"In a crash only correlation goes up", rappelle en boutade Peter Vanden Houte, économiste en chef chez ING Belgique. Pour traduire simplement: "En cas de krach, aucun actif n'échappe à la liquidation générale". La crise sanitaire a ébranlé de nombreuses certitudes. Que faire si une grosse correction frappait à nouveau les Bourses? Les corrélations classiques entre les différents actifs vont- elles à nouveau faire leur oeuvre? "En cas de gros accès de nervosité, les investisseurs se réfugient toujours dans la sécurité. Certains actifs s'y prêtent", estime Peter Vanden Houte.
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"In a crash only correlation goes up", rappelle en boutade Peter Vanden Houte, économiste en chef chez ING Belgique. Pour traduire simplement: "En cas de krach, aucun actif n'échappe à la liquidation générale". La crise sanitaire a ébranlé de nombreuses certitudes. Que faire si une grosse correction frappait à nouveau les Bourses? Les corrélations classiques entre les différents actifs vont- elles à nouveau faire leur oeuvre? "En cas de gros accès de nervosité, les investisseurs se réfugient toujours dans la sécurité. Certains actifs s'y prêtent", estime Peter Vanden Houte. L'alternative la plus évidente reste le cash. Autrement dit, vous vendez purement et simplement vos actions. Problème: au niveau actuel de l'inflation (qu'elle soit temporaire ou non), vous perdrez rapidement du pouvoir d'achat. "Mais si vous attendez vraiment une correction, c'est une option à envisager", affirme Luc Aben, économiste en chef chez Van Lanschot. Les monnaies étrangères offrent aussi une issue. Refuges classiques: franc suisse, yen japonais, dollar américain. "On peut d'ailleurs constater que les fluctuations du dollar sont souvent anticycliques, poursuit Luc Aben. Quand l'économie est performante, le billet vert faiblit. Quand la conjoncture se dégrade, il s'apprécie. Le dollar pourrait donc être une bonne alternative. Autre avantage: le taux sur les investissements en dollars n'est pas négatif." Qui des obligations? Lors du krach de mars 2020 consécutif à l'apparition de la pandémie, leurs cours s'étaient effondrés conjointement à ceux des actions. Et ce en contradiction avec l'éternelle règle voulant que les obligations offrent un refuge. Peter Vanden Houte y voit surtout une raison technique. "Les market makers sont tenus à des exigences capitalistiques plus sévères et cessent d'acheter en cas de gros accès de stress. C'est la raison pour laquelle, à l'époque, même les taux longs se sont envolés." L'économiste estime donc que dans quatre corrections sur cinq, le modèle classique continue de s'appliquer. "En période de crise économique, les obligations restent une valeur refuge", insiste-t-il. Sauf si cette crise trouve son origine dans une brutale accélération de l'inflation. "Dans ce cas, la crainte d'une intervention des banques centrales tire les taux à la hausse." D'après Luc Aben, l'issue sera effectivement différente selon l'origine de la correction. "Si cette correction est provoquée par l'inflation, les taux augmenteront. Si un nouveau variant du covid fait son apparition, on assistera à une fuite vers la sécurité et les taux baisseront. On ne saura donc qu'a posteriori si le choix de diversification était le bon. Les trois grandes règles de l'investissement n'ont donc pas changé: diversifiez, diversifiez et ne mettez pas tous vos oeufs dans le même panier..." Si la correction est apportée par l'inflation, Luc Aben estime que les matières premières pourraient se montrer performantes. Le chief economist met cependant en garde: la plupart des matières premières sont peu accessibles aux petits investisseurs. De nombreux instruments fonctionnent avec des futures, des contrats à terme permettant d'acheter plus tard une matière première à un prix déterminé. "Et les futures peuvent être à l'origine de très mauvaises surprises", rappelle Luc Aben. Quand on évoque des matières premières physiques, la majorité des investisseurs pensent avant tout à l'or. "Il est surtout corrélé avec le taux réel américain", poursuit Luc Aben. Pour rappel, le taux réel est le taux nominal aux Etats-Unis, moins l'inflation. "Si vous craignez une flambée inflationniste sans réaction des banques centrales, l'or offre assurément une alternative." Autre alternative envisageable: le private equity, les entreprises non cotées en Bourse, qui ne seront donc pas entraînées par un krach. Elles ont suscité un gros intérêt chez les investisseurs particuliers ces dernières années. Mais pour Peter Vanden Houte, ces entreprises ne sortiraient pas non plus indemnes d'une correction. "En cas d'acquisition, pour estimer la valeur d'une entreprise, on observe les sociétés cotées comparables. Dans les faits, les valorisations du private equity dépendent donc des valorisations en Bourse, même si les investisseurs en private equity font généralement preuve d'une plus grande patience." Après la grande récession de 2008 (une crise bancaire déclenchée par une bulle sur le marché immobilier américain), peu d'investisseurs oseraient encore affirmer que l'immobilier est immunisé contre une correction. Surtout aux Etats-Unis, en Espagne ou aux Pays-Bas. En Belgique, l'expérience est différente. Ici, ce secteur n'a plus connu de baisse significative depuis des décennies. "L'immobilier peut être une bonne diversification, surtout si la correction ne provient pas d'un krach de l'économie, juge donc Luc Aben. Mais ce raisonnement s'applique aux actifs physiques en général, et donc aussi à l'infrastructure ou aux terres. Leurs revenus suivent souvent l'inflation." En raison de taux bas, de nombreux actifs "alternatifs" se sont aussi transformés en produits d'investissement. Pensez aux oeuvres d'art, au vin, aux instruments de musique, aux voitures de collection, voire aux baskets vintage. "On entend parfois dire que ces actifs ne sont pas corrélés avec les marchés. C'est faux, réagit franchement Peter Vanden Houte. Leurs prix sont liés à la richesse et surtout au sentiment de richesse. Cela va de pair avec la Bourse." "Pour calculer la valeur d'un actif, on actualise ses cash-flows futurs, embraye Luc Aben. J'ai déjà vu beaucoup de liquide sortir d'une bouteille, mais pas encore de cash-flow. Pour moi, ce sont ne sont pas des actifs. Les cartes Pokémon aussi peuvent gagner en valeur...." Enfin, depuis quelques années, une nouvelle catégorie d'actifs fait fureur: les cryptomonnaies. La plus connue est le bitcoin. Ces monnaies n'ont pas encore une longue histoire. Mais le krach de l'an dernier peut donner une indication. "A l'époque, leur cours avait diminué de moitié, de 10.000 à 5.000 dollars. Si le marché devient réfractaire au risque, les investisseurs éviteront également le bitcoin. Une attitude d'autant plus compréhensible que ce marché est totalement dérégulé". Mais Peter Vanden Houte refuse tout jugement définitif. "C'est aujourd'hui un actif plus largement diversifié. Les gens sont de plus en plus nombreux à en détenir." "Je n'en suis pas fan de cryptomonnaies pour la même raison que je ne suis pas fan du vin. Je ne peux pas y accoler de valeur, réagit Luc Aben. Il existe aujourd'hui quelque 10.000 cryptomonnaies. Quelles sont celles qui valent quelque chose? Démontrez-moi l'utilité d'une de ces monnaies et je pourrai peut-être vous dire si elle a de la valeur. Cela n'empêche assurément pas les prix d'augmenter. Sauf que ce n'est pas ce que nous observons en cas de stress sur le marché. Mais c'est un simple constat. Je n'ai aucun argument à opposer..."