Le 15 février, les Morningstar Awards ont récompensé les meilleurs gestionnaires de fonds actifs sur le marché belge. Fort d'une des banques de données les plus fournies et d'une armée d'analystes, Morningstar est un acteur influent dans le monde des fonds. Pour sélectionner les meilleurs gestionnaires, Morningstar commence par examiner les rendements des cinq dernières années et les risques pris pour parvenir à ces rendements. " Cette liste de candidats sélectionnés selon des critères quantitatifs est ensuite minutieusement étudiée par les analystes spécialisés et des contrôles qualitatifs sont effectués ", explique l'analyste Jeffrey Schumacher.

Pour Morningstar, certaines raisons justifient l'éviction. " Ainsi, par exemple, certaines maisons ne divulguent aucune information sur les gestionnaires de fonds, poursuit Jeffrey Schumacher. Il devient dès lors difficile de savoir qui est effectivement responsable des prestations. Un fonds est également exclu en cas de changement de directeur assez récent. Idem pour les fonds dont la stratégie de placement a été radicalement modifiée. "

Seuls les fonds effectivement disponibles sur le marché belge entrent en considération. Certaines maisons enregistrent leurs fonds en Belgique mais ne les commercialisent pas. Les gestionnaires de patrimoine qui pèchent par manque d'informations sont eux aussi éliminés. " Les informations relatives aux gestionnaires et au portefeuille d'investissement sont, à nos yeux, essentielles pour permettre à chaque investisseur d'opérer une évaluation digne de ce nom. Les fonds qui pratiquent délibérément la rétention d'informations ne méritent tout simplement pas d'être primés ", affirme Jeffrey Schumacher.

Actions belges

Il ne faut pas toujours y voir de la mauvaise volonté. Les fonds KBC, une des plus grandes maisons belges, n'ont pas pu concourir. " Un problème technique est survenu après la mise à jour de notre logiciel, explique un porte-parole de KBC. D'où l'impossibilité temporaire d'échange d'informations entre notre plateforme et celle de Morningstar. Il a fallu plusieurs semaines avant de pouvoir résoudre le problème IT. Depuis lors, le problème est résolu. Il ne faut pas y voir malice. " Morningstar ne disposant pas de toutes les données nécessaires pour 2016, les fonds KBC ont été supprimés des listes de fonds en lice. L'an dernier, KBC avait remporté le Morningstar Award de la catégorie Actions belges.

La palme revient cette année à Degroof Petercam. Le grand gagnant de la catégorie actions belges est DPAM Invest B Equities Belgium (+3,75%). Le fonds a enregistré l'an dernier un meilleur résultat que DPAM Capital B Equities Belgium (+2,9%), un autre fonds de la même maison, et que Axa B Fund Equity Belgium (1,7%). Vous vous demandez peut-être pourquoi deux des trois finalistes portent quasi le même nom, à un mot près. Cela s'explique par la fusion des maisons bruxelloises Degroof et Petercam en octobre 2015. Degroof et Petercam avaient créé un fonds privilégiant les actions belges. Le fonds récompensé DPAM Invest B Equities Belgium s'est appelé Petercam Equities Belgium jusqu'à la fin 2015.

L'an dernier, les trois fonds ont allègrement battu l'indice BEL 20 qui, après versement des dividendes, a fait du surplace. Quand les poids lourds du BEL 20 InBev et Engie sous-performent, il est relativement aisé pour les gestionnaires de fonds de battre l'indice star de Belgique. Certaines années, le plus grand brasseur du monde s'est surpassé en laissant les gestionnaires de fonds belges loin derrière lui. Ils ne peuvent investir que maximum 10 % de leur portefeuille dans une seule et même action tandis que le poids d'AB InBev dans l'indice est réévalué à 12 % après la revue annuelle du BEL 20 le troisième vendredi de mars.

Le rendement de 2016 n'est pas le seul critère déterminant, pas plus que le rendement sur trois ou cinq ans. Morningstar tient compte également de la stabilité du rendement. Un fonds qui réalise le meilleur rendement mais dont les titres participatifs ont subi de fortes fluctuations de valeur, n'est pas automatiquement nominé. Dans la catégorie des fonds mixtes par exemple, le fonds couronné n'est pas celui qui réalise le rendement le plus élevé mais celui qui est le plus stable. Morningstar octroie également des awards aux maisons qui affichent les performances les plus stables sur toute leur gamme de fonds dans une catégorie donnée.

