Moins d'un mois après la promulgation de son plan d'urgence de 1.900 milliards de dollars prévoyant notamment un versement direct aux ménages, Joe Biden a présenté son véritable plan de relance. Baptisé American Jobs Plan, il promet des millions d'emplois de qualité aux Américains. Le choix de la ville de Pittsburgh pour en dévoiler les détails est ainsi hautement symbolique. Cette cité industrielle de la Rust Belt, durement frappée par la crise de la sidérurgie dans les années 1980, a su renaître de ses cendres. Les friches industrielles sont désormais louées pour des tournages de film, des mariages ou des concerts. Pittsburgh s'est hissée parmi les villes où il fait bon vivre aux Etats-Unis grâce aux technologies et aux sciences du vivant. Aux dernières élections, elle a aussi fait pencher la balance en faveur de Joe Biden dans l'Etat crucial de Pennsylvanie.
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Moins d'un mois après la promulgation de son plan d'urgence de 1.900 milliards de dollars prévoyant notamment un versement direct aux ménages, Joe Biden a présenté son véritable plan de relance. Baptisé American Jobs Plan, il promet des millions d'emplois de qualité aux Américains. Le choix de la ville de Pittsburgh pour en dévoiler les détails est ainsi hautement symbolique. Cette cité industrielle de la Rust Belt, durement frappée par la crise de la sidérurgie dans les années 1980, a su renaître de ses cendres. Les friches industrielles sont désormais louées pour des tournages de film, des mariages ou des concerts. Pittsburgh s'est hissée parmi les villes où il fait bon vivre aux Etats-Unis grâce aux technologies et aux sciences du vivant. Aux dernières élections, elle a aussi fait pencher la balance en faveur de Joe Biden dans l'Etat crucial de Pennsylvanie. Au total, le plan prévoit plus de 2.250 milliards de dollars d'investissements d'ici 2030 "pour faire gagner l'Amérique", selon Joe Biden. L'objectif principal est de renforcer les infrastructures du pays, ce qu'a longtemps essayé de faire son prédécesseur, mais sans parvenir à un accord avec le Congrès. Joe Biden envisage une rénovation complète des infrastructures du pays. Pas moins de 621 milliards de dollars devraient ainsi être investis en huit ans dans les infrastructures de transport: routes, ponts, transports publics, ports, aéroports et électrification. Un budget de 300 milliards de dollars doit permettre de rénover le réseau d'eau potable (notamment pour supprimer toutes les conduites en plomb), développer le réseau haut débit et améliorer le réseau électrique vieillissant. Le second volet est plus social avec un budget de 400 milliards de dollars pour les soins aux personnes âgées et handicapées ainsi qu'une enveloppe de 350 milliards de dollars pour la construction et la rénovation de logements abordables, et la construction et la modernisation d'écoles. Enfin le troisième volet est davantage axé sur la compétitivité des Etats-Unis, faisant écho aux craintes ancrées outre-Atlantique d'être dépassés par la Chine. Au total, ce sont ainsi 580 milliards de dollars qui seront destinés à soutenir l'industrie, la formation des travailleurs et au plus important programme non militaire de recherche et le développement de l'histoire des Etats-Unis (180 milliards). Joe Biden a souligné que ces investissements seront entièrement financés par le Made in American Tax Plan. Il a toutefois fourni peu de détails. Les principales mesures sont le relèvement de l'impôt des sociétés de 21% à 28% et l'augmentation des prélèvements pour les contribuables gagnant plus de 400.000 dollars par an. Faut-il en conclure que l'impact net sur les finances publiques sera neutre? Pas du tout, car les investissements doivent être réalisés au cours des huit prochaines années alors que l'augmentation des impôts devant permettre de les financer s'étale sur une période de 15 ans. En d'autres termes, les dépenses seront supérieures aux recettes au cours des prochaines années, ce qui devrait soutenir l'économie américaine. Les économistes de Jefferies évoquent un impact facial de 0,5% à 1% du PIB en 2022, à ajouter à leur prévision de croissance de 5,2%. L'impact serait d'autant plus grand que Joe Biden devrait annoncer en avril le second volet de son programme Build Back Better: l' American Families Plan. Ce dernier devrait inclure des mesures comme la gratuité des collèges publics, l'extension des allocations aux parents (prévues dans le plan d'urgence) et un programme national de congés payés. Au total, les deux volets devraient représenter un montant global de 4.000 milliards de dollars de dépenses supplémentaires. Evidemment, le prérequis est que le Congrès américain valide les plans de Joe Biden, nombre de présidents ayant déjà dû revoir leurs ambitions à la baisse en matière d'investissements dans les infrastructures. Cependant, les circonstances apparaissent plutôt favorables à Joe Biden. Il bénéficie d'une (courte) majorité tant à la Chambre qu'au Sénat, et il y a un consensus sur la nécessité de rénover les infrastructures. Cependant, les jalousies politiques, les différents points de vue sur les infrastructures prioritaires ou les modes de financement compliquent la donne. D'ores et déjà, Mitch McConnell, leader républicain au Sénat, a indiqué qu'il ne voulait pas entendre parler de hausses d'impôts. Les démocrates pourraient utiliser le processus législatif de la réconciliation budgétaire comme pour le plan d'urgence de 1.900 milliards de dollars. Le plan ne doit ainsi être voté qu'à