des rôles, les fonds actifs apparaissant plus diversifiés avec des performances dans la moyenne. Cela n'a toutefois pas fait disparaître leur handicap en matière de coûts. Les frais de gestion d'un fonds en actions de grande capitalisation sont généralement d'environ 1%. Les ETF sur le S&P 500 les moins coûteux affichent des frais annuels inférieurs à 0,1%. De plus, les fonds actifs ne sont pas non plus la panacée pour les investisseurs qui recherchent une diversification élevée. Des ETF sur des indices extrêmement larges répondent davantage à ce besoin. Sur Wall Street, il existe par exemple l'indice Russell 3000 qui rassemble 3.000 titres et présente donc une bien moindre concentration. Plus largement, les indices MSCI World (Bourses occidentales) et MSCI ACWI (pays industrialisés et émergents) comptent aussi un grand nombre de grandes entreprises avec une pondération limitée pour les géants technologiques. L'indice MSCI ACWI compte par exemple 2.986 actions et le poids d'Apple est limité à 3,72%, moitié moins que dans le S&P 500. Pour offrir une réelle plus-value, les fonds actifs doivent donc repenser leur offre. Même s'il est probable que les Gafam connaîtront tôt ou tard un coup de mou, la numérisation de l'économie n'est pas près de s'inverser. Or, cette tendance est nettement favorable à une concentration de la croissance et de la valeur. Cela permet à un acteur innovant de rapidement s'imposer au niveau mondial et face à une série d'acteurs plus anciens. Automatiquement, ce nouvel entrant est plébiscité en Bourse en raison de ses perspectives de long terme plus favorables. On l'observe d'ailleurs dans de plus en plus de secteurs. Dans le secteur de la consommation discrétionnaire, la prépondérance d'Amazon confronte les gestionnaires de fonds au même problème qu'Apple et Microsoft dans le secteur technologique. Tesla suit au sein du secteur automobile ( lire l'encadré intitulé " Tesla, nouveau cauchemar des gérants de fonds "). Plus que jamais, l'investisseur a donc tout intérêt à bien comparer fonds actifs et passifs. Les fonds passifs ont énormément d'atouts structurels avec des coûts extrêmement réduits, une grande facilité de transaction (directement en Bourse pour nombre d'ETF) et une réplication de tout type d'indice. Vous pouvez opter pour des indices encore plus concentrés (comme le S&P 100 sur Wall Street) ou plus diversifiés. De nombreux indices existent aussi avec différents biais de gestion : croissance pour plébisciter les entreprises qui se développent, value pour rechercher les actions décotées, momentum pour se concentrer sur les titres qui prestent bien. Les fonds actifs n'ont pas pour autant dit leur dernier mot mais, clairement, la proposition de valeur devient prépondérante. Elle peut être financière avec une recherche fondamentale qui débouche sur de réels investissements de conviction avec des surpondérations marquées. Ou de tout autre ordre. Dans le domaine des placements durables ou sociaux, les fonds passifs ont par exemple une approche automatisée et chiffrée laissant peu de place à la philosophie de gestion de l'entreprise. Une notion subjective que peut prendre en compte le gérant d'un fonds actif qui s'en donne les moyens. Les fonds qui continueront de se contenter de copier plus ou moins fidèlement les indices de référence verront les retraits de capitaux se poursuivre. La tendance est particulièrement visible aux Etats-Unis où les fonds actifs en actions ont subi des retraits de 353 milliards de dollars entre août 2019 et juillet 2020, selon Morningstar.