Fonds mixtes

La catégorie Fonds mixtes reprend les fonds mixtes les plus appréciés des Belges ces dernières années. Ces fonds ont la particularité d'investir aussi bien en actions qu'en obligations. Parmi les trois finalistes de cette catégorie figurent deux fonds de fonds gérés par NN Investment Partners (NNIP). Les fonds de fonds sont constitués de plusieurs de ces produits. Dans le cas présent, le portefeuille se compose uniquement de fonds NNIP. NN Investment Partners faisait autrefois partie du groupe ING mais les activités de gestion de patrimoine et d'assurance ont été scindées en 2015, portées en Bourse et rebaptisées NN Group.

Les deux fonds de fonds récompensés sont NN Patrimonial Aggressive, constitué aujourd'hui à plus de 80 % d'actions, et NN Patrimonial Balanced au sein duquel actions et obligations sont pour ainsi dire équilibrées. Le NN Patrimonial Defensive, qui fait la part belle aux obligations, n'a pas été nominé. La tâche des gestionnaires de ce type de fonds consiste à équilibrer le mieux possible actions et obligations et à sélectionner les meilleurs fonds de la gamme NNIP.

"Depuis l'an dernier, NN Global Sustainable Equities occupe la position la plus importante dans le fonds Aggressive (20%) et vient en deuxième position dans le fonds de fonds (11%). " Le fait de privilégier les investissements durables ne doit pas avoir d'impact sur les performances, explique le gestionnaire Siu Kee Chan. Si une entreprise mal cotée en termes de critères de durabilité se retrouve exclue et prend les mesures qui s'imposent, poussée dans le dos par les actionnaires, le rendement d'un fonds n'en sera que meilleur. Nos ambitions financières ne sont pas moindres pour autant. Nous cherchons constamment à nous surpasser par des placements durables." Siu Kee Chan ajoute que NNIP vient de convertir un autre fonds Patrimonial, spécialement axé sur l'Europe, en fonds durable. "L'investissement durable est désormais la norme."

A la question de savoir s'il s'inquiète de l'effet que peut avoir l'augmentation des taux sur la partie obligataire des fonds, Siu Kee Chan répond : "Nous serions inquiets si nous nous retrouvions piégés dans une spirale négative, un scénario que nous n'envisageons pas. Je suis optimiste en ce qui concerne la croissance mondiale et l'emploi. Je n'ose plus me prononcer quant à l'évolution des taux. Depuis le temps qu'on nous annonce une hausse. Les produits constitués d'une sélection d'actions et d'obligations présentent un avantage indéniable : les obligations performent généralement bien quand les actions battent de l'aile. Aujourd'hui, les actions pourraient bien performer dans un premier temps, du fait d'une hausse des taux, et les obligations sous-performer. Il arrive que les performances des actions et des obligations soient temporairement corrélées mais le phénomène est généralement de courte durée dans la longue histoire de décorrélation."

" La rapidité avec laquelle cette hausse se produira est importante pour les fonds défensifs essentiellement, constitués à 75 % d'obligations, ajoute-t-il. La seule chose que nous puissions faire pour protéger les clients est de réduire la sensibilité des fonds aux taux en raccourcissant la durée des obligations. Nous avons réduit cette sensibilité de moitié au cours des quatre dernières années. Supposons que ce que l'on nomme la duration de votre portefeuille soit de quatre ans et que les taux augmentent de 1 %, la valeur de votre portefeuille diminuera de 4 %. Si la duration est de deux ans, la dévalorisation se limitera à 2 %. Cela peut sembler un peu simpliste mais celamontre l'importance de la duration ou de la sensiblilité aux taux d'un portefeuille."

Trump: une impulsion à court terme

" L'élection de Donald Trump a été une sorte d'accélérateur. L'inflation et les taux d'intérêt avaient déjà repris le chemin de la hausse mais Trump a accentué le mouvement. Le nouveau président nourrit un double projet : primo, assouplir les réglementations, diminuer les impôts et stimuler la croissance économique. Secundo, il menace de durcir les relations avec les partenaires commerciaux et comme nous l'avons tous appris au cours d'économie, protectionnisme et croissance économique ne font pas bon ménage. Une fois l'incertitude levée au lendemain des élections, les investisseurs n'ont retenu que son premier projet. " Siu Kee Chan mise principalement sur l'Europe et le Japon, jugeant les actions américaines trop "généreusement" cotées. Le président Trump peut donner une impulsion à court terme, " mais combien temps cela durera-t-il ?", conclut-il.