la majorité simple au Sénat au lieu d'une majorité qualifiée de 60 votes sur 100 nécessitant l'appui de sénateurs républicains. Mais le vote risque alors d'être repoussé à l'automne, au début du prochain exercice budgétaire en octobre. Joe Biden devra aussi parvenir à fédérer l'ensemble des démocrates entre plus modérés gardant un oeil sur les finances publiques et l'aile socialiste, comme Alexandra Ocasio-Cortez qui réclame un plan d'investissement de 11.000 milliards. Toutefois, si les observateurs politiques aux Etats-Unis s'accordent sur le fait que la route sera difficile, nul n'imagine que le plan puisse rester lettre morte. D'un point de vue boursier, le plan et son mode de financement pourraient faire de nombreux gagnants et perdants. Evidemment, toutes les entreprises seraient affectées par la hausse de l'impôt des sociétés. A ce niveau, on peut observer l'impact de la réforme fiscale de Donald Trump de 2018 qui avait réduit l'impôt des sociétés de 35% à 21% en supprimant certaines niches fiscales. En 2018, les secteurs de l'énergie, des matériaux (matières premières), des services de communication, des services financiers et de la consommation discrétionnaire avaient affiché la meilleure croissance de leurs résultats selon les données de Factset. Evidemment, d'autres éléments ont pu jouer, comme le prix du pétrole pour le secteur de l'énergie. Mais cela reflète assez bien les perdants attendus du programme de Joe Biden. Entre hausse des impôts, soutiens au renouvelable et absence d'investissements dans les pipelines, le secteur pétrolier et gazier est ainsi pointé comme le principal perdant du plan de Joe Biden. Les financières ont aussi plus à perdre (hausse d'impôts) qu'à gagner, sauf nette hausse des taux. Les plans de Joe Biden vont en effet accroître les déficits et donc la dette publique, ce qui est de nature à tendre les taux sur les marchés obligataires. Mais la Réserve fédérale américaine reste attentive à éviter tout emballement qui pourrait freiner l'économie. Pour les autres anciens gagnants de la réforme fiscale de Donald Trump, le constat est plus partagé. Le secteur des matériaux souffrirait évidemment du redressement des taux, mais il pourrait profiter d'une demande accrue pour les travaux d'infrastructures. Dans le secteur très hétéroclite de la consommation discrétionnaire, l'impact doit quasiment être individualisé. Par exemple, l' American Jobs Plan devrait être plutôt favorable à Tesla, neutre pour Nike (hausse des impôts et meilleurs revenus pour la classe moyenne) et plutôt négatif pour McDonald's. Selon Seth Schwartz, président d'Energy Ventures Analysis, "le grand gagnant sera la voiture électrique". Le budget de 621 milliards dévolu au transport inclut en effet une enveloppe de 174 milliards pour l'électrification du parc automobile. Le président américain veut notamment installer 500.000 bornes de recharge, subsidier l'achat de véhicules électriques fabriqués aux Etats-Unis et électrifier au moins 20% de la flotte de bus scolaires.Naturellement, Tesla devrait largement en profiter, ayant toutes les cartes en mains (véhicules électriques, usines américaines, bornes, panneaux solaires). Ford, qui présente une valorisation bien plus attractive de 10 fois le bénéfice attendu, devrait aussi en bénéficier. Le second constructeur américain a dévoilé une stratégie d'électrification extrêmement ambitieuse visant 100% de voitures particulières électriques d'ici 2030. Dans le domaine des bornes de recharge, on peut épingler ChargePoint, qui exploite le premier réseau de stations de recharge aux Etats-Unis, ou dans un tout autre registre, General Electric. Le conglomérat fondé par Thomas Edison devrait den effet aussi bénéficier des investissements dans les réseaux électriques et la transition énergétique, General Electric étant un important équipementier électrique et le premier installateur d'éoliennes. Le conglomérat est également présent dans les équipements médicaux (soins aux personnes âgées et handicapées). Dans le domaine des énergies renouvelables, le fabricant de panneaux solaires First Solar et l'exploitant de centrales renouvelables NextEra Energy sont aussi bien positionnés. On pourrait aussi citer de nombreux acteurs européens, comme Vestas Wind Systems ou Siemens Gamesa. Mais le durcissement du Buy American Act par Joe Biden risque de restreindre leur exposition au marché américain. Au total, Joe Biden compte rénover 32.000 km de routes et 10.000 ponts. Une aubaine pour des entreprises comme Granite Construction (génie civil et matériaux de construction), Martin Marietta Materials (matériaux de construction), Vulcan Materials (asphalte) ou Caterpillar (engins de chantier). L'enveloppe de 213 milliards de dollars d'investissements dans la rénovation et la construction de logements abordables devrait profiter à des groupes KB Home, leader de la construction verte, et LGI Homes, constructeur actif dans le sud des Etats-Unis où la demande est particulièrement forte en raison de la croissance démographique. Au niveau des investissements dans la R&D, le budget de 50 milliards destiné aux technologies numériques, dont les semi-conducteurs, pourrait bénéficier à Intel, qui produit déjà ses puces aux Etats-Unis, ou Texas Instruments. Enfin, ne perdons pas de vue les ambitions élevées du président américain en ce qui concerne la rénovation des infrastructures de distribution d'eau potable. A ce niveau, les analystes épinglent notamment Pentair, leader américain de la gestion des fluides et de la filtration.