R Valor de Rothschild & Cie Gestion complète le podium dans la catégorie des fonds mixtes. Le fonds a enregistré l'an dernier un rendement supérieur (+ 20%) à celui de ses concurrents de NNIP. Les rendements annuels de R Valor sont également supérieurs sur trois et cinq ans, à savoir de 13 et 15 % respectivement.

En 2008, R Valor a essuyé un sérieux camouflet avec une perte annuelle de plus de 40 %. " Je n'ai été impliqué dans la gestion qu'à partir de septembre 2008, commente le gestionnaire Yoann Ignatiew. Le mal était déjà fait. Le fonds avait pris énormément de risques en misant sur les matières premières, les actions industrielles américaines, etc. Nous avons réussi à nous distinguer ces dernières années car nous n'avons jamais cru à la récession économique. " Yoann Ignatiew commence toujours par dresser un bilan macro-économique et, à partir de là, sélectionne les entreprises les mieux placées pour bien performer dans ce contexte. Fin 2016, les entreprises industrielles occupaient une place de choix dans le portefeuille (21%), ainsi que les banques et les assureurs (19%), et les sociétés de technologie (18%).

Ce fonds se différencie des fonds Patrimonial de NIP à différents niveaux. R Valor investit directement en actions et en obligations. Ceci dit, le fonds compte aujourd'hui moins d'obligations ou alors il s'agit d'obligations à très court terme. "Je ne vois pas la nécessité d'investir dans les obligations pour le moment, confie Yoann Ignatiew. Etant donné la faiblesse des rendements, on ne peut être que perdant." Le portefeuille se compose de 36 lignes individuelles. Le gestionnaire ne fait aucun mystère de la stratégie suivie pour le portefeuille. A l'occasion de son passage à Bruxelles il y a deux semaines, il a présenté lors d'une conférence devant ses clients un graphique reprenant toutes les actions achetées et vendues l'année précédente ainsi que les dates des transactions. La plupart des acquisitions ont été réalisées en janvier et février, lors de la baisse inattendue des cours. " Ainsi par exemple, j'ai acheté des actions MasterCard en janvier, précise Yoann Ignatiew. J'avais l'intention d'en acheter depuis deux ans mais je les trouvais trop chères. " En novembre, il a réalisé un bénéfice grâce à MasterCard. Yoann Ignatiew a également pratiqué l'averaging down : il a acheté des actions d'entreprises dans lesquelles il avait déjà acquis des parts à un prix plus élevé.

En fin d'année, le gestionnaire a acheté des actions de sociétés pharmaceutiques américaines comme Pfizer et Eli Lilly, faisant ainsi du secteur pharmaceutique le quatrième poids lourd du fonds (10%). Yoann Ignatiew a également fait siennes quelques actions de mines d'or telles que Randgold et Goldcorp. " J'ai repositionné le fonds de façon un peu plus défensive ces derniers mois ", confie-t-il. Le fonds joue aujourd'hui la carte de l'Amérique du Nord et affiche une exposition de 24 % du portefeuille au Canada et de 41 % aux Etats-Unis. " Le Canada et les Etats-Unis sont tout simplement dans une meilleure phase du cycle économique, affirme Yoann Ignatiew. La croissance sera principalement alimentée par la consommation chinoise d'une part et la technologie d'autre part, et il se trouve que la plupart des sociétés technologiques sont aux Etats-Unis. Nous investirons donc uniquement dans les entreprises européennes impliquées dans un de ces deux pôles de croissance. " Yoann Ignatiew dit ne pas craindre Donald Trump à court terme. " La communication du président américain est à tout le moins douteuse. Mais dans quelle mesure les Républicains l'approuvent-ils ? Personnellement, je ne crois pas dans sa promesse d'investir 1.000 milliards de dollars dans l'infrastructure au cours des 10 prochaines années. Il faudrait pour ce faire crever le plafond de la dette. Quant aux réductions d'impôts, également à l'agenda des Républicains, Donald Trump pourrait les financer partiellement en annulant la réforme des soins de santé de son prédécesseur. Un allégement de la charge fiscale est une bonne nouvelle pour les entreprises. Mais si le président Trump résilie les traités avec des partenaires commerciaux, la menace à long terme est bien réelle. "

Nous vous présenterons les autres fonds couronnés d'un Morningstar Award dans notre prochaine rubrique hebdomadaire consacrée aux fonds.